Les climatosceptiques, pourquoi ont-ils peur d’avoir peur?

Les climatosceptiques ne sont pas majoritaires en France et pourtant, on en entend tous les jours, dans notre quotidien, dans les médias… Mais d’où ça vient ? Quels sont les enjeux sous-jacents ?

Pour bien commencer notre petite enquête, on vous propose de répondre à ce petit quizz, parce qu’il vaut mieux en rire.

Alors le principe est simple, retrouvez qui a dit quoi, attention ce n’est pas du second degré mais c’est très drôle : 

1/ « le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois pour rendre l’industrie américaine non compétitive »

2/« Il est là, le réchauffement climatique, -3 degrés dans les Yvelines ce matin ! »

3/« Vous vous comportez comme une croyante qui ne supporte pas d’entendre une contradiction »

4/ « Quand les températures sont plus confortables, nos modes de vie s’adoucissent »

5/ « Je sais que l’homme et le poisson peuvent coexister pacifiquement »

6/ « Le changement climatique n’existe pas et s’il existe, l’Homme n’y est pour rien »

Réponses : 1-Trump/2-Pascal Praud, animateur sur CNews/3-Elisabeth Lévy, chroniqueuse sur CNews/4-Philippe Verdier ex-Monsieur météo de France 2 viré pour climato scepticisme/5-George Bush/6-Bob Murray, milliardaire ayant fait fortune dans le business du charbon aux USA

Et maintenant qu’on a bien rigolé, défrichons le terrain (sans mauvais jeu de mot), qu’est-ce que le climatoscepticisme, où trouve-t-il son origine, qui sont ces gens ? 

Les extrêmes vont bien souvent, paradoxalement, de pair et manifestement, lorsque les sciences environnementales ont commencé à prendre de la place, son contrepied sceptique aussi. C’est donc dans les 70s, aux Etats-Unis, que ce mouvement se dessine. Les mesures préconisées par les climatologues jugés « alarmistes » sont alors perçues comme un réel danger pour la liberté d’entreprendre, la liberté individuelle, si chère, notamment, à l’Amérique républicaine.

La sphère conservatrice est donc propice à la propagation du discours climatosceptique. Leur attachement aux valeurs religieuses chrétiennes est incompatible avec l’idée que l’Homme puisse influer sur le destin du monde et sur sa fin notamment.

Ils rejettent en bloc l’idée d’anthropocène, littéralement l’âge de l’Homme. Et pourtant, l’accumulation de matériaux polluants (dégradation des sols, plastiques, particules de béton, aluminium, taux de nitrates, de phosphates, etc.), l’érosion de la biodiversité et bien sûr le changement climatique provoqué par les rejets massifs de gaz à effet de serre dans l’atmosphère resteront dans le futur comme notre signature. C’est en cela que l’Homme façonne le monde et il faut avouer que ça n’est pas glorieux !

Mais pour les fervents croyants, l’idée que l’Homme puisse précéder Dieu dans le destin terrestre est carrément blasphématoire ! Pour eux, les écolos vouent un culte à la Nature plutôt qu’à Dieu.

Pour d’autres, plus matérialistes, les alertes sur le changement climatique représentent un complot d’Obama, lorsqu’il était président, pour avoir la main mise sur l’énergie et plus d’emprise sur le pays. Ils croient que les médias diffusent des fake news pour brider leurs libertés individuelles.

Leurs arguments sont plus négatifs que positifs et plutôt bancals. Principalement, ils avancent qu’aucun consensus réel de la part des scientifiques n’affirme que l’Homme est au centre de la dégradation environnementale… Alors certes une majorité écrasante n’est pas égale à un consensus mais dans cas là on pousse le concept de relativité tellement loin que ça n’a plus de sens !

Ils parlent également d’une théorie obscure semblable visant à relativiser l’influence du CO2 sur la température du globe… No comment.

Ils mettent aussi en avant le fait que la planète aurait souvent connu, au cours de son histoire, une situation semblable à celle d’aujourd’hui, ce qui n’est pas non plus très rassurant quant à notre sort. Et les dinosaures ne conduisaient pas de Hummer à ce qu’on sache…

En vérité, un certain nombre de lobbys travaillent à entretenir ce déni à propos du réchauffement climatique car de grands intérêts financiers se cachent derrière ce débat d’opinion.

Les acteurs du charbon, que ce soit du côté des patrons comme Bob Murray qui ont construit leur fortune sur une activité polluante, ou que ce soit du côté des employés des mines qui y trouvent leur seul gagne-pain et sont menacés de perdre leur emploi : tous ont intérêt à dénier le problème.

Mais il y a aussi, par exemple, les propriétaires côtiers qui pourraient voir la valeur de leurs biens décroître à vitesse grand V si les rapports sur la montée des eaux se font entendre… Mais bon avouons qu’entre perdre de la valeur ou perdre le bien complètement… On n’aurait pas forcément fait leur choix !

Quelques faits choquants :

Le George C. Marshall Institute a longtemps propagé un déni du réchauffement climatique et a publié des prétendus rapports scientifiques allant dans ce sens là… financés par l’American Petroleum Institute et rédigés par Sallie Baliunas, une scientifique entretenant des relations avec des organisations recevant de l’argent de l’industrie du pétrole… Ca nous donne un tout petit peu envie de gerber.

L’Institut a aussi, attention, crée un « Cocktail Conversation Guide » avec des suggestions de phrases implacables pour briller en société en déniant le réchauffement climatique ! Nice

Dans un autre genre : des habitants de l’Etat de Virginie payent pour trafiquer leurs moteurs et rejeter de la fumée noire avec leurs 4×4 sur tout ce qui s’apparente à un écolo : piéton, cycliste, véhicule hybride… Ils ont de la suite dans les idées !

L’Etat de Caroline du Nord fait annuler les rapports sur la montée des eaux pour éviter le réaménagement complet du territoire qui en est la suite logique… Ce qui est très dangereux, y compris pour eux, mais ça ils n’ont pas encore compris !

En Floride, l’Etat a interdit aux fonctionnaires d’utiliser les mots « réchauffement climatique » pour protéger la valeur de son parc immobilier côtier grandement menacé par la montée des eaux…

En France, le terme « climatosceptique » apparaît en 2006 et on est plus softs. Alors même si le concept est réutilisé par l’extrême droite et par les animateurs de CNews, on est quand même relativement plus conscients et lucides. Ces huit dernières années, il y aurait eu une hausse du nombre des convaincus de l’origine humaine du changement climatique actuel : 72 % des sondés répondent en effet que, d’après eux, « le réchauffement de la planète est causé par les activités humaines »(Étude ADEME « Les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique », octobre 2016).

Cependant, même si les politiques en parlent et s’engagent, il reste énormément de mesures à prendre et il faut passer à l’action !

Justement, quelles idées on pourrait avoir pour aller dans ce sens? 

Assurer une plus forte association entre le monde scientifique et la sphère politique, par exemple. Mettre en place une feuille de route territoriale commune mêlant opérationnalisation, formations et conseil aux acteurs publics permettant une meilleure diffusion des connaissances scientifiques et des cadres juridiques en matière environnementale. Et donc, une meilleure prise en compte de ces enjeux dans le processus de décision.

Jean Jouzel, climatologue et prix Nobel, propose de créer une banque verte européenne pour limiter le réchauffement climatique en investissant massivement. La transition nécessaire amènerait ainsi dynamisme économique, créerait de l’emploi. Baisser le prix des énergies renouvelables serait également une riche idée.

Et puisque notre article reste une maigre contribution à la cause, on vous conseille pour aller plus loin, de lire le livre de Jean Jouzel et Pierre Larrouturou : Pour éviter le chaos climatique et financier. 

 

En bref, on est mieux lotis en France qu’aux States mais restons vigilants, et comme dirait notre cher Manu : « Make our planet great again ! »

 

 

Louise G.

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