Au milieu de la jungle urbaine, le venin puissant de Serpent

Ode à la liberté et aux corps vibrants, le groupe de rock Serpent nous fait danser plus fort et courir plus vite dans Paris depuis la sortie de leur EP fin décembre 2020. Avec Lescop à sa tête, il est difficile de ne pas faire confiance à cette nouvelle formation animale et puissante qu’est Serpent – Pour ceux qui ont oublié les années 2010 déjà lointaines, Lescop c’était la proposition d’une pop noire avec des titres incontournables comme La forêt ou La nuit américaine.

            Le chanteur se retrouve en mai 2019 avec son batteur, Wend¥ Kill, les deux guitaristes Martin Uslef et Adrian Edeline, et le bassiste Quentin Rochas, et, tous les cinq animés d’une envie de retourner à la création impulsive et collective, décident de fonder Serpent. Groupe de rock aux accents post punk et funk, assumant « une relecture européenne et bétonné du funk, en version martiale, stressée, paniquée de cette musique. » Nous rencontrons aujourd’hui Serpent la veille de leur concert à la Boule Noire

La mise au point 

            Comme le reptile qui a opéré sa mue, le titre de l’EP Time for a rethink – il est temps de repenser – semble vouloir nous dire qu’il faut urgemment faire peau neuve. 

            « C’est un secret pour personne que l’époque est un peu dysfonctionnelle, je trouve qu’il faut inviter chacun à se poser, et on s’est fait cette réflexion à nous-mêmes, qu’il fallait réfléchir davantage. Dans nos carrières respectives, chacun avait ses activités, et chacun est descendu de son propre train pour créer Serpent. » Serpent repense donc aussi la musique de manière plus instinctive, plus charnelle et incarnée : « il y a pas d’électronique, tout est composé en studio de répétition, à partir de jams de musiciens, tout est fait par des cerveaux et des corps, l’être humain dans son animalité a été un peu boudé, nous ça nous intéressait de revenir à la « physicalité ». C’est beau de rentrer dans un instrument ou dans la voix, c’est irremplaçable. » 

            La formation de Serpent se veut collégiale «  chacun amène sa pierre à l’édifice, chacun compose, il y a un porte-étendard, mais il n’y a pas de chef ou d’entité charismatique au-delà du groupe. » 

            Serpent c’est aussi beaucoup de symboles incarnés par les cinq musiciens : « le changement de mue, le côté venimeux, le côté violent, la violence et la peur, pourtant c’est un animal qui est essentiel dans l’écosystème. C’est aussi pour reconnecter avec notre cerveau reptilien, à un mode de pensée binaire. Je suis attaqué, je me défends, et la musique que l’on fait est pensée comme ça, de façon binaire. On fait une musique qui contient tout ça, de la brutalité, de la vitesse, du réflexe. »

            L’urgence comme rythme de vie

            Au monde actuel, Serpent répond par une musique violente mais qui ne fait de mal à personne : « on est dans une société qui a peur de son ombre, de soi-même, on répond en disant qu’on existe, qu’il faut foutre le bordel mais un joyeux bordel. La violence qui n’est pas agressive, on a tous besoin de la faire sortir»

            Le groupe est donc animé par une énergie brûlante, celle du titre « Don’t think twice » est évidente, celle de la contradiction entre deux sentiments par exemple dans « Love/Hate ». Mélodie frénétique à l’appui, le rythme est saccadé, la course effrénée, l’urgence de dire, de hurler comme lorsqu’ils scandent LOVE/ HATE lettre par lettre. Dans le clip sorti ce 25 août, on les voit courir, s’échapper dans Paris, pris d’assaut par des jeunes hommes et femmes qui cherchent à les approcher. « C’est une chanson en diptyque. La chanson parle du fait que dans notre époque, tout le monde prétend à l’amour et tout ce que tu vois c’est des manifestations de haine, c’est pour ça qu’on dit « cover talks about love, the book talks about hate ». On a envie de dire symboliquement l’incapacité de gérer l’émotion permanente autour de nous, tout le monde confronté à de l’émotionnel et c’est ce qui rend l’époque compliquée, on est pris en otage par la réaction qui a souvent pris le pas sur la réflexion.»

            Serpent ancre son animalité dans une jungle urbaine, comme le montre le graff sur la pochette de l’EP, réalisée par le plasticien Stefan Brüggemann, ou le béton du sous-sol du premier clip : « on évoque ainsi la saturation de l’information ou du stress avec des flashs. On parle de la vie urbaine, on est cinq garçons qui vivons en ville, c’est une espèce de jungle mais faite de béton et de plastique.» 

           

            On a donc hâte de continuer à suivre l’évolution de ces cinq garçons en commençant par aller les voir ce mercredi 1er Septembre à la Boule Noire avec un retour à la fois festif et solennel sur la scène parisienne. 

            Marie-Gaëtane Anton

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