Avec « Out », Kimberose laisse sortir l’artiste qu’elle rêve d’être

Crédits : Clément Dezelus

Trois ans après Chapter One, Kimberose a bien muri, et Out vient le prouver. Aussi touchante et flamboyante que ses compositions, rencontre avec l’une des plus belles voix de la soul tricolore.

J’ai l’impression d’avoir huit ans et qu’on est la veille de Noël”. Deux jours avant la sortie de son deuxième opus, Out, c’est peu dire que Kimberose est surexcitée pour cette interview matinale. Trois ans plus tôt, celle qui fait aujourd’hui partie des grandes voix de la soul française se faisait offrir par la vie, et par le public, un très beau cadeau : couronné de succès tant critique que populaire, son premier album Chapter One se faisait décerner un disque d’or. “Le fait d’être aimée, d’avoir un public, de faire des concerts, de voir le sourire des gens, tout ça ça nourrit ton âme et te prodigue beaucoup de force. J’ai voulu en donner encore plus”. 

Coming-out artistique

Out. Sortir. Un titre simplissime mais qui veut en fait dire beaucoup (“Out, c’est aussi l’extérieur, l’ouverture sur le monde”), pour un album aux allures de “coming-out artistique”, de l’aveu même de sa créatrice. Kimberose laisse – enfin, dirait-elle presque – sortir l’artiste qu’elle a toujours rêvée d’être. Mais tout comme les antibiotiques, ce processus a été loin d’être automatique.

Pour le premier album, j’avais cette envie de plaire – et donc cette peur de ne pas plaire. Cette expérience m’a affermi et m’a surtout donné envie d’être plus libre. Libre dans mes choix, libre dans mes collaborations… Libre dans ma musique, en fait. J’ai le réel sentiment d’avoir pris mon indépendance avec ce disque.

C’est un fait. Avec son instrumentation fourmillante de cuivres et de cordes qui viennent apporter leurs majestueuses sonorités aux compositions soul lancinantes de Kimberose, Out est un album flamboyant, qui déploie toutes ses ailes quand il est joué sur la scène d’une salle de concert. Kimberose le reconnaît, Chapter One représente pour elle une petite frustration sur ce point là. “Il y avait beaucoup de balades, de chansons plutôt tristes, alors que je veux aussi faire danser les gens. J’ai beaucoup plus pensé à la scène pendant le processus créatif de Out, et j’ai hâte qu’on puisse faire la fête tous ensemble dessus !”. 

Thérapie de groupe

Mais réduire Out à la qualité de disque à jouer en concert serait un véritable affront au talent de Kimberose et au message qu’elle espère faire passer au sein de ses quatorze titres écrits à cœur ouvert – une évidence pour quelqu’un qui ne peut imaginer sa musique “sans sincérité”. La jeune trentenaire pratique l’écriture-médicament, celle qui aide à panser ses maux en posant des mots sur des partitions. “Pour moi, l’explique-t-elle, l’écriture a un rôle thérapeutique. Tu écris une chanson tout seul dans ton coin avec ta propre petite peine ou ta propre petite joie, mais quand tu la chantes devant ou pour un public, les gens se la réapproprient. Ça se transforme en thérapie de groupe, où chacun peut connecter ses émotions aux tiennes, et ça je trouve ça magnifique.

Une écriture qui l’a aidé à se découvrir et à connaître ses forces. Nous ne sommes donc pas étonnés de voir le victorieux Back On My Feet trôner en ouverture du disque, un morceau au sein duquel elle clame avoir appris à assumer son passé et ses erreurs pour enfin se tourner vers son avenir. Une idée que l’on retrouve par exemple dans Only Lessons : “J’essaie de ne pas voir les choses qui me sont arrivées comme des trucs moches, mais comme des enseignements. Il faut voir les leçons du passé comme des armes pour l’avenir.” 

« Tu écris une chanson tout seul dans ton coin avec ta propre petite peine ou ta propre petite joie, mais quand tu la chantes devant ou pour un public, les gens se la réapproprient. Ça se transforme en thérapie de groupe »

Weak and Okay, quant à lui, vise à faire entendre les problèmes de santé mentale, “trop souvent ignorés aujourd’hui” (et dont il aura fallu deux confinements pour que l’État se rappelle pourquoi la France est l’un des pays qui consomme le plus d’antidépresseurs en Europe). Un sujet que la jeune mère – “le plus beau garde-fou qui puisse exister”, le dit-elle si joliment – a personnellement dû affronter au cours de son existence, comme elle le témoigne sans mâcher ses mots. “J’ai parfois passé des semaines entières dans mon lit, sans savoir ce que j’avais. Dans notre société où il faut toujours avoir l’air d’être au taquet, il est très difficile de dire que l’on a besoin d’aide. Et pourtant, il le faut pour savoir ce que tu as vraiment. Pouvoir mettre des mots sur ce mal qui te ronge, c’est un premier pas vers la guérison. Avec Weak and Okay, je voulais faire passer un message aux gens : être vulnérable, ça veut surtout dire être vivant.” 

Une porte ouverte vers un futur radieux

Consciente, dès son plus jeune âge, d’avoir une voix qui pourrait la porter loin, voix qu’elle exerçait partout, de sa chambre à la cour de récréation du lycée, celle qui voyait en Lauryn Hillun modèle d’espoir et d’émancipation pour une jeune métisse comme moi” doit beaucoup à son père aujourd’hui disparu. Elle lui dédie le poignant We Never Said Goodbye, exercice qu’elle compte réitérer dans chacun de ses futurs albums. “C’est lui le premier à m’avoir dit que je chantais bien, à m’avoir installé FL Studio sur l’ordinateur familial et à m’avoir encouragé à écrire mes propres textes. J’ai l’espoir que, de là où il me regarde, il voit ce que je suis en train de devenir.” 

Tout Valser, composée conjointement avec Sofiane “celui-que-tout-le-monde-s’arrache” Pamart, peut justement se voir comme un indice sur la suite de la carrière de Kimberose. Une valse piano/voix, chantée en français pour la première fois de sa discographie, “pour faire plaisir à ma mère anglophone qui me demandait constamment quand est-ce que je sauterais le pas.” Intelligemment placée en clôture de Out, “comme une porte ouverte”, elle annonce en effet deux expériences qui seraient amenées à se répéter. L’utilisation de la langue de Molière, donc, mais aussi les collaborations avec le pianiste français, “un très bon gars, aussi talentueux qu’agréable”, avec qui les idées fusent comme personne. 

Nul doute que la jeune Kim, qui passait des heures à écouter Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong et Sam Cook dans le lecteur-cassettes de sa chambre d’enfant, serait incroyablement heureuse de savoir qu’elle arrive à vivre de sa passion vingt ans plus tard, avec tous les enseignements que ça apporte. Mais elle n’a pas abandonné son authenticité et sa sensibilité. “Quand j’ai su que j’étais invitée à Colors (une session prochainement disponible, ndlr) , je venais de finir de me maquiller. J’ai pu me remaquiller juste après le coup de téléphone.” Puisse-t-elle toujours rester ainsi.

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Jules Vandale

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