The Doug, des flammes au fond des yeux

Certes son EP s’appelle Jeune The Doug mais The Doug n’accepte sa jeunesse que pour en faire un constat poétique et auto-socio-biographique. Entre Édouard Louis (le romancier) et la beat Generation,  The Doug – Jules de son vrai prénom – dévoile le portrait de toute une jeunesse provinciale, celle de Clermont-Ferrand, entre désolation mystique et fureur de vivre.

 

«  Je ressemble à ma ville

les murs qui s’abîment

cheminée d’usine

ma ville m’a donné

des regards menaçant»

Avec elle

Poésie urbaine basée sur le constat d’une froideur du quotidien maussade et mélancolique, qui cependant se sublime par les textes et la voix, The Doug a le sens de la description et le goût des vérités qui transpercent. On est touché par ces aveux nombreux d’impuissance, de vulnérabilité : « Les mêmes poches noires en bas des yeux » in Jeune The Doug, « Mes cachets m’appellent piqûre de rappel » in Avec elle. Même réalisme et même vision frontale d’une figure maternelle à soigner et à aimer malgré tout : « Je suis né dans une boîte à pharmacie / Maman on va partir loin des médecins des vampires Qui confondent les cachets avec des auréoles. » in Dans le décor. La force de ce projet est dans ce rapport au récit du quotidien, sans détour, en choisissant de montrer la violence et la vulnérabilité de chacun. Mélodies adaptées à la mélancolie, guitares aux accords vibrant de sincérité, la voix grave du rappeur finit de nous toucher, de nous emporter là où il veut nous emmener : dans son décor, dans son cœur, dans sa vérité.

 

«J’aimerais tant vivre dans les tableaux

où le ciel brille enfin

les gens sont si beaux.»

Les Tableaux

 

La franchise dans l’expression et la simplicité du langage emmènent forcément l’auditeur à une attention plus vive, plus directe. La poésie se situe là, dans le réel et non dans la figure ou le symbole. A la manière des grands poètes de Liverpool dans les années 50-60, eux aussi traversés par des problématiques d’urgence et de violence sociale, Jeune The Doug nous pousse à croire que l’effet produit par le texte est plus important que le texte lui-même : « Chaque jour, je pense à la mort, à la maladie, à la famine, à la violence, au terrorisme, à la guerre, à la fin du monde, tout cela m’aide à ne pas penser à mes problèmes » disait Roger McGough (poète de Liverpool en 1960). The Doug affirme lui aussi que derrière toute forme de violences humaines, il faut pousser ses craintes pour faire le bien et créer du beau : «  j’suis dans l’express terminus enfer / j’ai ma valise avec moi mais j’ai pas d’affaires / j’ai rien à faire dans le ciel étoilé /ouais je veux faire le bien autour de moi  / avant de m’en aller / avant le silence  » in Faire le bien.

The Doug se caractérise aussi par la force sous-jacente du sarcasme, de l’esprit piquant et de l’ironie, le tout pour continuer d’y croire, d’espérer. Ambivalence classique du laid pour créer du beau, alchimie du verbe toujours, la poésie se renouvelle mais reste fidèle aux adages du XIXe siècle symboliste : « Jeune The Doug refroidit l’atmosphère, chaque fois qu’il passe aux aveux, le ciel est terne les jours pluvieux, comme la vie est belle. » in La vie est belle.

C’est donc bien à la troisième personne que l’entité de The Doug se livre, en puissance et en sincérité, pour nous convaincre que la vie est belle, malgré tout, et que sa musique libère les démons pour embellir le monde car, après tout, il le chante si bien dans le morceau éponyme de l’EP: « moi je vis de pâtes de riz de barres de rire. » in Jeune The Doug. On salue l’humour et la paronomase, le rap et la poésie en toute vérité.

 

EP Jeune The Doug,

The Doug, sorti le 6 mai 2022.

Island / Def Jam

Universal Music France

Marie-Gaëtane Anton

En remerciant The Doug pour son aimable collaboration