Première cheffe d’orchestre de France, Claire Gibault a plus d’une baguette dans son sac

Crédit : Masha Mosconi. Demi-finale de la première édition du prix de la Maestra en 2020, avec la cheffe vénézuélienne Glass Marcano.

Fondatrice du PARIS MOZART ORCHESTRA, ensemble paritaire et engagé, Claire Gibault a également co-fondé un prix inédit : La Maestra, réservé aux jeunes cheffes d’orchestre. Lors de notre entretien, nous sommes revenus sur les inégalités femmes-hommes dans les institutions musicales.

Avant tout, laissez-nous vous présenter cet ensemble si singulier ! Le Paris Mozart Orchestra est un orchestre fondé en 2011 par Claire Gibault, première cheffe d’orchestre de France avec 50 ans de métier derrière elle. Son leitmotiv ? Proposer des programmes innovants, croisant musique classique, créations contemporaines et tentant de partager cette musique au plus grand nombre.

Paris Mozart Orchestra (ou PMO pour les intimes), c’est une association profondément engagée dans la société et pour le droit des femmes, tout comme son initiatrice, qui a réussi à percer depuis ses 23 ans dans un milieu typiquement masculin.

 

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L’orchestre de Claire Gibault, a d’ailleurs mis au point une charte pour clamer haut et fort ses valeurs, on y trouve notamment : la parité homme femme, le respect du principe de laïcité, ou l’égalité des cachets de ses musiciens ! Dans les faits d’arme du PMO, on trouve notamment des concerts en prison mais aussi des missions dans des écoles de quartiers défavorisés (baptisées Orchestre au bahut) sur du long terme.

La Maestra

Nouvelle initiative lancée en pleine pandémie et en collaboration avec la Philharmonie de Paris : La Maestra est un concours et programme d’accompagnement réservé aux femmes cheffes d’orchestre du monde entier. Leur mission est triple : susciter des vocations, fédérer le monde musical international autour d’engagements précis en faveur des cheffes, et offrir aux plus jeunes d’entre elles un soutien dont elles n’ont souvent pas pleinement bénéficié au cours de leur cursus de formation.”

Après une première édition qui a remporté un franc succès en 2020, une seconde est prévue pour 2021. Vous pouvez retrouver les trois lauréates et le coup de coeur du PMO 2020 ici. Soyez patients, les prochaines inscriptions débuteront le 1er mars 2021 ! Tout vient à point à qui sait attendre.

 

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Autre initiative qui prend racine dans l’immobilisation mondiale des scènes musicales suite à la pandémie : HEAR THE SMILE. Après avoir levé des fonds via une plateforme de crowdfunding, PMO compte bientôt créer un enregistrement audio à la croisée de l’album et du podcast où chaque épisode mettra en avant un soliste de l’orchestre pour parler de son quotidien et de ses difficultés en cette période compliquée : « une conversation intime d’un musicien, avec des paroles, de la musique. » comme nous l’évoque Claire Gibault.

Rencontre avec Claire Gibault, fondatrice du PMO

Qu’est ce qui vous a poussé à fonder le Paris Mozart Orchestra ?

Claire Gibault : La faible présence des femmes dans les institutions musicales et en particulier des cheffes d’orchestres dans la programmation mondiale, elles sont seulement 4% en France et 6% en Europe à être programmées dans des institutions culturelles. Pour les compositrices, elles ne sont que 1% ! Et il y a aussi une espèce de condescendance du milieu musical à l’égard des cheffes d’orchestre.

Quand vous commencez votre carrière, quel est l’accueil qu’on vous réserve ?

C’était à l’Opéra de Lyon et j’y suis restée 25 ans, comme assistante puis chef d’orchestre. Il y avait des musiciens qui trouvaient ça illégitime et incongrue que je sois cheffe, et ils manifestaient assez violemment et verbalement leurs positions, ils me posaient des difficultés, disant qu’ils ne comprenaient pas mes gestes, et ils ne voulaient pas non plus suivre ce que je faisais. J’ai écrit le livre La musique à mains nues, dans lequel vous pouvez retrouver toutes les difficultés que j’ai traversé dans ma carrière.

 

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Et encore aujourd’hui vous avez à faire à ce genre de mentalités ?

Encore récemment j’étais membre du jury à Mexico, pour un concours de direction d’orchestre. J’y étais la seule femme, et un des premiers jours…

« … un chef d’orchestre mexicain m’a soutenu que son médecin lui avait assuré que notre corps de femme n’était pas fait pour être cheffe d’orchestre, mais plutôt conçu pour porter des enfants ! »

En voyageant vous avez pu découvrir d’autres mentalités ?

A Mexico, ça s’est passé comme ça… Mais pour autant en Amérique du Sud, on produit beaucoup de cheffes d’orchestre.. Des péruviennes, chiliennes. En Argentine, il existe une grande école de direction d’orchestre. En Europe du nord, à Helsinki notamment, il existe une école qui forme autant les hommes que les femmes. Les Asiatiques eux s’y sont mis plus tardivement et ils n’ont pas tous ces barrages… Il y a beaucoup de cheffes coréennes.

Pourquoi avoir créer un concours dédié aux femmes cheffes, La Maestra ?

Au début, je me suis demandée si je leur rendais vraiment service en créant un concours réservé aux femmes. Mais on voulait vraiment mettre en lumière leur présence et débloquer la situation.

Rien que le premier concours, ça a fait croître la présence des femmes, et il a existé malgré la crise sanitaire de 2020 – on a reporté de mars à septembre l’édition. L’orchestre a sublimement joué, tout était retransmis en direct sur arte. Après avoir vu cela, tous les représentants des orchestres, ont à coeur de programmer des femmes.

Comment s’est passée la phase de sélection du prix La Maestra ?

On a demandé aux candidates de nous envoyer deux vidéos de 10 min où elles dirigaient et un CV, ainsi que leurs diplômes, des lettres de recommandations et surtout des lettres de motivation… très émouvantes. On a reçu 220 candidatures. On a sélectionné 12. C’était très dur. En tout il y avait 51 nationalités différentes.

Comment la Maestra soutient ses lauréates concrètement ?

On a créé une académie, et pendant 2 ans, on les suit : on fait un mentoring par ZOOM, elles reçoivent de l’argent également. On évoque des questions telles que : comment créer son orchestre, quelle stratégie adopter en temps de crise… On leur paye des participations à des concours, des cachets et aussi des voyages avec des institutions partenaires.

L’action du PMO est aussi engagé pour ceux et celles qui ont moins accès à la musique, comme dans les prisons ?

PMO consacre 50% de ses activités à des œuvres sociales et humanitaires. On va chaque année à la prison de Fresnes, à l’hôpital plusieurs fois, dans des banlieues (collèges et lycées des académies de Versailles et Créteil). On commande chaque année une création un peu spéciale dans ces écoles, une pièce qui donne aucun d’importance au texte parlé et non chanté, qu’à la musique, on l’enrichit d’art visuel. Cette année on tourne, avec une œuvre, sur des lettres de prison orchestrées de Nelson Mandela, on aborde le multi culturalisme, la lutte contre le racisme ou encore l’apartheid.

 

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Abigaïl Aïnouz

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