Écran Total : Un projet organique et total

            Général Pop présente le duo pop Écran Total qui a sorti le 21 août 2021 un EP intitulé Schaerbeek Love – quartier de Bruxelles où le projet a été créé. Pop envoûtante, spontanée et poétique aux accents psychédéliques, ce voyage en six titres enivrants et planants est le fruit d’une rencontre entre Margaux et Camille, faite peu avant la pandémie et qui leur a permis de construire ce bel objet musical et romantique.

Un projet organique et total

« Quand tu voyais encore,

avant que tu n’sois mort.

Des mots t’ont-ils arrêté?

Des choses t’ont-elles bousculé?

Sur la mer, vois, le rayon vert. » 

Rayon Vert

            Fin 2019, Margaux, ancienne élève des Beaux-Arts de Bruxelles et déjà chanteuse à part entière, rencontre à Lyon, Camille, multi instrumentiste. Assez rapidement l’alchimie devient créatrice au point de pouvoir composer plusieurs titres à chaque week-end passé ensemble. «C’est allé vite, de manière très empirique.»  Ainsi est né ce duo masculin-féminin qui rayonne au point de s’appeler Écran Total, double sens oblige pour ce choix : d’une part évocation pop et solaire de la crème qui protège et qui s’étale sur les corps amoureux de l’été brûlant, d’autre part constat conscient de l’invasion du numérique dans nos vies avec tous les avantages et les inconvénients que cela comporte. 

            Cet EP réalisé à l’abri du monde, à Bruxelles et en période de confinement, traduit une énergie assez vive de création : « On était contents, on mixait toute la journée, on était aussi attachés à clipper rapidement. » Là encore on retrouve l’aspect « total » de leur travail, de la composition musicale à l’écriture, en passant par la maîtrise visuelle des écrans pour illustrer leur musique en clips.  Les clips sont accompagnés d’une description conceptuelle et artistique comme le clip Schaerbeek Love : « la rencontre entre le ciel et l’onde, l’horizon se brouille et les figures jouent une danse, un saut, l’histoire d’un amour, à Schaerbeek. Schaerbeek c’est un quartier de Bruxelles, là où tout a commencé pour Écran Total. » C’est souvent les illustrations et le travail de Margaux qui sont exploités pour les clips mais parfois la réalisation est collaborative, comme pour le clip Écran Totaloù a opéré Maëlle Alefsen, actrice principale et artiste dessinatrice.

L’amour naissant dans un dialogue lyrique 

« Qu’est-ce que tu cherches dans l’amour ?

Qu’est-ce que tu cherches ?

Je comprends pas le détour.

Moi, je suis venue pour l’amour,

 m’arnaque pas, tu sais, je vois tes tours. » 

Schaerbeek Love

   

            L’enjeu poétique se situe pour nous dans la chronologie narrative du projet car les titres qui s’enchaînent racontent une belle histoire : de la rencontre avec Schaerbeek Love à la passion de Tu allais venir, jusqu’aux lendemains difficiles qui méritent que la nuit dure en appuyant sur le bouton Snooze du téléphone « c’est le bouton magique qui permet de repartir direct dans nos rêves » pour s’achever sur le son Finie la fête. 

            Narration et dialogue se mélangent, Margaux formule en voix chantées ou parlées beaucoup d’interrogations sur l’amour et ses balbutiements, sur l’erreur ou la fiabilité du sentiment. Généralement, on a l’impression que c’est la musique de Camille qui lui répond par des mélodies rassurantes : «Quand on a connu pas mal d’histoires, tu te poses beaucoup de questions quand tu en commences une nouvelle, on a illustré ça dans Schaerbeek Love de manière très spontanée avec une écriture automatique. Au bout du compte, la finalité c’est qu’il faut arrêter de se poser des questions et se lancer dans cet amour.»

            Au sein de cette histoire d’amour que nous suivons, une pause poétique survient avec un son :  Rayon Vert, plus jazz, qui est un bel hommage au cinéma d’Éric Rohmer, dont le film est apprécié par le duo : «Margaux – moi j’ai écrit beaucoup de chansons qui s’appelaient Rayon Vert auparavant, mais là dans ce son on évoque la spontanéité puisque le film de Rohmer est un film d’improvisation où tous les comédiens écrivent en live les dialogues, il y a de ça dans la philosophie de notre duo et dans notre ADN. Camille vient aussi du jazz donc saisir ce qui est dans l’instant, saisir ce présent c’est vraiment nous. L’enjeu symbolique du film c’est de capter ce rayon vert si furtif sur l’horizon.»

       

            Le rythme s’accélère dans cet amour avec la chanson manifeste du groupe : Écran Total où la mélodie résonne comme un rythme cardiaque et où les mots s’éparpillent comme autant de motifs aléatoires afin d’évoquer une forme de saturation émotionnelle et mentale provenant des écrans. « Margaux – C’est la continuité d’une thématique que j’ai abordée dans mes études aux Beaux-Arts sur la place des smartphones, du digital et de l’image dans notre société. L’écran c’est le cheval de Troie de l’espace mental. Dans cette chanson, il y a l’idée de contrôle et de surveillance et même dans le nom de notre groupe ; certes la crème « écran total » protège du soleil mais au contraire l’écran qui investit nos espaces vient taper en plein cœur. » 

Une tension évocatrice et sensuelle

« Il fait beau sur la plage 

on est pas sorti du tout

Regarde dehors il fait nuit

J’en veux encore 

donne plus fort. »

 Finie la fête

            L’union des corps et des voix du duo arrive avec le morceau Tu allais venir, titre illustrant avec humour l’érotisme de l’attente charnelle : « ça évoque la tension sexuelle, il y a deux parties, la première un peu jazz où Margaux chante au début pour venir me chercher et la deuxième où moi je chante dans les aigus et qui évoque l’orgasme finalement. » Double sens intéressant dans le titre puisque nous pouvons y voir aussi une déception amoureuse, une attente cette fois non récompensée et une désillusion.

            Le projet s’achève comme un lendemain difficile, un retour au réel que l’on veut retarder le plus possible après une nuit d’amour : « On interroge ce moment de flemme, c’est quoi ce moment où ton corps refuse de se lever, tu t’en souviens souvent pas d’ailleurs et c’est le début des rêves aussi. Ce moment entre le rêve et la réalité, ce lien entre les deux et cet espace-là est intéressant, car les deux peuvent venir se nourrir l’un de l’autre.» Le clip de Marine Buffard (alias Becomingamorningperson) illustre en effet complètement ce moment onirique où notre esprit erre entre deux rives. 

            On quitte ce duo avec le dernier morceau Finie la fête, qui vient clore une histoire bien sûr et évoquer la fin d’une idylle ou d’un moment de joie mais qui illustre surtout la volonté que cela ne s’arrête pas : «C’est un titre exutoire, un peu absurde et on a beaucoup rigolé en faisant ce son, on a joué encore sur la spontanéité. » On apprécie le réalisme des voix qui sont ici souvent parlées et le côté très jazz-pop de ce morceau, avec des drums très envoûtants qui donnent fortement envie de suivre le rythme et de danser. En tout cas, pour nous, l’envie est claire de continuer à entendre ce duo si authentique et qualitatif dans leur démarche artistique.

Marie-Gaëtane Anton en remerciant Écran Total pour leur précieuse collaboration. 

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