J.E. Sunde signe un des plus beaux albums folk de cette fin d’année

Crédit Adam Wheeler

Adoubé par le label français Vietnam, le songwriter originaire d’Eau Claire – la même bourgade américaine qu’un certain Bon Iver – dévoile l’album 9 Songs about Love. Un message d’amour universel inspiré par ses pères spirituels, Leonard Cohen et Sufjan Stevens.

Après avoir enregistré et tourné pendant plus de 10 ans avec son précédent groupe The Daredevil Christopher Wright, J.E. Sunde a décidé de mener sa barque en solo (et ce de depuis 2012) : « la dernière année du groupe, notre processus créatif était rompu, on n’arrivait même plus à composer ensemble. J’ai continué à écrire des chansons mais je ne savais pas vraiment ce que j’allais en faire ».

Accumulant année après année une pelletée de démos, plus personnelles et éloignées de l’ADN de la bande Daredevil, le songwriter finit par les assembler sur un premier album solo Shapes That Kiss The Lips Of God (paru en 2014)… Ce qui lui permet enfin de s’émanciper de la volonté consensuelle du groupe pour s’affirmer :

« J’ai vraiment trouvé une forme d’accomplissement et d’encouragement quand j’ai sorti mon premier album solo ».

S’en suivra un second album éponyme (paru l’an passé en 2019), qui attire toute l’attention qu’il mérite : tout particulièrement en Europe et en France. Pour son troisième album solo, l’Américain renouvelle l’essai cocorico et gagne la confiance de sa nouvelle maison de qualité : VIETNAM, label du groupe SoPress, chapeauté par l’hyperactif et créatif français Franck Annese :

« Franck (Annese) est un grand fan de notre musique depuis des années, ce qui nous amené à envisager une collaboration. Après mon dernier disque, j’ai mis fin à mon contrat avec un label (américain), et j’ai pensé continué en auto-production. Et puis Vietnam est rentré dans la boucle et m’a proposé de développer ma musique en Europe. »

Une crise existentielle

Ce troisième album solo qui vient tout juste de paraître, Nine Songs about love, réussit ainsi le pari de réinventer la chanson d’amour sans tomber dans le pastiche, comme le prouve le sublime titre I don’t care to dance où les pas de danse semblent guider la foi amoureuse dans les vapeurs du Gin. Ce thème s’est imposé morceau après morceau, même si son auteur reconnait que c’est un sujet un peu « cliché » :

« Quand j’ai commencé à me demander pourquoi j’avais écrit toutes ces chansons sur l’amour, la meilleure réponse que j’ai pu trouver c’est que je cherchais un sens à tout ça. »

« J’étais vraiment dans une phase où je me posais beaucoup de questions existentielles comme mes motivations dans la vie, pourquoi faire de la musique ? Est ce que je pourrais me sentir accompli même si je ne rencontre pas le succès dans ma carrière de musicien ? »

Traversant une crise existentielle, le trentenaire J.E. Sunde tente ainsi de formuler des éléments de réponses à ses questionnement profonds… dont l’amour occupe une place centrale. Apprendre à aimer son prochain, à s’aimer soi-même, ses proches, sa famille, passer par l’épisode douloureux de la rupture ou suivre une idéologie, bref considérer toutes les « manifestations de l’amour » pour « apprendre à mieux aimer » habitent pleinement les 9 chansons de ce disque concis et humble.

« Je crois qu’apprendre à s’aimer soi-même est essentiel pour aimer correctement les autres. Et c’est dur. Je suis moi-même capable de me faire violence, comme jamais je n’oserais m’en prendre à quelqu’un d’autre… »

La bible au petit-déjeuner

Et cet amour universel qui imprègne les chansons du disque 9 songs about Love, habite aussi la belle personne de J.E. Sunde. Cette valeur essentielle prend racine dans son éducation, l’Américain ayant été élevé dans une communauté habitée par la foi chrétienne, très croyante et spirituelle :

« J’ai grandi dans une famille vraiment aimante. Mes deux parents sont vraiment des personnes adorables qui expriment leur amour par la compassion et en rendant service à leur prochain. »

Lire la bible au petit-déjeuner, c’est un régime que J.E. Sunde a d’ailleurs longtemps suivi, la religion continuant encore aujourd’hui à nourrir sa personnalité et son oeuvre : « En m’imprégnant de cette spiritualité et de la foi, j’ai trouvé une explication évidente de la condition humaine et dans ce sens, une source d’espoir, d’amour, et un objectif. C’est un défi quotidien, et je continue d’apprendre et d’avoir des doutes. »

Les grands espaces en toile de fond

En écoutant le disque de J.E. Sunde on se sent aussi enveloppé par la quiétude de la nature, un élément indispensable à son environnement, comme l’interprête nous le confie en interview :

« Cette année à cause du Covid, j’ai VRAIMENT beaucoup marché. J’adore marcher et encore plus le fait d’être confronté avec la beauté de la nature. Je crois que c’est une chose bénéfique et que ça mérite qu’on y paye plus d’attention ».

Si aujourd’hui, J.E. Sunde a désormais déménagé à Minneapolis (Minnesota) « une belle ville environnée par beaucoup de lacs, de rivières et d’espaces vert » et accessoirement la ville de (feu) Prince, l’artiste puise aussi ses racines dans les grands espaces de l’état voisin… Originaire d’une petite bourgade, Eau Claire dans le Wisconsin, anciennement colonisée par les coureurs de bois et les trappeurs franco-canadiens, le songwriter partage cette ville maternelle avec un autre génie folk, Sieur Bon Iver, et reconnait la formidable inertie créative du lieu : 

« j’ai clairement été inspiré et modelé par la communauté de musiciens d’Eau Claire, dont nous venons. Le nombre de talentueux artistes connectés à cette scène locale depuis environ  10 ans est vraiment incroyable ! »

Faire bon ménage avec le songwriting

Quand bien même J.E. Sunde tombe dans la folk song dès son plus jeune âge, recevant de son oncle luthier sa première guitare (« c’était vraiment spécial de pouvoir jouer sur un instrument qu’il avait fabriqué lui-même. »), un long parcours l’attend avant de devenir musicien professionnel. Le compositeur va ainsi accumuler des petits boulots comme celui d’aide à domicile, qui lui permet aussi de « faire le ménage » avec ses propres préoccupations créatives comme il nous le confie :

 « Faire le ménage ça se mariait bien avec mon travail créatif : ça fait du bien de faire un job où tu vois immédiatement le résultat. Quand tu composes, ça n’est pas toujours le cas ! »

 

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Sur la pochette de ce troisième album (cf ci-dessus), on retrouve un dessin graphique d’une communauté dont l’anonymat est préservé par de couvrantes lunettes de soleil… Un signe annonciateur de la communauté masquée dont nous faisons tous désormais partie ? Quoi qu’il en soit, on croise les doigts pour que la tournée française de J.E. Sunde prévue pour début 2021 puisse se réaliser !

Le songwriter reste lui assez réaliste, et un brin sceptique, quant à son aboutissement vu la situation sanitaire : « Les choses vont vraiment mal ici aux USA, et notre président ne prend pas ses responsabilités, ni en ce qui concerne le virus ou les véritables enjeux politiques ». Pour les plus optimistes, RDV le 27 janvier prochain au Café de la Danse à l’occasion de sa release party parisienne. Amen !

Découvrez le dernier album de J.E. Sunde, 9 songs about love, et RDV sur le site de l’artiste pour plus d’informations.

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Abigaïl Aïnouz

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