Glass Animals fait sa mue avec un nouvel album à fleur de peau

Crédits Pooneh Ghana

Après une longue absence, quelques covers confinés et autant d’annonces excitantes, Glass Animals sort Dreamland. Un troisième album unique marqué par une expérience traumatique.

Deux albums, une tournée américaine et un univers reconnaissable entre mille ; Glass Animals avait de quoi se reposer sur ses lauriers pour ce troisième album. Stoppé dans son élan par l’accident tragique de son batteur, le groupe originaire d’Oxford a dû repenser ses plans. Dreamland est un virage dans la carrière du quatuor. Pour autant, les artistes ne tournent pas le dos à leurs premiers amours.

Sur le fil

Quelques secondes suffisent pour donner le ton de Dreamland. Avec ce titre éponyme, les Glass Animals conçoient une table des matières du disque avec une allusion à chaque chanson. Aux sons typiques du groupe et à la voix caractéristique de Dave Bayley se confrontent de nouvelles structures où la rêverie prend le pas sur le groove. L’éclectisme du groupe britannique en ressort plus fort que jamais avec cet univers pop et enfantin que l’on retrouve avec bonheur. Pourtant, le ciel azur du groupe britannique se charge de quelques nuages dans ce nouveau disque.

A l’origine de Dreamland, il y a un cauchemar : Joe Seaward, le batteur du groupe, est renversé par un camion à Dublin. Le musicien passe de longs mois à l’hôpital ; le groupe est en stand-by. Alors qu’il retrouve peu à peu ses fonctions cognitives, le choc est resté indemne. Deux ans plus tard, la crise du Covid-19 contraint de nouveau Glass Animals dans ses projets à peine repris. Dreamland est un album chargé d’incertitudes où son leader, Dave Bayley, se met à nu.

Aux productions habituellement chargées du groupe avec une surprise à chaque écoute, le quatuor préfère des titres plus sobres. Parfois aériens, parfois hip-hop, les Glass Animals trouvent dans ces morceaux un nouvel équilibre. Les paroles trahissent les doutes, dévoilent des souvenirs très personnels de Dave Bayley. Marqué par les tournées américaines, le Texas de son enfance mais surtout le sud de Londres où il a longtemps vécu, l’artiste a le temps de remuer le passé.

« C’est un espèce d’instinct de survie. Pour se sentir humain, il faut vivre des expériences. Faute de mieux, ton cerveau se met à fouiller dans les souvenirs parce que c’est tout ce que vous avez à penser. Sinon, tu penses à ton ami qui est sévèrement blessé et qui ne va potentiellement jamais s’en remettre. Le futur, c’est de la merde. Le présent, c’est de la merde. Alors, tu penses au passé. »

DAVE BAYLEY

De grands enfants

Quand on demande à Dave Bayley où il trouve ces sons si étranges, il présente les jouets qui trainent dans son studio. Si le groupe s’évade dans la réalité alternative de Dreamland, il y a longtemps qu’il nous a construit un univers marqué. Un pari gagnant si on en croit le succès du groupe formé à Oxford. Black Mambo, l’un de ses titres phare a par exemple été utilisé par la série Netflix Atypical. Depuis l’ambiance exotique de Zaba et l’esthétique gaming de How to be a human being, du chemin a toutefois été parcouru. Entre bruitages, mauvais instruments (c’est Dave qui le dit, pas nous) et autres bricolages, Glass Animals continue de créer avec les moyens du bord.

« Je crois que c’est parce qu’on n’avait pas les bons instruments quand on a commencé. J’avais un clavier. Mais c’était vraiment un clavier de merde comme les claviers Casio qui ont font un son de piano terrible. »

DAVE BAYLEY

Oui, le quatuor se composent de grands enfants. Mais on trouve dans l’album des idées ingénieuses qui témoignent de la maturité des artistes. Le disque semble autant un produit final qu’un processus. En témoigne le clip de Dreamland dans lequel l’évasion et le making-of ne font qu’un. Avec ce parti-pris « do it yourself« , Glass Animals mise sur l’authenticité.

Irréférencieux

Dave Bayley a profité du temps libre du confinement pour s’attaquer à de grands titres comme Heart Shaped Box de Nirvana, Hotline Bling de Drake (aux côté de Arlo Parks) ou encore Young and Beautiful de Lana Del Rey. L’artiste apprécie l’exercice mais manque souvent de temps pour s’attaquer aux covers. Ironie du sort, le dernier cover en date, réalisé en 2014, était Love Lockdown de Kanye West.

Les covers permettent d’apprécier la multiplicité de leurs influences. Quand la question lui est posée, Dave Bayley cite les artistes avec lesquels il a grandi (que cela soit aux Etats-Unis pendant les sept premières années de sa vie) ou au Royaume-Uni par la suite. The Beatles, The Beach Boys, Bob Marley, Nina Simone… D’illustres inconnus, somme toute. Mais la découverte du hip hop par la suite a un impact indéniable sur son identité artistique. Pas étonnant qu’on trouve sur ce nouvel album un featuring avec le rappeur américain Denzel Curry.

Le monde d’après

Le groupe possède aussi une identité visuelle forte. Pour teaser le nouvel album et le site repensé de fond en comble pour l’occasion, le groupe avait sorti une vidéo un peu déroutante. A partir d’un scan 3D de la tête de Dave Bayley, une animation en réalité augmentée avait été conçue. Un avant goût de leur site où on trouve pèle-mêle une to do list du chanteur, un pop up insistant qui promeut le nouvel album ou encore un improbable labyrinthe. Un joyeux bazar qui n’est pas sans rappeler certains titres du groupe où de nouveaux sons émergent de la confusion. Face à des productions toujours plus propres, Glass Animals se démarque.

« Le charme de la musique vient justement du fait que ce n’est pas parfait, que ça capture une ambiance, ce qui est en fait plus important qu’être sûr que le tempo est parfaitement calé sur la grille à chaque temps. Certains des enregistrements ne sont pas les meilleurs que nous avions. Mais ils avaient une ambiance et ça marchait ».

DAVE BAYLEY

Faute de concerts, Glass Animals entend bien impliquer son public. Celui-ci ne se fait pas prier. Le groupe a laissé traîner quelques samples pour des remixes, plus de 450 morceaux ont été envoyés. L’occasion pour Edmund Irwin-Singer (le bassiste) et Joe Seaward (le batteur) de compiler les meilleurs pistes en voiture.

On connaît désormais la fragilité de Glass Animals. Ne reste plus qu’à attendre leur retour en force sur scène à partir du mois de décembre. Pour un détour à Paris, il faudra attendre mai 2021. Le groupe se produira dans la salle mythique du Bataclan. En attendant, l’album se trouve ici.

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Mathis Grosos

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