[ITW] Joachim Romain, déchire les codes de la publicité

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je suis photographe et plasticien, et j’aime m’inspirer et m’imprégner de tout ce qui m’entoure ; cela vient peut être de ma ville natale, le Havre, ville portuaire où flottait une odeur salée, de rouille et d’usure.

À quel moment as-tu compris que tu étais un artiste de rue ?

Cela c’est fait naturellement en prenant des photographies d’usure urbaine.
Mon travail est un va-et-vient permanent entre la rue et l’atelier.
Même si ce que je fais n’est pas toujours autorisé par la loi, quand j’investis la rue, j’espère plus  offrir une parenthèse artistique aux passants qu’un acte de vandalisme.
Le travail actuel de Street artiste m’a permis de composer de véritables installations in situ. Pour ma part, je prends autant d’attention à composer mes pièces dans la rue que lorsque je conçois mon accrochage en galerie.
Le travail à ciel ouvert permet un contact direct et souvent inattendu avec les amateurs. Les passants peuvent être très attentifs, très curieux voire très précis dans leur commentaires. On peut retrouver la même attention que lorsque nous échangeons lors des vernissages en galerie.

Peux-tu nous parler de ta technique ? Et que veux-tu exprimer ?

Le portrait lacéré, l’usure, et la consommation sont au centre de mon travail.
C’est à partir d’affiches publicitaires que je conçois des portraits via lesquels je questionne le cycle de vie de l’affiche. Mon traitement (déchirement, découpe, rajout, brûlures, peinture) les transforment en oeuvres uniques qui prennent parfois la forme de sculptures. J’arrache à la rue des bouts de portraits d’affiches pour mieux le lui rendre lors de fresques murales. Après mon intervention en atelier, les portraits sont agrandis, magnifiés, détournés et reviennent dans la rue combatifs et imposants.
Pour moi la consommation via l’affiche pose le problème de notre sur-consommation et de notre impact sur l’environnement.

Tu n’as pas peur que le public confondent ton travail avec des affiches déchirées ?

Tout comme on peut confondre un urinoir avec un autre urinoir, ou une boite de conserve…

Comment choisis-tu les visages ?

J’ai toujours aimé la publicité. Aujourd’hui, elle est le support principal de mon travail, la matière première qui compose mes pièces où jaillissent les portraits des icônes de la mode, de la publicité, de la culture urbaine.
Ce sont de morceaux d’affiches collectés en voyage qu’ils soient lointains ou quotidiens.
J’aime avant tout ces photos qui se mixent avec d’autres portraits ou typo, en couches successives.

L’endroit le plus fou où tu as exposé ?

Dans des résidences comme Rehab, Label Valette mais aussi à Völklinger avec les Francs Colleurs. À voir en septembre à Bruxelles Strokar_Inside dans un ancien super marché.

Est-ce que tu retournes voir tes œuvres ?

Pour certaines, elles font partie de mon environnement quotidien. J’aime observer les traces du temps sur ces créations qui ne sont pas figées, se patinent, se déchirent…
Je trouve que les passants sont très respectueux, elles sont rarement arrachées, ou recouvertes.
Pour mes sculptures urbaines, leur temps de vie est très éphémère, ce sont des bulles artistiques. Les balayettes de rue leur laissent que peu de chance de survie…

Comment s’est fait le partenariat avec l’Été du Canal ?

J’ai déjà travaillé plusieurs fois pour l’été du canal, c’est un parcours et une équipe que j’aime beaucoup. Alors, quand Marko93 m’a demandé de participer à cette nouvelle édition, c’est avec joie et fierté que j’ai répondu présent.
J’aime l’idée de cette liaison artistique entre Paris et la Seine-Saint-Denis.

Ta définition de la culture pop ?

Je reprendrai davantage cette définition d’un critique sur le nouveau réalisme : « L’école veut nous apprendre la beauté du quotidien. Faire du consommateur un producteur d’art. Une fois qu’un être s’est intégré dans cette vision, il est très riche, pour toujours. Ces artistes veulent s’approprier le monde pour vous le donner. À vous de les accueillir ou de les rejeter. »

Quelle est ton actualité dans les prochains mois ? Quelques dates.

Tout l’été : L’été du canal – Pont Delizy à Pantin

—Septembre—
06 : Strokar_Inside – Bruxelles
07/09 : Label Valette – Pressigny-Les Pins
20 Sept / 20 Oct : Solo Show – Galerie SBK – Lyon 23 : Carrousel du Street art – Antony
28 : Live painting – Galerie Urbaine – Uzes

Un dernier mot.

Partageons.

Photo : Arthur Crestani

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