Carole Pelé ou l’urgence de dire

Crédits photo : Adrien Thibault

Carole Pelé a sorti son premier EP, sobrement intitulé Premier EP, introspectif et puissant de sincérité. Les textes touchent, heurtent et captivent. Cette jeune interprète et artiste complète construit ses projets en tant que plasticienne et offre à la pop urbaine une véritable leçon de style. 

 

Vers l’art total

 

« Stylo compulsif c’est maintenant où jamais je devrais pouvoir écrire mais j’ai trop la gorge qui serre Aïe Carole saute dans le trou noir maintenant ou jamais. Tu sais pas écrire ou t’as peur de ton ombre ? Stylo compulsif c’est dur mais c’est maintenant maintenant » in R à Raconter.

Le tour de force de l’œuvre de Carole Pelé est de mettre en mouvement toutes les formes d’art pour présenter sa musique : écriture, vidéos, performances sur scène, chorégraphie, mise en scène et photographie. Il faut entrer dans cet univers riche et généreux pour appréhender et apprécier complètement sa démarche artistique. Cette générosité et cette radicalité sont le fruit de son apprentissage aux Beaux-Arts de Paris où elle achève sa cinquième année.

Ce lieu lui a permis de créer, de s’entourer et de véritablement s’émanciper en tant qu’artiste. « Je vois la musique en tant que plasticienne. Ma démarche est totale : il faut des clés de lecture. Quand on les a, on comprend les choses. » On comprend aussi que parler de son processus créatif fait partie de son identité. Dans les morceaux Peur de m’Tromper ou R à Raconter, la démarche métalittéraire est pertinente pour cette artiste pour qui « le texte est central dans [s]on œuvre ».

Une radicalité assumée 

« Non, tu comprends rien, tu comprends pas, qu’t’as laissé, en moi : un trou, une plaie, un abysse immense. J’veux t’oublier : j’veux plus flipper d’te croiser dans l’métro, j’veux plus t’stalker sur les réseaux, j’veux plus penser, qu’j’me relèverai jamais, à cause de toi. » in Faut que j’te parle.

L’écriture des morceaux autant que la manière de les mettre en voix est brute, crue, acérée. Cette sincérité déconcertante, cette intimité créée par son rap, ses chuchotements, ses voix au téléphone, ses respirations montrent la nécessité de dire, de faire jaillir les mots, de les faire résonner au monde et en nous.

« J’écris comme je parle, au discours direct et en prose.  Les thématiques me viennent, je sens que ça me vient, j’ai besoin de sortir ça comme si j’avais faim et que devais manger tout de suite. L’écriture se transforme et, comme en transe, ça sort d’un jet. Il y a une vraie urgence. Je ne reprends pas mes textes derrière, si je sors de cet état, si je réécris, je dénature »  Cette urgence d’écrire puis de dire n’est pas sans rappeler les grandes heures de Fauve que l’artiste a apprécié jadis. La voix est parlée, souvent rappée, sans refrain, tout est sans contrainte, libre dans la forme. « L’expérimentation est totale ».

Une intimité délivrée

«Tu sais c’est c’moment où j’rallume une clope et j’le sais qu’c’est mal mais, j’le fais quand même. Tu sais, c’est c’moment où j’me r’sserre un verre, et qu’j’suis déjà malade, mais j’le fais quand même. J’veux plus m’sentir pas bien et vulnérable, j’veux plus laisser cette noire douleur m’atteindre.» in Nuit Blanche.

Les thématiques des textes sont le fruit d’une introspection, de questionnements qui ont fini par trouver des réponses : la vulnérabilité, l’amour puis la rupture, l’enfance, les traumas, l’inertie mais aussi la joie du moment présent. Autant de thématiques qui émanent d’une forme d’auto-thérapie, d’un cheminement vers la pleine conscience et surtout du besoin de partager, de s’ouvrir et de toucher l’humain.

« J’aime la notion d’intimité, je n’ai rien à cacher, je n’ai pas de pudeur spécifique. Un moment, une émotion et je témoigne.  Ce qu’il y a de plus intime dans mes textes c’est que de les écrire m’a aidée à passer des étapes et je souhaite que si on les écoute, il se passe la même chose. Ce qu’il y a de très fort dans l’art, quand il y a des artistes qui nous touchent, qui nous comprennent, d’un coup on se sent moins seul. Toucher à l’universel, c’est ça que je trouve fascinant en tant qu’artiste.»

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Marie-Gaëtane Anton

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