Le FAIR, prépa Henri IV de la vie d’artiste

Le lundi 1er mars avait lieu au Café de la Danse l’enregistrement des live-sessions du FAIR 2021. Nous sommes allés prendre le pouls de la pépinière d’artistes fondée en 1989.

À notre arrivée au Café de La Danse, on assiste à des scènes qu’on ne pensait pas revoir de sitôt : des groupes qui chargent et déchargent leur matos de live. On se faufile subrepticement à l’intérieur de la mythique salle bien cachée dans les ruelles de Bastille pendant que Johnny Jane, derrière un piano à queue, finit d’enregistrer une capsule vidéo sous l’oeil attentif des caméras de Couac Production – les mêmes qui capturèrent le live des Pirouettes – et des quelques chanceux sagement assis dans les gradins.

Le responsable de cette agitation qui nous emplit de joie à chaque fois que l’on reçoit un mail nous proposant d’aller y jeter un œil ? Le FAIR, programme d’accompagnement et de développement des grandes promesses de demain et qui ne compte plus le nombre de Victoires de la Musique qu’il a contribué à obtenir et d’Olympia qu’il a permis de remplir. 

 

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À défaut de pouvoir présenter les lauréat.es de sa première fournée de cette année 2021 qui ressemble déjà à sa triste benjamine  – “lauréat.es qu’on devait déjà choisir en septembre”, selon les mots de Julien Soulié, directeur de la pépinière – le programme a donc fait le choix de l’exercice de la live-session, quinze minutes par artiste. 

Un exercice qui laisse le spleenesque et poignant Johnny Jane un peu insatisfait de sa performance, lui qui reconnaît volontiers ne pas encore être “trop rodé à l’exercice de la scène.” 

J’ai sorti mon premier single en décembre 2019, on a été confiné en mars, donc j’ai quelques mois seulement pour faire mes premiers concerts. En plus là tu as la pression des caméras qui te scrutent, tu ne veux pas faire d’erreurs mais au final tu en fais encore plus, donc bon… Mais il y avait un piano à queue, donc je suis quand même un peu content !

Fils Cara, dernier poulain de l’écurie Microqlima à l’éternel col roulé, ressort quant à lui plutôt content de ce quart d’heure, “la durée parfaite pour se mettre dedans et donner tout ce que tu as envie de donner aux quelques personnes que tu as devant toi. Et ça fait du bien.”

Si Fils Cara et Johnny Jane, mais aussi les autres membres – Form, Chien Noir, Coco Bans, Lucie Antunes et Lecomte de Brégeot – de cette édition si particulière devaient résumer leur sentiment en un seul mot, souvent sorti de leurs bouches pendant cet après-midi, ce serait “privilégié. “Être soutenu par le FAIR, mais aussi par le chantier des Francos, ça représente une énorme chance pour moi, qui débute tout juste ma carrière, se livre Johnny Jane, assis devant la porte de chargement du Café. J’ai encore besoin de beaucoup de choses pour être vraiment fier de mon projet, des choses que ces programmes vont m’apporter”. 

Un discours partagé par Fils Cara, pour qui l’opportunité tombe à pic

C’est très vertigineux de sauter dans ce grand bain qu’est la vie d’artiste. Le FAIR me permet de me remettre en question, de découvrir tout ce que j’ignorais sur mon métier et d’avoir une nouvelle routine de travail. D’autant plus que cette année plus calme me permet de vraiment m’y concentrer à cent pour cent. J’aurais adoré faire une prépa type Henri IV après le lycée, mais finalement le FAIR c’est un peu ça : un khâgne pour artistes.”

Le sentiment d’appartenir à une formation aussi pointue que celle dispensée par le célèbre établissement du Quartier Latin n’est pas qu’une affaire de privilèges, mais aussi de sélection, m’explique Julien Soulié. 

“Comme chaque année, on reçoit presque cinq-cent groupes qui postulent, et après une première phase où l’on regarde s’ils collent à nos critères, on en garde deux-cent environ. Ensuite, on demande à notre comité de faire une short-list de dix-quinze candidats, et ensuite ils n’en gardent plus que sept. Tout est basé sur le coup de cœur et tout est secret, de façon à éviter les conflits d’intérêt.” 

Équipe-type et courte-échelle

On remarque aussi que certains d’entre eux, dont Johnny Jane et Fils Cara, participent à la fois au FAIR et au Chantier des Francos, voire aux Inouïs du Printemps de Bourges. Rien d’étonnant, selon Julien Soulié, pour qui les trois programmes sont tout à fait complémentaires. 

Le Printemps te donne une visibilité énorme, le Chantier reste une institution de la formation live, et nous on s’occupe de tout ce qui est administratif et structurel

Ces sept privilégié.es, donc, bénéficieront alors d’un accompagnement d’un an. Un accompagnement permettant de “rendre un projet légal, tout simplement”, pour paraphraser les mots de Fils Cara, de créer une émulation entre les artistes – plus que jamais nécessaire en ces temps sans buvette de salle de concert pour réseauter un peu – ou leur offrant des cours de chant, de production et de pratique instrumentale. 

Ils profiteront aussi d’une bourse pour refaire leur stock de pédales d’effets, louer le studio de leurs rêves ou simplement ne plus avoir à cumuler trois jobs pour pouvoir se payer un logement à Paris – “là où tout se passe vraiment” – et se pencher plus que jamais sur son projet. 

Johnny Jane, qui a entendu parler du programme par l’intermédiaire de sa mère, témoigne de son apport sur la façon qu’il a d’envisager la suite du bourgeonnement de sa carrière

Le FAIR te permet de te constituer une équipe-type avec les éléments que tu n’avais pas encore dans ton onze de départ. Mais ça n’est pas parce que tu as dix personnes avec toi que tu ne vas pas avoir d’obstacle à franchir. Sauf que là, les dix personnes peuvent te faire la courte-échelle pour que tu traverses les épreuves un peu plus facilement” 

Mais si l’on demande à nos deux jeunes pousses de choisir vers quelle direction leur passage au FAIR va les mener, entre une Olympia ou une Victoire de La Musique, que répondent-ils ? “L’Olympia, sans hésiter. Voire même plusieurs”. Comme le dirait un célèbre journaliste sportif franco-polyglotte, “en tout cas, on vous le souhaite

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Article : Jules Vandale

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