[POP TALK] KAN, l’homme machine à faire des ronds parfaits

« Quitte à faire des conneries, autant que ça soit pour écrire mon nom dessus ».

On a rencontré Kan dans un hangar lors de la préparation de son oeuvre pour l’Été du Canal, il nous a raconté son histoire.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis Kan, du groupe Da Mental Vaporz (DMV). Je suis un street-artiste mais je viens du graffiti, je fais des lettres et des graff depuis au moins 28 ans. J’ai commencé en m’emmerdant à l’école et à un moment je me suis dit que quitte à faire des conneries, autant que ça soit pour écrire mon nom dessus.
Au début je voulais mettre des oeuvres du Louvre dans des lieux désaffectés. Ca me faisait marrer de ramener le musée dans des terrains pourris où il y a du caca par terre.

À quel moment tu t’es dit que c’était ton métier ?
J’étais graphiste pendant 15 ans, j’adorais ça, c’était aussi une passion, mais le week-end et les soirs il y avait toujours le graffiti. J’ai vu mes potes rentrer de plus en pus en galerie et je me posais des questions. Là ça fait vraiment 3 ans que je vis des galeries et des murs.

Pas d’emmerdes avec la police ?
C’est arrivé, et on a payé (ahah). On en a connu des soirées au poste !
C’est marrant les gens qui nous courraient après, maintenant ils viennent nous chercher pour nous exposer.

Que représente ton oeuvre ici ? 
J’ai décidé de prendre le groupe sud africain Die Antwoord car je les trouve marrants tout simplement.

Comment choisis-tu les personnages que tu vas peindre ? 
C’est en fonction de l’humeur du moment. Pour ce projet-là nous nous sommes associés avec le studio Harcourt, des photos en noir et blanc à l’ancienne. Pour moi les photos Harcourt, c’était les photos type Jean Gabin mais finalement quand je suis allé visiter le studio je me suis rendu compte qu’ils avaient des oeuvres hyper modernes et barrées. Je voulais casser l’image Harcourt et choisir un groupe de rap un peu énervé, un peu atypique et psyché. À la base j’avais hésité avec une autre oeuvre mais je ne voulais pas faire peur aux gens du canal.

Quelle galerie te représente en France ? 
J’ai une galerie à Londres. Ils s’appellent Art In the Game et ont un stock en France, en Suisse, à Londres et un au Portugal. Je bossais sur Paris avec 42b, mais c’est terminé.

Peux-tu nous expliquer ta technique ?
J’utilise le pointillé car je ne sais pas dessiner. Je n’ai pas fait d’école d’art donc j’utilise ce que je connais, les pixels pour représenter des photos. J’aurai très bien pu faire du pochoir mais les pointillés c’était plus simple pour moi, et surtout avec le pochoir il faut attendre que ça sèche entre chaque couche…
Et puis, il y a déjà assez de gens qui utilisent le pochoir, je n’ai pas envie d’être un pochoiriste de plus.

D’autres artistes/street-artises qui t’inspirent ? 
Il y a mes potes du DMV évidemment, ahah. Ils ont tous des styles différent, mais on arrive à créer un truc commun par ce collectif. Plus classique, j’aime bien Obey, ça me parle, c’est graphique, et j’adore ses superpositions quand c’est travaillé en texture.
Loganix en pochoirs : il fait des photos hyper réalistes. Il a une technique assez particulière, a l’inverse de Bleck le Rat (un pochoir, une couleur), il fait des dégradés dans ses pochoirs, c’est fou.

Tu as d’autres passions à côté ?
Toujours le graphisme. Quand j’étais gamin je voulais faire des génériques de films, donc je continue à regarder ce qui se fait en animation. Et puis le code informatique aussi. J’ai toujours codé pour m’amuser et créer mes propres jeux. C’est magique de pouvoir parler un autre langage. D’ailleurs ça m’a donné envie de mieux connaître l’anglais.

Comment s’est fait le partenariat avec l’Été du Canal ?
J’ai été appelé par le curateur Marco93, homme mythique dans le coin. Je connais ses graphs depuis gamin et récemment c’est devenu un pote, il m’a donc appelé pour ce projet.

Ta définition de la Pop Culture ? 
Wahou. C’est compliqué ça, moi j’ai pas fais d’études ! C’est tout ce qui est populaire nan ? enfin j’imagine… J’aime le pop art si c’est ce que tu veux dire. Pour moi, c’est utiliser la culture mainstream d’aujourd’hui.
J’adore la pop culture : les mangas, les jeux vidéos et les artistes aussi que je choisis sont pop.

Des projets pour la suite ? 
Oh oui tout le temps. J’ai une expo à Lourmarin début octobre, Moniker à Londres -une foire d’Art,
et après Tel Aviv normalement avec le collectif.

As-tu déjà eu la curiosité de retourner voir si tes oeuvres n’avaient pas disparues ?
On a l’occasion ou pas d’y retourner. Avec le graffiti on s’habitue à ce que nos oeuvres soient éphémères. Tout le monde repasse sur tout le monde. Si tu as de la chance ça va durer un mois, si tu as beaucoup de chance ça dure un an, sinon ça dure une semaine, voire un jour, voire une heure.

Photos : Arthur Crestani 

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