Terrier : Naître et Grandir

Quelques mois après la sortie de son EP Naissance sorti le 14 mai 2021, Terrier continue de nous émouvoir et prend maintenant vie sur scène. Après un remarqué passage aux Francos de la Rochelle cet été, les Parisiens pourront le retrouver cet automne au Paris Paradis Festival le 26 septembre, au Mama Festival le 13 octobre et surtout à la Maroquinerie le 8 décembre. Général Pop retrouve Terrier et revient sur cet EP fougueux et brut incarnant une jeunesse vibrante. 

            Depuis Tourniquet en 2019, puis sa prise de position musicale avec sa Traversée Punk et sa révélation aux Inouïs du Printemps de Bourges 2020, Terrier a continué d’évoluer et de revendiquer une esthétique empreinte d’un provincialisme brut et populaire en mal de beau et d’amour qui par là-même sublime le quotidien et les émotions. « Je rêvais de retrouver ma commune d’enfance merveilleuse, je viens de province où l’accent de gueux sera jamais en veilleuse » in A nos jours.

            De l’ombre à la lumière, de la boue à l’or, on retrouve en effet ces antagonismes puissants dans sa poésie, car oui, l’écriture de Terrier est fondamentalement poétique dans son rapport à la vie, à la jeunesse et à l’amour. 

D’une nouvelle métaphysique des tubes …

« Je vais enfin apercevoir l’extérieur

C’est un dimanche soir de printemps,

Il faisait chaud et moite, 

ce genre d’air malléable qu’on peut presque toucher » Naissance, Pt.1

            Comme Amélie Nothomb il y a plus de vingt ans, dans Métaphysique des tubes, Terrier évoque dans Naissance Pt. 1 et 2, sa vie embryonnaire puis de nouveau-né, réflexion sur la vie et sur son arrivée au monde, ode à la maternité et à l’accueil chaleureux que le monde lui offre « car je suis bien ici, il fait bon et noir ». Dans cette existence pré-psychique, l’artiste semble annoncer qu’il était né pour être vu, entendu, compris. 

… au bandit amoureux 

« Le bandit grandit, grandit pendant l’état d’ivresse

(…) Brûle-moi les yeux” in Le bandit

            La métaphore est claire, le bandit grandit, et on aime ce romantisme cru au détour de la paronomase qui amène des promesses d’amour radical où l’érotisme post-adolescent se veut sans lendemain « alors oublie les problèmes de demain » ; le sexe comme seul recours à la vie qui passe trop vite : « ton sourire est le mien (…) au présent prends ma main (…) sur la buée il y a des cœurs qu’on dessine entre deux parties de cul » in Demain. Dans ce monde juvénile, l’épicurisme semble de mise, après tout ce que chacun a traversé ces derniers mois, Terrier l’affirme haut et fort, en rappant, en parlant, en hurlant« on s’en fout, ma main dans ta main, et on crève et on crève, on crèvera ensemble dans nos fringues, dans nos fringues du dimanche. » in Demain. 

Un grand enfant à la voix grave

« Je rêvais de construire un stade en bois avec deux trois Kaplas » in A nos jours

            La voix grave et pleine de Terrier résonne comme un besoin sérieux et profond de chanter la liberté de la jeunesse et la naïveté de l’enfance qu’on chercherait à retrouver dans l’insouciance d’une vie où l’intensité est la seule mesure. Fauve en doux rappel, les hymnes aux sentiments éclairs ne manquent pas dans ce premier EP. Terrier réinjecte partout de vibrantes émotions de jeunesse comme l’avait fait Alain Fournier dans Le Grand Meaulnes. Comment ne pas voir le lien qui unit Terrier et cet adolescent amoureux qu’est Augustin. Sa rue des Pervenches est un nouveau domaine où ce sont les enfants qui font la loi : « les étoiles t’aiment et te font boire (…) on est des équipages de marins » chante Terrier, en accompagnant ses paroles de hurlements de loups, dans gosses et on s’aime, on apprend à fêter sans raison, on se planquait dans les garages à se monter Rue des Pervenches.

            Rappelons que dans l’œuvre d’Alain Fournier on trouvait cet aveu : « Lorsque j’ai découvert ce domaine sans nom, j’étais à une hauteur, à un degré de perfection et de pureté que je n’atteindrai jamais plus. Dans la mort seulement, je retrouverai peut-être la beauté de ce temps-là.» On ressent la même nostalgie dans la poésie de Terrier, celle qui a conscience que le monde adulte sans rêve pointe le bout de son nez et que pour lutter contre ce monde qui risque de tout emporter, il ne faut pas perdre son âme d’enfant.  Sa pochette d’EP confirme ce refus, où Terrier tenant son bob, met sa main au-devant de son visage et du monde pour dire au temps de s’arrêter. Il lutte de la même façon contre l’arrivée de l’hiver qui ne l’empêchera pas de vivre fort : « l’hiver on dansera sous la pluie, c’est connu, on baisera en cachette les mains nues » in L’hiver. 

            Naître et grandir, voici où en est Terrier, en attendant on se voit bien vieillir avec son énergie poétique. 

Marie-Gaëtane Anton

En poursuivant votre navigation, vous autorisez l'utilisation de cookies pour vous permettre une meilleure expérience et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus