[POP LIFE] Queens and the city, quand les drags sortent à midi

La nouvelle scène drag n’a plus peur de rien

On le sait parce qu’on les a vu déambuler en plein 20ème, transformer l’angoisse du regard des autres en un facteur d’empouvoirement personnel et artistique. Toutes n’ont pas dit oui à notre proposition de shooting de jour. La peur, justement, parce que certaines ont déjà été agressées, insultées au moins, toujours par des hommes que les atours de femmes sur d’autres hommes rendent violents, visiblement. L’idée, c’était de mettre ces maquillages et ces « créatures » fait.e.s pour la nuit sous une lumière différente, en plein jour et au centre de l’espace public, souvent vécu comme hostile. A l’heure où les barrières du genre s’étiolent et se font plus poreuses, deux familles de la nouvelle scène parisienne et Charlibido ont accepté de se laisser photographier et de témoigner sur cette expérience de plein jour.

La famille Miskina

Issue d’une courte mais (re)productive famille, les Miskina forment une famille soudée et pour le moins éclectique. Sasha Miskina : mère aimante et amante solitaire, elle écume les soirées SM pour trouver un père à ses enfants agités. Pepper Miskina : enfant attachiante, cartomancienne qui joue avec les genres et avec son frère, avec qui elle entretient une relation plus que fusionnelle. Richie Miskina : né du bug de l’an 2000, jeune garçon terrible et rebelle, il écoute PNL en boucle et l’impose quasi quotidiennement au reste de la famille. Shampagne Miskina : la beauté banlieusarde que l’on voit une fois toutes les pleines lunes impaires. Le reste du temps elle s’entraîne dans sa chambre, pour tout.e.s les détruire, le moment venu.
Extrait de leur bio officielle

Sasha Miskina
« Pour moi être drag ou faire du drag, c’est exprimer une partie de soi souvent bridée dans la vie personnelle. C’est une sorte d’échappatoire et un espace de liberté. Que je sorte en drag en journée ou en soirée, je ressens cette liberté et le regard critique des gens ne m’atteint plus. Alors bien sûr, à Paris je fais très attention, au vu du nombre d’agressions homophobes croissant de ces dernières années.  Mais c’est toujours un (malin) plaisir de voir les regards se retourner sur soi dans la rue ».

Richie Miskina
« Être en drag de jour dans mon quartier a été une expérience surprenante pour moi, car je perçois cette part de mon identité comme nocturne, et c’était donc paradoxal de l’exposer au grand jour : croiser mon voisin, mon épicier, et les gens aux terrasses des cafés. Mais c’était aussi excitant et fun car j’étais vraiment quelqu’un d’autre : ici, personne ne connaît Richie, et les gens sont surpris de le voir. Ce n’est pas une créature de leur quotidien, mais c’est une partie du mien ».

Shampagne Miskina
« Pour moi, l’angoisse de sortir en drag en plein jour sous le regard de tout le monde était plus présente avant de passer la porte que lorsqu’on était vraiment dehors ! Je pense qu’on appréhende beaucoup le regard des gens mais qu’on a la chance de vivre une époque relativement ouverte d’esprit. Même si les agressions, insultes et remarques discriminatoires restent trop présentes, on se sent quand même plus safe que certain.e.s il y a encore quelques années. Une fois dehors, j’ai senti le regard des gens plutôt amusé, intrigué à la limite mais jamais malveillant. C’était pour moi une super expérience qui m’a rendu plutôt optimiste sur le futur de l’acceptation des différences ».

 Pepper Miskina
« Être en drag en plein jour, c’est une sensation un peu nouvelle et particulière pour moi. D’habitude la préparation ça se passe après le travail, en début de soirée, la nuit commence à tomber et quand il fait nuit noire, je suis prêt.e ! C’est mon milieu plus « naturel ». Se retrouver en drag de jour ça change complètement les choses. Au début c’est déstabilisant, je me sens plutôt mal à l’aise et vulnérable. Il y a plus de monde dans la rue, des regards se portent bien plus vite sur notre groupe et on se fait montrer du doigt ! Je pourrais penser qu’on est moins en sécurité et puis finalement, c’est un peu grisant quand même ! Je me dis qu’on est plus vus, que pour une fois on va réussir à toucher des personnes moins habituées et moins sensibles à notre art. Ok ça fait jaser, mais on est là pour ça. Faire parler, être vu et bousculer les certitudes des gens autour de toi, les faire se questionner. Donc c’est une bonne chose. Le seul bémol c’est quand tu croises ton vendeur de kebab de retour de soirée et qu’il te reconnait avec tes talons de 12 et du rouge à lèvres, tu sais que tu devras changer de spot la prochaine fois mais c’est pas grave. Ça change de d’habitude, ça me sort de ma zone de confort à moi aussi (pas que celle des passants) et ça vaut le coup ».

La House of Fugly

Depuis sa formation, la House of FUGLY est un collectif drag qui s’efforce de représenter la culture drag française à Paris, en province et à l’international. Les queens qui le composent comptent amener cette forme d’expression artistique moderne et provocante au niveau supérieur. Leur ambition ? Populariser l’art du drag via la musique, l’expression visuelle et le cabaret qu’elles mêlent avec agilité lors de leurs shows pour en faire un divertissement incontournable. Alice Psycho a fait son entrée fracassée dans le monde drag en 2015 à San Francisco. Après s’être évadée de l’asile haute sécurité où elle était retenue prisonnière, elle est de retour sur la terre de France pour se venger de tous ceux qui la croyaient hors d’état de nuire. Alice est connue pour ses interminables jambes, ses performances conceptuelles et dramatiques et ses talents de chanteuse, rappeuse et danseuse. Elle a créé la Gay Paree dont elle a été hôte pendant un an. Belle, Violente, Vulgaire, La Kahena est une créature, moitié femme moitié déesse-guerrière. En Arabe, son nom signifie sorcière, prêtresse, prophétesse ou encore devineresse. Elle hantera vos nuits et vos rêves. La Kahena puise son inspiration dans les beautés naturelles et l’Histoire des reines que ce monde a connues. En plus d’être orgueilleuse, elle sent…. la mort. Fun fact, elle lit l’avenir dans tes boules. Sativa est une créature mystique tout droit sortie d’un comics. Sorcière, nymphe, ou alien, elle allie humour, horreur, burlesque et glamour avec harmonie. On la connaît notamment pour la DRAG ME, drag show décapant de la Mutinerie dont elle est la co-créatrice et où elle performe chaque mois. Sativa est une ensorceleuse qui n’a pas jeté son dernier sort.
Extrait de leur bio officielle

Alice Psycho
« A mes yeux, la condition des drag queens a beaucoup changé à Paris au cours des dernières années. On partait d’une réalité assez précaire dans laquelle on ne faisait pas vraiment partie du paysage nocturne ou festif, on se voyait refuser par des taxis, on n’était pas vraiment prises au sérieux par rapport aux efforts qu’on investissait dans nos personnages et nos looks. Maintenant on commence à faire partie intégrante de la nuit parisienne, Beaucoup de monde nous complimente, prend des photos avec nous, on nous fait confiance pour faire des projets d’événements de plus grande ampleur. On est devenu, aux yeux du publique et des producteurs, des artistes à part entière. Bien sûr, il arrive toujours qu’on entende des moqueries dans l’espace public, mais on continue à avancer. »

La Kahena
« Être en drag à Paris en plein jour et hors de nos safe zones habituelles provoque en moi deux sentiments différents. D’abord la provocation et la puissance, être un homme habillé en femme dans une société patriarcale reste l’ultime provocation, c’est la remise en question de tout ce que l’humain a appris depuis sa naissance, c’est aller à l’encontre de ce qu’on lui apprend comme étant juste et normal. Mais c’est aussi là que réside le pouvoir du drag et un de ses objectifs : casser les codes et les normes de la société, choquer, interpeler et changer les choses. Ça confère un sentiment de puissance énorme. Ensuite et malheureusement c’est la peur qui vient. La peur de la confrontation, de l’agression, de la non acceptation, du jugement, de la moquerie… Mais il faut savoir passer outre, parce que le premier point évoqué et celui que l’on doit garder en tête si on veut avancer et faire avancer nos idées. Je dirais qu’on ressent de la peur, qui est masquée par la fierté et le sentiment de puissance. #LaPerruqueVaincra. »

Sativa Blaze
« Alors personnellement faire du drag en dehors des safe spaces à Paris c’est toujours un peu challenging car les gens peuvent avoir une attitude hostile à cette forme d’art. Heureusement, on rencontre souvent des gens qui ont une certaine ouverture d’esprit et une certaine appréciation pour le drag. »

Charlibido

Contrairement aux autres, Charlibido ne cherche pas à avoir de mère, ni à faire de filles. Il n’a aucun problème avec le fait d’encourager des personnes à se lancer mais il n’irait pas jusqu’à considérer comme sa « Drag Family ». Pour Charlibido, beaucoup de houses sont fondées à tout va et il constate une perte de symbolique qui ne lui plaît pas, il se considère donc comme indé. Charlibido est connue comme une queen aux multiples visages, elle arpente depuis quelques temps déjà les saints lieux des nuits (et désormais des jours) Queer parisiennes. Beaucoup la pensent, peut être à tort, réservée, pour mieux la cerner, elle vous propose d’en apprendre plus à son sujet autour d’un des plaisirs de la vie, l’acrostiche :

Candide
Hallucinante
Asthmatique
Ravagée
Laborieuse
Imberbe
Bankable
Iconique
Dégourdie
Organique

Charlibido
« Être en drag de jour suscite plus une curiosité amusée de la part des passants que la nuit où ça peut vite être moins amical, même si je n’ai été agressé physiquement qu’une seule fois dans le métro, on n’est jamais à l’aise dès qu’on sort du cadre privé. »

 

 

Photo Agathe R.
Talk. Louise G.

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