Les Rayons Gamma de P.R2B : «Oublions tout et comme ça vivons l’extase et l’idylle»

Crédits : Kira Bunse

Elle a accompagné nos confinements, a sorti son album en octobre 2021 et on la retrouve à la Cigale le 23 Mars, mais c’est quand P.R2B a repris une de mes chansons préférées des Demoiselles de Rochefort (Dans le port de Hambourg) que j’ai su que c’était une artiste que tout le monde finirait par admirer.

Alors, il est temps de comprendre un peu mieux cette grande artiste qui, sur scène, dans ses mélodies et dans sa musique, fière de ses gammes apprises par le classique et le jazz, et amoureuse de ces rayons Gamma guérisseurs, prend l’espace nécessaire pour faire vibrer les cœurs et les corps.

« J’avais ma robe couleur de spleen

Et verre de gin

Il ne fallait rien pour me parler

Ni pour m’aimer»

in Chanson du bal

 

Cover de l’album Rayons Gamma

 

            Ton album est rempli d’émotions complexes, mélancoliques ou joyeuses mais en tout cas, tu es toujours dans l’intensité et sur scène tout autant. Tu saurais expliquer d’où vient cette énergie ?

J’aurais du mal à l’expliquer mais j’ai une anecdote marrante ! Quand ma mère a accouché, les médecins ont fait les tests de réflexes et apparemment on a décelé très tôt que j’allais être quelqu’un avec beaucoup d’énergie ! En me voyant grandir, ma mère a pu confirmer ce que le médecin avait entrevu ! Il y a quelque chose de vraiment nécessaire chez moi : dépenser une énergie, et, si je ne fais pas de concert, faut que j’aille courir ! Quand je suis sur scène, tout connecte, tout prend sens. Ce qui est marrant, c’est que j’ai aussi un côté très calme.

            Ces deux aspects se ressentent dans tout l’album, le côté hyper solaire, dynamique et vibrant répond à des mélodies mélancoliques et des textes intimistes. C’est toi qui es comme ça en fait ? 

            C’est vraiment moi, je peux me réveiller le matin et écouter Casual Gabberz, écouter des musiques à 70 BPM et plus tard dans la journée je pleure sur des symphonies de Mendelssohn ou d’Hisaishi.  La musique accompagne ma journée et forcément on change de flux et de sentiments sur une journée. Cet album raconte aussi ça, il illustre un voyage dans l’intériorité changeante de quelqu’un. Tout d’un coup tu es remplie de spleen et puis en étant remplie de cette émotion, tu peux avoir envie de pleurer, de rire ou de tout péter en fait. J’aime travailler avec ces forces contraires.

 

            Ce sont des énergies très jazz finalement, de complémentarité, de contradictions et d’échanges.

Le jazz est un grand pilier de ma culture musicale. Déjà, car j’ai joué d’un instrument à vent très tôt donc forcément, les instruments à vent solistes, ça t’amène au jazz. J’ai découvert des figures importantes comme Moondog, et réussir à mélanger le contrepoint de Bach avec ces influences modernes, ça a été très constitutif de mon travail. Le mélange et le paradoxe, forcément, ça se retrouve dans ce que je fais.

            De la même façon, tu joues aussi sur les paradoxes thématiques, ta fameuse déclaration d’amour à la mélancolie, ça peut paraître paradoxal, – en tout cas pour ceux qui n’ont pas lu Baudelaire –  !

«Tu reviendras toutes les nuits

Même si je ne t’appelle pas

Je te rêve l’après-midi

Je te cherche dans les draps

On t’appelle Mélancolie»

in Mélancolie

Déjà, c’est sûr qu’il y a une sorte de matière poétique géniale avec la mélancolie. Ça m’est arrivé dans ma vie où tout allait bien, dans ces moments où on dit je t’aime à quelqu’un, on prend le stylo, on vit à fond, on est rincés et là tu marches… et hop la mélancolie qui débarque d’un coup, genre « coucou » et je me suis dit, ben je t’accepte. Moi, ça me permet plutôt d’aller bien de dire qu’il y a des choses qui ne vont pas dans la vie.

 

            En dehors de l’aspect ambivalent sur les énergies et les thématiques, ton album s’ancre beaucoup dans l’autobiographique. Lettre à P., Mama, Mon frère. Tu avais besoin de déclarer ton amour à tes proches ?

«Dans une Clio on s’est dit qu’on s’aimait

(…) quand je ferme les yeux je te vois»

in Mon frère

C’est marrant car évidemment c’est personnel, intime et en même temps je pense que mes textes résonnent pour d’autres. Le sentiment dont je parle dans Mama, c’est un sentiment qui illustre toute ma relation avec ma mère. Ce sentiment, dès lors que j’avais commencé à écrire la chanson, avait dépassé cette relation. Pareil pour la chanson sur mon père, quand je me mets à écrire, que je n’ai plus de parents ou que j’en ai dix-huit ou soixante-dix, la famille devient cosmique en fait, j’écris sur un sentiment qui dépasse les liens physiques. J’écris, je sors de l’anecdote et je sens que l’histoire que je raconte fait partie d’une plus grande.

            Il y a quelque chose que je vois en toi et que tu sembles incarner, c’est que selon moi, tu es la seule héritière de Michel Legrand ?

«Ouh, la, la-la, ça frime trop,

tous ces kings ont oublié

Qu’on trime pour leurs plaisirs et leurs victimes pour se sauver

Jolie tyrannie, folie sous un sky en surex

Ils parlent philosophie avec la pensée T-rex»

in Meilleure vie

C’est une grande figure dans ma vie, sa musique je l’écoute tout le temps, ses orchestrations ont bouleversé ma vie, parfois quand je vois une amie avec qui je partage cette passion pour Michel, on se dit toujours en l’écoutant « whaou, c’est pas possible! ». Ce qui me plaît chez lui, c’est que pour transmettre ses émotions faut être un peu un clown, un pitre et en même temps il faut se prendre très au sérieux, il incarne ça. Il n’y a jamais d’ironie mais il y a une énergie de vie, il donne envie de vivre quoi. Il y a quelque chose dans sa musique, que ce soit pour Jacques Demy ou pas, qui me fait dire que c’est une figure de la vie, c’est l’incarnation de ce qu’est la vie. S’il y avait un truc à garder c’est ça, c’est qu’en fait chez lui ou dans les comédies musicales, il y a un petit manuel de survie. On peut être en train de marcher, faire du vélo et chanter en même temps ! Cette permission de parler et si tu harmonises tes paroles, ça devient une chanson !

 

Pour plus de rayons, Le podcast M.G.M avec P.R2B 

Marie-Gaëtane Anton

En remerciant P.R2B