Une pop évocatrice ancrée dans une ville subliminale

Découvert en 2019 avec un premier projet Les Orgues, Galo DC a sorti en juin 2021 son deuxième EP Images Du Réel, Vol.1.  Benoît est désormais seul à incarner Galo DC mais, autour de lui, on retrouve son frère Maxime qui l’accompagne sur scène et Julien Briffaz (de Bot’Ox) pour la réalisation et le mixage. Entrons donc dans l’univers de cet EP riche en propositions tant musicales que textuelles, un EP qui donne à voir et à penser, incarné par un artiste exigeant sur les mélodies et soucieux de renouveler la Pop.

Une démarche artistique libre et émancipatrice

« L’écume c’est la neige, ça nous protège, 

le seul habit que le vent nous fasse, ça passe. » in A la Plage

            Depuis l’automne 2020 jusqu’à la compilation de ses titres dans l’EP Images du réel, Vol.1 sorti le 17 juin 2021, Galo DC a sorti chaque titre l’un après l’autre. Chaque son était accompagné d’un clip afin de défendre un single plutôt qu’un projet, ce qui lui a permis de voir évoluer son projet : « J’essaie vraiment de travailler sur le motif et de sortir un titre séparément, je me suis bien retrouvé sur ce rythme à égrainer sous forme d’images chaque titre plutôt que de donner un ensemble, même si on trouve une cohérence finale dans l’ EP ». A partir de là, commence à se dessiner une volonté de s’émanciper de toutes formes de normes imposées par une industrie ou un courant musical. L’émancipation se ressent dans ses prises de risque et sa volonté de ne pas aller à la facilité : « Le schéma de la mélodie pop est bien ancré et il est très naturel pour moi, alors j’essaye de chercher l’expérimentation musicale un peu ailleurs, parfois quand c’est trop simple, je complexifie ou je déconstruis, comme je le fais sur mes textes d’ailleurs. » Cette expérimentation, on la ressent à chaque titre, dans des ruptures de rythmes, des mélodies pop sur les refrains chantés en écho à des couplets très rock, aux synthés qui accélèrent puis ralentissent. On se laisse porter entre le texte qui nous guide pour mieux nous emmener vers la musique et inversement. 

Le choix du motif 

« Longtemps j’ai veillé tard

J’attendais qu’on révèle

Au monde les étincelles

Qui brillaient sous mon crâne » in Si Beau

            En poésie, si le thème est abstrait, le motif, lui, est bien concret. C’est ce que nous prouve Galo DC dans l’entièreté de son EP. Les thèmes comme le sentiment amoureux, la ville, les sensations ou la beauté sont donc illustrés par des motifs tout à fait concrets permettant à l’auditeur de prendre place afin que chacune de ces unités figuratives ouvre un univers visuel propre à chacun. L’écoute du projet est donc une sorte de plongée dans notre propre imagination. On aime ce contrepoint du réalisme narratif (ultra présent dans la pop française actuelle qui met souvent le « je » au centre) qui préfère oser des motifs et offrir des textes et une musique qui montrent, qui proposent au lieu de raconter et d’imposer. L’auditeur, comme le spectateur à l’époque des avant-gardes picturales, a donc une plus grande place, le public est actif dans l’écoute comme il l’était dans le regard. Galo DC précise : « Il y a un moment où j’écris un texte et où je vais vraiment avoir une idée forte, limite jusqu’à la narration et ensuite je le déconstruis, je voudrais réussir à mettre des images dans la tête de la personne qui écoute, mais parfois dans la déconstruction il n’y a même plus d’images, moi je veux qu’elle reste et que le texte et la musique fasse sens autour d’elle.»

            En somme, l’enjeu d’une pop abstraite rejoint les enjeux de l’abstraction en peinture, les motifs textuels épars et répartis dans l’EP agissent comme autant de syntagmes stéréotypés et figuratifs qui possèdent alors un sens indépendant de leur signification propre par rapport au récit dans lequel ils prennent place. Ainsi, évoquons ces éléments explicites ou implicites que chacun peut s’approprier :  « sweat-shirts trop grands »,  « les feux de la ville »,  « danser dans les phares », « les étincelles qui brillaient sous mon crâne »,  « nus dans le sel »,  « la tête qui dépasse »,  « les accrocs que l’on adore », « le ciel couleur violette », « la larme à l’œil », ou encore la « Tension à s’en rouler des pelles ».  Autant d’items visuels à récolter au sein de l’EP qui peuvent se répondre d’ailleurs entre eux et qui sont offerts à nos propres résonances. Pas de doute que le titre de l’EP prend alors tout son sens puisqu’il s’agit bien d’une réalité mise en images, une réalité augmentée par l’énergie de la musique : « Quand ton texte résonne avec la musique, ça crée une énergie et une nouvelle réalité, une nouvelle dimension. La bonne pop c’est celle qui te met une image dans la tête sans t’en rendre compte ou une émotion, le mieux c’est quand moi-même j’y crois et je me suis laissé prendre au jeu de ma musique. Donner l’impression, grâce à la musique, que ce que tu vis est plus que la réalité.» On ne peut que souscrire à cette belle définition du pouvoir de la musique  – pop qui plus est – qui finalement n’a qu’un but : transcender le réel. 

L’urbanité comme toile de fond 

« Sur les murs les néons

Danse mon ombre

Et l’auto et ta tête 

Et le ciel couleur violette » in La Vitesse

            Si la pop abstraite et impressionniste de Galo DC est également urbaine, c’est en ce qu’elle parle d’urbanité et que Paris est en toile de fond pour continuer sur la peinture. En effet, dans les textes, dans les clips et au travers de sa direction artistique, la ville est bien présente, illustrée dans toute sa jeunesse, sa puissance, sa frénésie et ses couleurs.  Dans le titre Honnêtement, il évoque la lumière urbaine qui ne s’éteint jamais comme la lumière qui est en chacun de nous : « Vois comme on scintille comme on brille Dans les lavomatiques les vitrines nous reflètent sans fin (…) Mais les feux de la ville jamais ne s’éteignent et les vitrines reflètent sans fin ». 

            Dans Si beau, il nous rappelle nos nuits sans fin : « Longtemps j’ai veillé tard ça se voit à mes cernes Des médailles qu’on décerne le soir au pied des barres ».  (On y entendait et visualisait plutôt les bars mais il s’agit ici des barres d’immeuble). 

            Dans La vitesse, le son qui opère le plus une symbiose entre texte et musique dans un rythme frénétique d’asphalte et de danger, on entend : « Dans le rétroviseur La menace du garde-corps, tu promets qu’on sera fiers, mais le futur nous donnera tort (…) Il y a toujours des réverbères pour ruiner nos efforts. La vitesse nous sous-estime l’angle mort. »  

            Enfin, dans Strapontin, le titre évoque les amours « métropolitaines » au sein de la métropole justement : « Tu sais parfois on se lève on s’en va, tu sais l’effroi, Rien ne reste de toi, même le siège se rabat le strapontin. » Tout au long de l’EP, le champ lexical citadin est donc bien présent et au service de l’évocation d’une vie urbaine, de ses amours, de ses accélérations, de sa frénésie parfois ostentatoire et qui nous rend parfois fiers ou inconscients des risques. Ne pas voir un angle mort fait en effet aussi mal à vélo qu’en amour. 

            Si le projet de Galo DC peut se comprendre c’est grâce à ses propres mots :  «J’aimerais bien créer une pop « totale », réussir à être à la fois évocateur, ultra direct, second degré sur les textes, être expérimental sur la musique tout en étant accessible et surtout extrêmement énergique sur scène.» Beaucoup des premiers enjeux semblent pour nous bien remplis, reste à apprécier pleinement l’énergie sur scène notamment vendredi 1er octobre 2021 au Pop Up du label à Paris et le 3 décembre 2021 à l’Hydrophone de Lorient. 

Marie-Gaëtane Anton

En remerciant Galo DC pour sa précieuse collaboration

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