[POP ART] HEY! Radical, alternatif et collectif

On a parlé rêve, musique et argent gênant avec Anne de HEY!

J’ai rencontré Anne pour la première fois le 9 octobre dernier chez Arts Factory. La co-fondatrice de HEY !, revue d’art alternative et radicale, se tenait là, au milieu des œuvres des 31 artistes présentés pour la deuxième exposition qu’elle organise avec Julien, partner in crime originel. Ce jour-là, dans l’escalier de la galerie, on a discuté d’art et de collectif, de medium et de diversité, de volonté profonde et d’énergie intacte. Je ne pouvais pas ne pas la revoir ni omettre de parler de cette expo dense, vertigineuse et bouleversante qui donne aux subcultures la lumière populaire qui leur manque si souvent.

Qui es-tu Anne, et comment es-tu arrivée jusqu’à HEY! ?
Je travaille avec Julien depuis 1986, on a crée HEY! en 2009 et le premier numéro est sorti en 2010. On est Anne & Julien. Aujourd’hui et depuis 8 ans Julien est aussi Djubaka à la radio [l’homme des playlist de France Inter] et je m’occupe de HEY! avec Zoe Forget qui est mon bras droit. On est donc trois sur le projet HEY!.

Quelle était la vocation première de HEY!, être « seulement » un magazine ou construire un collectif d’artistes ?
On vient d’un milieu où, quand tu as vraiment quelque chose à dire, tu dois pouvoir t’emparer de plusieurs medium pour toujours soutenir le même propos mais de différentes façons. HEY! c’est un projet très fondé, radical et assez performant pour pouvoir utiliser tous les territoires qui peuvent épouser le propos : le livre, le spectacle, les expositions et aujourd’hui les foires d’art.

Et quel est justement le propos de HEY! ?
Le propos est très simple et très complexe : faire remonter à la surface toutes les familles artistiques qui nous ont nourri depuis qu’on est adolescent et qui sont partagées par un certain public auquel on correspond. C’est faire remonter ces énergies et ces esthétiques magnifiques vers d’autres publics, donner une autre visibilité. Tout le travail c’est de trouver des canaux multiples qui puissent bénéficier aux séries artistiques qui sont trop ignorées de la plupart mais très connues de gens comme nous.

C’est qui « des gens comme nous » ?
Des gens profondément nourris par la musique et l’image. Quand je dis « nourris » j’entends qu’il y a comme une implantation de soi-même à l’intérieur de ça. J’ai l’habitude dire que tu peux vivre à fond une musique mais n’être finalement qu’un touriste, c’est-à-dire ne t’inscrire dedans que deux ou trois ans de ta vie. Or nous, les musiques, les images ou les artistes qu’on aime, on vit avec, on s’inscrit dans leur art et on vivra avec jusqu’à notre mort, on est tout sauf des touristes.
Il y a aussi l’idée de la façon dont tu te rêves, la façon dont tu veux installer ta vie. C’est la culture dans laquelle tu t’inscris et que tu nourris qui devient aussi ta propre vie. Ce n’est ni une question d’âge ni une question de génération, l’énergie reste la même.

 Est-ce que vous avez aussi un rôle d’agent pour les artistes que vous montrez ?
On a décidé de faire ça aussi, depuis deux ans. Parce que les artistes ont absolument besoin de vendre leurs œuvres pour pouvoir continuer à produire. Il a toujours été question pour nous de défendre ce qu’on aime, on s’est juste demandé jusqu’où on voulait vraiment aller. On ne voulait pas se poser la question de la vente parce que l’argent fait toujours chier. Aujourd’hui on a passé le cap et c’est très important pour les artistes. On est tellement seuls à faire le travail qu’on fait que si on ne va pas jusque-là dans notre implication, on peut pas être vraiment sincère avec soi-même.

Tu parles beaucoup de musique, à quel genre de musique tu associerais les artistes avec lesquels tu travailles ?
La musique fait partie de beaucoup d’artistes. JB Hanak par exemple fait de la musique, des concerts et en même temps il peint, fait de la sérigraphie etc., Blanquet s’il pouvait il serait sur scène, Maryrose Crook a aussi une grosse carrière discographique et en live. Stéphanie et Loïc Lucas, eux, ne peuvent pas peindre sans musique. Un artiste sur deux s’est inscrit à sa façon dans les courants musicaux qu’il aimait et puis un artiste de HEY! sur cinq FAIT de la musique. Ca va du surréalisme pop au métal un peu lourd en passant par la noise ou le punk, tout ce rhizome de tribus urbaines.

Comment vous les rencontrez les artistes, vous allez les chercher où ?
Aujourd’hui c’est devenu très multiple. Au départ on notait tout, dès que des bouquins ou des disques sortaient on les achetait et on pourchassait les artistes en cherchant à en savoir davantage sur eux et leur production. Et puis on est très bavard, on rencontre plein de gens et on en parle tout le temps, de toutes façons il n’y a que ça qui m’intéresse. Alors ça remonte et des artistes nous recommandent à d’autres artistes parce qu’ils savent l’appétit qu’il y a ici pour la découverte.
Et puis internet a tout changé : comme on a jamais été riche, faire le tour de la planète pour rencontrer des gens c’était compliqué, avec internet, l’accessibilité a été démocratisée et rendue possible pour des gens ordinaires.

 Est-ce que la jeune Anne qui se rêvait d’une certaine manière serait heureuse de voir ce qu’elle est devenue ?
C’est très personnel… C’est une des choses auxquelles je fais constamment hyper attention. Je suis super contente. Pour moi les chose les plus précieuses dans la vie c’est de ne jamais oublier ses rêves, ne jamais subir ce que tu as décidé de ne pas subir et de créer des choses pour toi et pour les autres. Ces trois choses constituent une boussole depuis que j’essaye de réfléchir sur ce que je fais.

As-tu toi-même une production artistique ?
Comme je suis super satisfaite de ce que je fais avec HEY! je rêve pas de quelque chose que je saurais pas faire. Mes rêves se situent dans la propension que je peux avoir à réaliser ce que j’imagine pour la suite. Et puis HEY! ça n’est pas seulement une revue d’art, l’idée c’était de déployer quelque chose qui nous ressemble mais qu’on avait pas eu le temps de faire dans nos vies. Monter sur scène en faisait partie alors on a monté une compagnie et je m’amuse bien à écrire du spectacle et à en faire.

Autre chose ?
Les racines du pouvoir que déploie HEY ! se trouvent dans la revue. Soutenir la revue c’est soutenir les artistes et c’est là que vous les découvrez pour la première fois avant qu’ils ne vous explosent à la figure en expo.

Les trois derniers HEY !

HEY ! modern art & pop culture -pour le nom complet, existe en papier, en digital, dans toutes les bonnes librairies et par ici
L’exposition HEY ! sera à Arts Factory jusqu’au 24 novembre, 27 Rue de Charonne, 75011 Paris

Talk et photo Agathe R.

 

En poursuivant votre navigation, vous autorisez l'utilisation de cookies pour vous permettre une meilleure expérience et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus