Francois & The Atlas Mountains va vous redonner la Banane (Bleue)

François et ses “Bananes Bleues” © Oihan Brière – Studio Zômpà_Zitü

Écrit et composé en solo puis co-arrangé par le producteur minimaliste Jaako Eino Kalevi, Banane Bleue, le sixième LP du songwriter prend des airs d’album photo personnel, voir de carnet de voyage : une vraie respiration dans un climat délétère. 

Pendant le premier confinement, François nous confiait un carnet (en mots et dessins) et son envie de faire “un grand ménage.” On le retrouve presque 6 mois plus tard, dans une interview téléphonique et force est de constater que cette envie pressante s’est matérialisée dans son nouveau disque, Banane Bleue, plus épuré que jamais. Le songwriter nous confie s’être “délesté de tout superflu pour gagner en place.”

“On vit dans des espaces trop confinés dans notre vie parisienne. D’ailleurs, je ne vis plus à Paris, depuis quelques semaines. Je me suis installé dans les Landes, au sud. J’avais déjà des visées depuis l’an passé. L’année 2020 a confirmé mon souhait.”

Sans fard, François va se confier à nous tout au long de cette rencontre, et insister sur le fait que ce disque est le premier qui le représente vraiment : “Je m’assume plus. Je me suis senti en adéquation. Il y a moins cette notion de groupe et plus une écriture de carnet.” Alors quand bien même Banane bleue est signée de son band & The Atlas Mountains, c’est plus un François tout court qu’il faudra entendre sur cet ouvrage.

La dolce vita européenne

Enregistré entre Athènes, Berlin, Paris (Nogent-sur-Marne), l’album emprunte son nom au terme de nos cours d’histoire géo de lycée, la fameuse Banane Bleue “même si elle n’est pas située dans cet axe là” rectifie François qui a bien appris sa leçon. Il n’en reste pas moins que la notion de mégalopole européenne et de ce qui est pour lui une “dolce vita” sont bien au cœur de son œuvre : “J’avais la sensation que la douceur que reflétait l’album exprimait ce ressenti-là de bien-être européen. “

“Le discours de Banane Bleue c’est de dire : je suis un musicien avec un mode de vie très modeste, mais vu la qualité de vie qu’on en a en Europe , je peux en vivre paisiblement, je peux naviguer dans mes errances et mes histoires sentimentales… Partager ce quotidien, ces recherches de boulot, de cotisation chômage, ces déboires affectifs, dans cette dolce vita européenne.”

Contrastant avec ses engagements plus directs évoqués sur son précédent disque Solide Mirage (2017), François nous explique qu’il a préféré opter ici pour plus de légèreté : “J’avais envie de retrouver l’effet que provoque la musique, de me raccrocher à la chaleur des notes”. Et bien que le disque ait été mis en boîte avant la pandémie, on ne peut que le remercier de la douceur qu’il s’en dégage !

Avec le disque Solide Mirage, je voulais optimiser mon espace médiatique public, c’était son objectif, pour appuyer sur le fait qu’on était à la recherche d’une société plus humaniste. Et en fait je me suis rendu compte que je contribuais au débat mais pas vraiment aux actes, et que c’était peine perdue de le faire par la musique !”

Ce disque est ainsi une invitation au voyage, et le titre polyglotte qui ouvre l’album, The Foreigner, en est un parfait exemple. Écrite il y a presque 20 ans, cette chanson raconte les errances en sac à dos de François armé de son pass Interrail : J’avais un goût de l’Europe déjà assez prononcé à l’époque, je dormais dans la rue, sur des échafaudages, sur des sites touristiques.” Il y a ainsi une certaine forme d’errance, de carte postale de voyage, d’abandon sur Banane Bleue, comme son auteur précise : “Sur ce titre, j’ai écrit dans plein de langues que je croisais. Ce sont des phrases de guides touristiques uniquement, du genre : ‘prenez garde à ne pas vous pencher’. J’ai même rajouté un peu de finlandais comme j’ai enregistré avec Jaako Eino Kalevi.”

Je me sens super européen, j’ai vécu à Bruxelles pendant 3 ans. Et j’ai fait des longs séjours à Madrid, j’ai résidé à la villa Médicis de Rome, et aussi 8 ans en Angleterre.”

La touche finlandaise

Adoubé par Domino, le même label que François, le producteur minimaliste Jaako Eino Kalevi apporte un souffle nouveau sur l’oeuvre de ce dernier : “j’étais un grand fan de ses disques et je voulais travailler avec quelqu’un de nouveau”. Et le changement principal qui opère dans Banane Bleue, c’est cette volonté de déléguer à un autre producteur et de se “laisser porter”.

“J’ai sorti 5 albums, donc je me suis déjà fait assez plaisir, à suivre ma propre autorité, et là j’avais envie d’ouvrir la fenêtre et m’en remettre à l’avis des autres. “

Ensemble, ils n’échangent cependant que très peu, et de manière très polie et éloignée entre les prises, comme des “collègues de travail”. Berlinois d’origine finlandaise, le producteur Jaako est “discret et humble”, quand François se sent lui beaucoup plus “latin dans l’âme”. Pourtant le duo fonctionne à merveille : “C’était hyper drôle car on ne se parlait pas du tout, ou très peu et en anglais.” Leur processus de création est simple et efficace : François propose une guitare voix, Jaako un arrangement, ils écoutent, “ça nous plait ou pas, on garde ou on enlève”.

“J’aime bien l’idée de ne pas se déverser l’un dans l’autre. Jaako ne m’a jamais demandé de quoi parlent les chansons, il ne comprend même pas les paroles. Le sens n’est pas que dans les paroles, plein de choses se passent entre les lignes.”

Autre qualité du producteur Jaako, c’est celle d’épurer et de simplifier les compositions, là où François aurait tendance à superposer “beaucoup de couches” : “Les chansons qui marchaient le mieux avec lui étaient celles qui étaient épurées. J’ai donc pêché dans mon catalogue de chansons… Certaines ont 20 ans, d’autres 10 ans ou un encore seulement une année.”

Jaako a ainsi suivi François dans trois villes : Berlin, Athènes et Nogent “On a eu ces trois points de rdv”. Ils empruntent du matériel, enregistrent dans des ateliers artistes ou home studios, le temps de mettre en boîte quelques titres. “On voulait des lieux pas chers, comme à Nogent-sur-Marne, maison des arts de Bernard Anthonioz.“

L’album photo

Rassemblant des années de vie de François, Banane Bleue fait figure d’album photo : “c’est le terme même de l’album, car un album ça peut combiner plusieurs années.“ Certains morceaux datent de l’époque où il vivait à Bristol (Holy Golightly), d’autres de ses pérégrinations européennes.

Enfin dans cet album, il n’est pas question seulement de voyage et d’Europe, mais aussi de rupture, sujet oh combien usité mais si joliment amené ici, comme dans les titres Par le passé, Coucou, Tourne autour, ou encore Revu : “C’est un morceau qui parle de retrouvaille, d’une complicité absolue avec une personne qu’on a aimé. Et du fait de la retrouver dans un autre moment de sa vie, et quelle situation adopter. “

“Revoir quelqu’un qui nous est devenu étranger…. alors que c’était alors la prunelle de nos yeux.”
François à propos du titre Coucou

Et si François est toujours nomade dans l’âme, et “rêve de retourner habiter à l’étranger”, il prend aujourd’hui le temps de se “contenter de ce qu’il y a à proximité” dans ce contexte pandémique. En choisissant de vivre près de l’océan, de voyager “localement”, et de peindre, il s’ouvre ainsi “à la sensibilité des lieux”… Un art de vivre qu’on ferait bien tous d’adopter avant de devenir maboule dans les grandes villes au bord de la crise.

Ce sont ces mêmes cités européennes qui bourdonnaient dans la nuit et qui sont loin de retrouver cette folle ivresse que François dépeint si bien dans le titre final Dans un taxi. Un thème d’une banalité évidente, et qui devient pourtant étrangement singulier voir nostalgique ici, nous faisant battre la chamade (et braver l’interdit de 18H) à une drôle d’époque où tous les lieux de loisirs sont fermés. A écouter sans modération…

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Article : Abigaïl Aïnouz

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