L’exposition Kinshasa Chroniques nous plonge dans le train-train de la capitale congolaise

Junior D. Kannah, Sans titre, série Engunduka ya elili, le train de l’illusion », 2014 © Junior D. Kannah

Jusqu’au 11 janvier, la Cité de l’architecture et du patrimoine accueille Kinshasa Chroniques. Mettant à l’honneur la bien-aimée Kin-la-belle et son tissu urbain, le parcours dédié à la troisième ville d’Afrique, réunit plus de 70 artistes locaux.

Les oeuvres de 70 artistes congolais, organisées en 9 thématiques  différentes (Performance, Sport, Paraître, Musique, Capital, Esprit, Débrouille, Futur, Mémoire) sont dévoilées à l’exposition parisienne Kinshasa Chroniques –  en co-production avec le Musée International des Arts Modestes de Sète. Photographes, dessinateurs, performeurs, vidéastes, peintres et slameurs de la République démocratique du Congo y apportent de « multiples points d’entrée pour penser l’espace urbain kinois. »

L’exposition qui ponctue l’année 2020 à la Cité de l’Architecture et du patrimoine n’a pas la prétention d‘apporter une vision exhaustive de la cité au 14 millions d’habitants, mais plutôt un regard intimiste par le biais des points de vue de chacun des artistes exposés. Le choix de ces 9 thèmes va dans ce sens. L’objectif étant de laisser une totale liberté aux intervenants.

 

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Nos 3 coups de coeur

Kin Sport de Dareck Tubazaya

Comment parler de sport dans la capitale congolaise sans évoquer le football et la boxe ? Théâtre du mythique combat de titans, The Rumble in the Jungle, entre Mohamed Ali et George Foreman pour le titre de champion du monde en 1974, Kinshasa n’a pas retiré ses gants depuis ! Ni déchaussé les crampons d’ailleurs, le sport étant intimement lié à la politique de cette ex-colonie belge. Pour illustrer les terrains de foot de fortune et les rings de la capitale congolaise, l’artiste Dareck Tubazaya présente la série photo : Kin Sport. Incontournable !

Dareck Tubazaya, Kin sport, 2017 © Dareck Tubazaya

Sapeur Francklin de Francklin Mbungu

Apparue sur l’autre rive du fleuve Congo, chez sa soeur jumelle, à Brazzaville (République du Congo), la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) naît dans le contexte de la période coloniale. « D’emblée, elle signale une répudiation du stigmate raciste de ‘peuple nu’ dont l’Occident affuble les Africains » écrit l’historien Didier Gondola, une fierté qui rejoint la thématique Paraitre de l’exposition. Francklin Mbungu et sa série Sapeur Francklin célèbre en peinture le folklore d’une culture transgénérationnelle, contestataire et qui ne manque pas de classe !

Francklin Mbungu, Sapeur Francklin, 2018 © Francklin Mbungu – Pierre Schwartz, courtesy Sébastien Godret

Kinlabel de Isaac Sahani

L’Article 15 – Débrouillez-vous pour vivre est une clause constitutionnelle imaginaire rendue célèbre dans les années 1980 par le chanteur Pépé Kallé. Depuis, la débrouille (ou système D) reste une notion omniprésente dans la vie des kinois. Sylvie Ayimpam, autrice de l’Economie de la débrouille à Kinshasa écrit « La débrouille, écrit Sylvie Ayimpam, c’est l’art de trouver chaque jour des solutions aux difficultés de la vie, d’inventer des stratagèmes complexes pour se sortir d’un problème en dribblant, en rusant, en extorquant ». Basée autour du partage et de la coopération, Isaac Sahani a immortalisé cette dimension dans sa série photo Kinlabel.

Isaac Sahani, Sans titre, série Kinlabel, 2017 © Isaac Sahani

L’art au secours de conflits sans fin

Véritable carrefour des problématiques du siècle dernier, la capitale congolaise et ses quelques 9 965 km² hyperurbanisés s’est construite autour d’une identité forte et de la force d’âme d’un peuple entier.

La richesse artistique congolaise tranche cependant avec son histoire sanglante. La République démocratique du Congo (RDC) est victime du plus récent génocide de l’histoire moderne. Depuis 1996, 15 millions de congolais ont perdu la vie dans un conflit ethnique avec le Rwanda et l’Ouganda.

Quant à ses ressources naturelles, l’ex-Zaïre (nom de la RDC entre 1971 et 1997) est enviable à tous les niveaux. Les sols congolais, immensément riches en minerais et surtout en Coltan (utilisée dans l’industrie aérospatiale et pour les appareils électroniques) font actuellement l’objet de pillages et de déforestations par des troupes rwandaises aidées par leurs alliés ougandais et du Burundi. Alimenté par la culpabilité liée au génocide rwandais et son million de morts (1994), le silence de la communauté internationale est lié aux intérêts qu’ont l’Europe, la Chine et les Etats-Unis dans l’extraction de ses matières premières à bas prix.

L’exposition Kinshasa Chroniques pourrait ainsi apporter engouement et ferveur autour d’un pays en proie à un conflit sans fin et victime d’un désintérêt médiatique. Allez-y et parlez-en autour de vous.

Infos pratiques

Cité de l’Architecture et du patrimoine, Palais de Chaillot (1, place du Trocadéro, Paris 16e)
Ouvert tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi (la nocturne du jeudi étant annulée durant la période du couvre-feu).

Billet combiné collections permanentes + expositions temporaires :
Kinshasa Chroniques et Paris 1910-1937. Promenades dans les collections Albert-Kahn
Plein tarif : 12€ / tarif réduit : 9€

Toutes infos sur le site officiel.

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Maxime Verdeille

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