Le zoo des clips de la semaine

Crédits : « The Forest », de Special Friends

Avec Special Friend, Working Men’s Club, Hassan K ou La Femme, les clips de la semaine ont une allure de zoo dans lequel les talents musicaux du monde entier vivent en totale liberté, tout en étant bien traités.

Hassan K – Gardgiri

Un troubadour en pâte à modeler, des petits hommes verts qui font du surf, une hydre à robe à fleurs, des gargouilles qui dansent ou bien encore un sorcier se servant de son chaudron de magie noire comme d’une batterie. On croirait voir le prochain Nick Park – à qui on doit Wallace et Gromit, notamment –, et cette musique aux guitares façon “Téhéran Beach” et à l’allure de générique de film d’animation vient elle aussi renforcer cette impression. La vérité est ailleurs. Pour façonner le (magnifique)  clip de Gardgiri, le bidouilleur franco-iranien Hassan K s’est entouré d’une équipe de choc en la personne de Clotilde Auboeuf-Dominguez et Adrien Tison afin de capter au maximum ses références artistiques. On a déjà hâte de voir la suite.

Mansfield TYA – Danse de Mauvais Goût feat Odezenne 

Afin d’illustrer une poignante mélopée sur la difficulté de faire son deuil – ô combien d’actualité en ces temps d’incertitudes sanitaires –, l’alliance Mansfield TYA / Odezenne a fait appel à Alix Caillet et Romain Winkler. Dans Danse de Mauvais Goût, les traditionnels sponsors qui ornent les voitures de course automobile – des “véhicules-souvenirs” – se font mortifères, l’errance dans des champs impraticables symbolise le long chemin vers l’acceptation qui nous met la tête à l’envers et les larmes se font aussi rares que sèches. Une capsule mélancolique et songeuse à la fois qui vous aidera sûrement à faire le deuil de votre vie d’avant le-virus-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom

 La Femme – Foutre Le Bordel (Road Memories Version)

Eux aussi font le deuil de leur vie d’avant, une vie passée à représenter la scène indépendante Française dans les festivals du monde entier. Habituée à Foutre Le Bordel et à surfer sur les foules en délire, La Femme sait pertinemment qu’il ne sera pas possible d’accompagner la sortie de Paradigme comme il se doit. Pas grave, cela donne une bonne raison de fouiller dans ses archives afin d’en ressortir les moments de live les plus explosifs d’une carrière longue de dix ans – déjà – et de les compacter dans un clip d’à peine plus de deux minutes. Bombinette punk, Foutre Le Bordel n’aspire qu’à être crachée par vos enceintes à un volume bien trop excessif pour la vie en communauté – comme le fait déjà mon nouveau voisin de palier. 

Special Friend – Forest

À la croisée du slowcore, de la noisy-pop et du grunge, le duo guitare-batterie Special Friend n’est pas le spécimen le plus connu de cette scène indépendante française. Pourtant, la petite bande – autrice d’Ennemi Commun, sorti le 26 mars – est sans doute l’une des plus attachantes à suivre dans ce vaste paysage. Dans Forest, les inflexions saturées des six-cordes – sorties de leur cage, elles – nous accompagnent au cours d’un après-midi dans un zoo des années 70, où félins de toutes tailles, gorilles et hippopotames sont au rendez-vous. Ironique, pour un morceau qui appelle à se reconnecter avec la vraie nature, celle qui ne nécessite pas un ticket d’entrée au prix exorbitant pour être appréciée.

Daði Freyr – 10 Years 

Malgré le fait que leurs uniformes soient tous identiques les uns des autres – alors qu’on sait tous que les originaux couvrent chaque couleur de l’arc en ciel – on serait tenté de préférer les Power Rangers islandais à leurs homologues américano-japonais. En guise d’armes pour détruire un super-méchant  – qui ressemble à un croisement contre-naturhan entre une poule, une chèvre et un lapin –, l’équipe emmenée par Daði Freyr – dont l’électro-pop représentera son île natale à l’Eurovision 2021 – dispose bien d’un Megazord. Mais ici, le rayon laser ne s’active qu’après une danse d’avertissement, quand celle-ci ne peut plus calmer les esprits. Rien que pour ça, ce sont eux qui devraient ramener la coupe à la maison.

B77 – The Garden

Lo-fi : (adjectif) : Contraction de “low-fidelity”. Désigne une création artistique dont le visuel ou les sonorités, par les méthodes de conception, se retrouvent volontairement “salies”, en opposition volontaire aux productions aseptisées des œuvres populaires. Exemple : The Garden, du duo synth-wave Fribourgeois B77, avec sa succession d’images psychédéliques et hors-contexte en guise de clip et sa mélodie ressemblant à une comptine pour enfants sous prozac, issu de leur album The Wonderful Labyrinth Of Mind, est lo-fi. On ne sait pas ce qu’il pousse dans ce jardin, mais on a une forte envie d’y faire un tour.

Nelson Beer – And The Thunder

Avec ces images digitalisées, Nelson Beer brouille les pistes. And The Thunder est-elle une plongée dans l’immensité des océans ou dans les rêves du baroudeur originaire de SuisseAssocié à Valentin Gillet et Guillaume Piccarreta, qui lui confectionnent ces représentations 3D quasi-scientifiques, il hybride son electro-pop à la voix étouffée et transparente de sonorités qui nous transportent sur une île des tropiques – ou plutôt sous une île des tropiques. Même si l’été n’a pas encore pointé le bout de son nez, on sait déjà ce qu’on y écoutera sur la plage

Yan Wagner – Brexit 

Le Brexit est un concept qui s’exporte bien, très bien même. Mais, en France, il ne touche pas (que) d’obscur groupes anti-Européens, il se propage chez les artistes. Notamment chez le kitscho-crooner Yan Wagner, qui en en profiter pour le transformer en pop song mielleuse aux synthétiseurs plus-que rétros – comme ce clip au grain VHS réalisé par Marco Dos Santos – et aux envolées lyriques aussi tirées à quatre épingles que ses costards. En attendant la sortie de son troisième album – mais le premier chanté en Français, conséquence de la fuite du Royaume-Uni ? – Couleur Chaos, on se Brexiterait bien avec lui. 

Working Men’s Club – X

Eux non plus ne portent pas vraiment le Brexit dans leur cœur, mais ils le vivent de l’intérieur. Après un premier album éponyme aux allures de petite bombe sorti à l’automne 2020, Working Men’s Club, bande menée par le jeune surdoué Sydney Minsky-Sargeant, s’apprête déjà à remettre le couvert en nous balançant X à la figure. Trois minutes trente-sept de post-punk aux guitares plus abrasives que du corindon et à la voix scandée tel un discours du parti travailliste local, qui accompagnent un clip tourné dans un frigo industriel désaffecté, d’où cette atmosphère glaçante. Le Nord de la Perfide Albion n’a jamais semblé aussi attirant

Martin Luminet – Monde

Alors que chaque jour qui passe nous donne l’impression de vivre dans une version réactualisée du 1984 d’Orwells, avec un Big Brother personnel dans nos poches, la musique apparaît autant comme un moyen de contestation que de compréhension. Un sujet qui donne du grain à moudre à la plume cynique et aux synthétiseurs modulaires froids comme la glace de Martin Luminet. Carrelage de smartphones en guise de clip vidéo, l’expert ès spoken word nous livre dans Monde une ritournelle aussi fataliste que porteuse d’espoir. Le prochain hymne de vos samedis manifs.

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