[POP CREW] Le Pas-Sage trace sa route, et t’emmène avec lui

@Corentin Fohlen

Rencontre avec le fougueux Pas-Sage

[POP CREW] c’est un nouveau format qui part à la rencontre des collectifs qui redéfinissent la ville à coups de soirées, d’expo, de performances et d’événements en tous genres. On se placera plutôt depuis Paris, ses bâtiments historiques, RIP Notre-Dame de Paris, ses bars, ses galeries et ses clubs. Depuis un petit moment maintenant, le nombre de collectifs qui souhaite ajouter leur pierre à l’édifice des soirées parisiennes se développent à vitesse grand V. On est donc allé toquer à leur porte pour discuter ensemble d’eux, de Paris et des autres, on vous les présente chaque semaine.

Pour l’épisode 3 de notre trip, c’est le « PAS-SAGE » qu’on a souhaité présenter.
Collectif pluri-artistique organisateur de free-party, Thomas, Sacha, Antoine et Geoffroy racontent.

Pour commencer, comment vous êtes-vous créés ? Combien êtes-vous ? Qui gère quoi ?Thomas : Officiellement, on a créé l’association en 2014 donc ça fait 5 ans. Officieusement, on a commencé à organiser des soirées ensemble en 2013, dans un fort militaire à Buc (Yvelines). Aujourd’hui on est 15.
À la base on est deux groupes de potes, un qui vient plutôt de la banlieue ouest, on était au collège/lycée ensemble dans le 16ème arrondissement, et un autre groupe de potes qui eux, viennent des Yvelines.
Globalement, on se connaît tous depuis 4/5 ans.

Depuis longtemps vous aimiez faire des teufs ? C’est de là qu’est venue l’idée de monter le collectif ?
Thomas : D’une manière générale, on avait à peu près 18/19 ans quand on a commencé à sortir pas mal et, pour ma part, à 19 ans, j’ai découvert la free party. C’était évident qu’il fallait qu’on fasse ça.

Comment on fait à 15 pour avoir cette idée ?
Thomas : En fait ça se greffe petit à petit, chacun propose des idées et puis ça s’affine très naturellement. Chacun a dit « Moi je fais ça et j’ai envie de faire ça », et on était libre d’organiser comme on voulait. Antoine par exemple, c’est mon meilleur pote, je le connais depuis que je suis gamin, il ne faisait pas partie du collectif, il nous aidait juste. Petit à petit, comme il faisait des études d’archi, il a proposé de faire de la scéno et de fil en aiguille il est devenu responsable de la scénographie.

Antoine : De base, je voulais me faire du fric et vendre de la bouffe. Et au final, je me retrouve à gérer la scéno, et je veux toujours vendre de la bouffe.

L’idée c’était de faire quoi comme genre de soirées au début ?
Thomas : Après le Fort de Buc, on voulait faire des trucs qui allient plusieurs disciplines.
On voulait pouvoir mixer plusieurs disciplines à notre sauce. Tout en gardant cet esprit free party qu’on a connu au tout début.

Sacha : L’idée c’était de faire des events qui nous correspondent vraiment, avec de la scéno, beaucoup d’activités et des prix abordables.

Thomas : Des évènements où on a envie d’aller nous.

Vous ne vous retrouvez pas du tout dans ce qui est proposé comme soirées à Paris ?Geoffroy : Non. On s’est tous rejoints sur le fait qu’on était tous saoulés par ce que Paris nous offrait à ce moment-là.

D’un point de vue de l’ambiance ? Des gens ? Des lieux ? Des prix ?
Geoffroy : De tout. Des lieux, du prix, la musique parce que c’est toujours compliqué de te retrouver dans une boite où c’est que des gros line-up qui passent, tu ne peux pas forcément tout voir.
Depuis, il y a pleins d’autres choses qui se passent. T’as la Station qui a ouvert, moi je kiffe trop cette salle. Avant, t’avais pas beaucoup d’endroits qui avaient des « concepts » qui sortaient un peu du lot.

Thomas : Au moment où il y a eu les premières warehouse, les premiers collectifs qui faisaient des trucs pluridisciplinaires, c’est le moment où nous avons commencé. On a eu la chance d’arriver avec d’autres collectifs. Je ne parle pas en leur nom mais nous, en tout cas, on était animés par cette volonté de faire quelque chose de neuf.

Geoffroy : On voulait faire une soirée où quand tu débarques, tu peux te poser, chiller, fumer un joint, avoir de la scéno et te taper un kiff. Si un mec il veut passer de la bossa nova en teuf, bah il passe de la bossa nova en teuf on s’en fout. En gros, ce qu’il faut se dire c’est que tu fais la teuf avec tes potes et c’est simple.

Thomas : Et puis au moins ça réduit les problèmes avec la sécu. Il y en aura toujours mais là c’est plus flex. Tu fumes si tu veux fumer, si t’as envie de te mettre à poil, tu le fais, tu ne dépenses pas beaucoup de thunes. C’est cet esprit-là qu’on a souhaité développer.

Sacha : Ouais, c’est un truc où tu peux te lâcher.

Du coup ça ne se passe jamais dans Paris ?
Thomas : Ça dépend. C’est paradoxal mais notre première qu’on a fait légale, c’était dans un club de rap/rnb, « Le Village Russe ». C’était intéressant, c’était un énorme complexe évènementiel avec 6 espaces en tout et une énorme terrasse de 700m2. Ça c’était notre premier évènement, on a fait 900 personnes à 5€ l’entrée, 3 scènes. Notre 2ème ,on a fait 1 800.

1 800 personnes ??
Geoffroy : C’était trop bien. Il y avait une Game cube à un endroit où les gens pouvaient geeker, il y avait des tatamis par terre où les gens pouvaient s’allonger, t’avais pleins de petits ateliers.

Thomas : Tu pouvais te balader. Il y avait cet esprit qu’on a découvert, d’où le nom « Pas-Sage » d’ailleurs, de pouvoir te balader, d’aller de passages en passages, et de jamais rester dans un coin à te dire « Putain mais en fait je me fais chier, je bois de la bière, je fume ma clope et je danse, c’est tout ce que je peux faire quoi ».

Geoffroy : On se retrouve aussi dans les lieux qu’on choisit, dans le sens où nous ce qu’on n’aime pas, c’est se retrouver dans un gros espace où tout est mélangé.
Par exemple, tu te retrouves dans un gros hangar, t’as le son, en même temps t’as le bar, t’as un endroit pour te poser etc. Au final, t’es toujours oppressé par la musique, tu ne peux pas vraiment chiller. Le nom du « Pas-Sage », ça vient du fait que lorsqu’on organise un évènement, on aime bien que tu puisses vivre différentes expériences au sein d’une même soirée.

Antoine : Ce qu’on kiffe, même quand on a un grand hangar, c’est sectionner les espaces et faire des thèmes.

Thomas : On essaye de sa casser le cul en fait. On ne veut pas juste miser sur une prog. On propose un thème avec un storytelling et on va calquer toute notre communication là-dessus.

C’était quoi le dernier thème que vous avez fait ?
Thomas : C’était la société du Boudoir. L’idée c’est que t’arrives et que tu vives une expérience. Aujourd’hui, ce qui est triste je trouve, c’est que tu consommes ta soirée, en tout point de vue. T’arrives, tu payes ta prévente, tu payes ton vestiaire, tu payes ta boisson et tu consommes quoi. Nous on veut que les gens soient acteurs.

Le fait de faire ça dans des lieux « illégaux », ce n’est pas trop contraignant ?
Geoffroy
 : Si mais le truc c’est que tu ne peux quasiment pas faire ça dans un lieu légal. T’es toujours contraint par pleins de trucs. Par exemple, tu veux faire tomber un tissu du plafond dans une soirée, t’es obligé qu’il soit ignifugé, faut faire gaffe qu’il soit bien accroché ou alors qu’il ne tombe pas trop bas pour que les gens ne s’y accrochent pas. Et puis si tu fais du légal, tu dois payer une location qui est quand même assez énorme, alors que quand tu fais de l’illégal, tu peux faire plus de scéno parce que t’as plus de budget, ou te faire plaisir sur un line-up.

Thomas : Même le légal, ce n’est jamais vraiment légal. On a déjà loué un lieu à des prix exorbitants alors que ce n’était pas ERP, il n’y a aucune norme de sécurité etc. On s’imagine faire des trucs légaux mais c’est vrai que c’est beaucoup plus contraignant.

Geoffroy : En général si tu veux faire du légal, il faut quasiment tout le temps que tu passes par des collectivités.

Thomas : Si tu fais un event de moins de 500 personnes, tu peux le faire passer pour un évènement privé, du coup il n’y a pas de contrainte avec la préfecture, le commissariat, la mairie. T’as un accord avec le proprio et tu gères ça avec lui. Mais au-delà de 500 personnes, t’es obligé de déclarer en mairie et au-delà de 1 000 personnes t’es obligé de déclarer en préfecture.

Ah ouais c’est très procédurier…
Thomas : Si tu fais payer 25 € ton entrée, t’es obligé d’assurer derrière et de t’assurer que tout est sécurisé. Nous on organise des free en connaissance de cause et surtout notre public le sait. Le mec qui vient il sait que l’endroit sera dangereux, il doit venir avec une frontale, il doit venir avec de l’eau. On le briefe, on lui dit qu’il est responsable de lui-même et en général ça se passe bien parce qu’ils savent.

Est-ce que vous mettez en place des stands La Croix Rouge, ou des infirmeries, par exemple ?
Thomas : On en a déjà parlé, moi j’aurais voulu intégrer une infirmière dans le crew mais on en n’en a pas trouvé qui était partante !

Geoffroy : Nous à chaque soirée qu’on organise, on a une boite à pharmacie comme ça, si on a un problème, on peut faire les premiers secours. La dernière free qu’on a faite, il y avait 250 personnes donc ça va, c’est gérable. Mais effectivement, sur des plus gros évènements, là ce serait pas mal de bosser avec Techno+ ou avec la Croix Rouge.

Thomas : Et puis même dans des lieux légaux, ça n’assure pas forcément que t’as tout à ta disposition s’il y a une overdose ou autre problème. Ce n’est pas gage de sécurité de faire ça dans un lieu légal en fait. Parce que même si t’as des agents de secu, la Croix Rouge, les pompiers pas loin, il peut t’arriver une merde. Ça dépend du public que tu ramènes aussi.
Je pense qu’il y a un énorme truc qui n’est pas assez fait par les organisateurs c’est la médiation par rapport au public et le choix du public.
Comme les mecs ils veulent ramener 4 000 personnes pour atteindre leurs objectifs financiers, ils ne font pas le tri. Nous on veut des effectifs réduits, donc on se permet de faire le tri. On essaye d’avoir un public plus âgé, qui sait faire la fête, qui consomme responsablement.

Geoffroy : On ne dit pas « oui », « non » à l’entrée. C’est juste qu’on oriente nos communications vers les publics qu’on préfère avoir.

Est-ce que, à ce niveau-là, vous trouvez que le public des free est paradoxalement plus « tranquille » ?
Thomas : Ils sont beaucoup plus responsables oui.

Vous vous autorisez à faire la fête lors de vos soirées ?
Thomas : Ah bah c’était pile le sujet pour la dernière (rires). Bon je vous laisse parler !

Geoffroy : Euuuuuh, on estime qu’on est acteur de la fête donc en soit oui on a le droit de s’amuser pendant les soirées qu’on organise. Après il faut quand même qu’on soit raisonnable car on a la responsabilité de notre public.

Thomas : je suis trop stressé pour le faire et surtout je ne m’autorise pas à le faire.

Vu le nombre de collectifs qui se créé, comment vous arrivez à trouver votre place ? Et comment vous gérez vos relations entre vous ?
Thomas : Alors nous on n’a jamais vu ça comme ça. Au contraire on essaye d’être potes avec les gens qui font à peu près la même chose que nous, ou qui sont dans la même mentalité que nous.

Geoffroy : Et puis on s’amuse à faire des teufs sur un créneau où il n’y a pas non plus énormément d’enjeux. On ne fait pas de teufs qui coûtent cher du coup il n’y a pas de conflits financiers. C’est surtout de l’entente.

Comment on s’organise à 15 d’un point de vue technique ?
Geoffroy : Bah ça va hein !

Antoine : Chaque membre a sa spécialité. On a des scénographes, des mecs qui s’occupent de la com, des graphistes.

Sacha : Ça va mieux aujourd’hui mais avant c’était le bordel.

Geoffroy : T’as des réunions générales et après t’as des réunions par pôles. On s’organise chacun par spécialité et après on se réunis tous pour coordonner et organiser la soirée.

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a le dernier mot ou vous êtes en mode horizontaux ?
Geoffroy : Il fût une époque où quelqu’un avait le dernier mot parce qu’il nous le disait pas forcément. Après ça a un peu changé parce qu’on a commencé à lui péter les couilles.

Vous vous rémunérez ?
Thomas : Ah pas du tout ! Déjà on peine à rémunérer l’association. Quand l’asso gagnera des 10 000 euros là, peut-être qu’on y pensera.

Antoine : Ah ouais ?

Sacha : Dans un univers parallèle, peut-être ouais.

C’est quoi du coup les perspectives pour Pas-Sage ?
Antoine : Se faire 10 000 euros et se rémunérer.

Thomas : Moi j’aimerais bien qu’on organise un festival, à 1h30/2h de Paname.

Sacha : Continuer de trouver des lieux.

Geoffroy : Avoir notre lieu, ce serait la frappe.

Crédits photos : Jakob Christ

 

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