De l’amour à la folie et douze singes survoltés dans les sorties du vendredi

Victor Solf – crédit : @liswaya

Dans cette sélection marquée par les retours (en force) de Jehnny Beth et Victor Solf, les artistes nous parlent d’amour. De la nostalgie de Marty de Lutèce à la folie créatrice de TESSÆ et Regina Demina en passant par la singularité de Drab City, cette semaine, il y en aura pour tous les goûts.

Il semble que le monde d’après soit déjà là, au rayon disque ou à portée de clic. La rédaction sélectionne cette semaine des artistes qui se renouvellent et assument des albums au croisement des genres. Au programme : des références improbables, de l’autotune et une reprise inattendue.

Victor Solf – 12 Monkeys

Victor Solf sort une mixtape confinée toute en contraste avec son premier EP Aftermath. Au piano-voix minimaliste succède un cocktail pop, soul et électronique qui rappelle les plus beaux titres de son ancien groupe Her. Le long de ce quart d’heure musical, on constate qu’il n’a rien perdu de la puissance qui faisait le charme du duo breton. Au micro de General POP CastSolf confiait l’importance de la solitude dans son processus de création. Il n’est pas surprenant que 12 Monkeys se traduise par un huis clos énergique et varié. Coincé dans des travellings perpétuels, déclinaisons d’un même jour sans fin, Victor Solf arpente une petite pièce lumineuse, posant sa voix sur des productions rythmées que subliment de belles harmonies. Un mélange détonnant qui rappelle que Victor Solf n’est pas qu’une voix, c’est aussi un producteur de talent auquel on doit un univers que quatre murs ne peuvent contenir. Une mixtape à retrouver ici, mise en images par le talentueux Liswaya.

TESSÆ – Printemps

Après la sortie de Bling dont on vous parlait le 29 mai dernier, TESSÆ livre un EP efficace. Pas étonnant que YouTube ait misé sur la jeune rappeuse en lui accordant le You Tube Foundry Program, fond de soutien aux artistes émergents qui a révélé Rosalia et Dua Lipa. Il faut dire que la jeune marseillaise a déjà conquis les internautes. Plus de 30 000 abonnés s’arrachent ses vidéos Tik Tok. Avec la capsule Ad Vitam, elle a proposé sur son compte de composer des chansons à partir des souvenirs que lui confient ses abonnés et ce dans le style de leur choix. Son titre Bling a permis un challenge dansé viral sur Tik Tok après que Lenna Vivas s’en est emparée. TESSÆ fait allusion à Billie EilishDiam’s, il y a des chances qu’elle devienne elle-même une référence. Le temps nous le dira. En attendant, son disque s’écoute ici.

Marty de Lutece  Cruel Eté

Entre rap mélancolique et chanson française, Marty de Lutece édite ses propres règles. Dans cet EP plus personnel que jamais, le jeune lyonnais fait rimer ses incertitudes, les doutes hérités d’un « cruel été ». Porté par le label Jeune à Jamais, il incarne un puissant mélange des genres dont le titre Nudes est une excellente synthèse, on vous en parlait ici. Sur des ambiances planantes, l’ancienne moitié du duo Lutece ajoute quelques notes de guitare. Un usage ponctuel de l’autotune vient compléter une balance harmonieuse entre acoustique et beats électroniques. C’est dans cet équilibre que Marty de Lutece pose des textes nostalgiques. L’été de Marty « sera cruel », mais son album apportera un peu de réconfort dans le nôtre. A retrouver ici.

Regina Demina Hystérie!

Performeuse, actrice, danseuse, Regina Demina est une artiste plurielle qui n’a pas peur des contraires. On la recevait au micro de General POP Cast en avril. Sa voix se marie aux sons synthétiques, en découle un album mélancolique. Regina Demina délivre un premier ouvrage authentique. En français comme en russe, les paroles résonnent dans un univers vaste où les références vont de Jean Giraudoux à Fun Radio. Tantôt pop façon années 2000, tantôt techno, les arrangements sont signés Sam Tiba, Jérôme Blackjoy Caron, Contrefaçon et Marc Collin. Hystérie! saisit par son originalité. Regina Demina nous emporte dans un univers glacial d’une voix lointaine et sublime un concept misogyne daté. Car c’est là le tour de force de cet album ovni : porter un discours transclasse, parler de libération sexuelle sur des sonorités novatrices tout en revendiquant des imaginaires datés. Un mélange à écouter ici.

Jehnny Beth – To Love is to Live

Chanteuse charismatique du groupe post-punk londonien SavagesJehnny Beth la joue désormais solo. Fin 2019, avec l’explosif I’m the man, la française s’emparait des normes masculines et courait à travers des rues sombres jusqu’à la chute, inévitable. Le titre lui valait une promotion de choix en figurant dans la série britannique Peaky Blinders. Avec We will sin together, elle assume une esthétique gothique, sombre et envoûtante. Le hard-rock, toujours en anglais, mue vers des horizons plus électroniques. Des cordes frottées et frappées s’ajoutent à celles de la guitare. Nous avions rencontré Jehnny Beth au début du confinement et attendions avec impatience ce premier album. To Love is to Live est sorti, l’artiste aussi, il nous tarde de la voir sur scène. D’ici là, on peut l’écouter ici.

Drab City Good songs for bad people

Qu’on ne s’y trompe pas, si les productions de Drab City sont éthérées, planantes et rêveuses, les paroles témoignent de l’engagement politique du duo français. Un faux air de Portishead, un zeste de jazz et des sons d’instruments d’un autre temps, c’est là la recette de Drab City, groupe singulier à l’univers marqué. Flûte, vibraphone et guitare jazz, la patte du groupe se pose dès le premier disque. Le duo avait révélé Working for the men, clip en noir et blanc qu’ils avaient eux-mêmes réalisé début mars. Dans cette vidéo profondément nostalgique, ils prennent pour héroïne une jeune fille aux airs d’Anna Karina en proie au doute. Ils sont l’une des dernières recrues du label Bella Union, il semble que le pari soit relevé dans ce premier album sombre aux références multiples à retrouver ici.

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Mathis Grosos.

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