Tiste Cool : la beauté de la pop rétro et introspective

Capture d’écran du clip “L’amour en pyjama” de Tiste Cool

En attendant son deuxième EP prévu pour la rentrée des classes et qui s’intitulera sûrement l’étude du cool, Tiste Cool, alias Baptiste Homo, a accepté de nous recevoir à la suite de la sortie du morceau « l’amour en pyjama ». On a fouillé ensemble ses textes afin de comprendre quels étaient les ingrédients de la recette Tiste Cool.

Compositeur, producteur, interprète, multi-instrumentiste et entre autres claviériste de Julien Doré, Tiste Cool est ancré dans notre belle scène pop française, pleine de poésie et d’humour. Nîmois d’origine, il a commencé la scène avec des groupes de rock puis d’électro pop (Waterllillies, Dig Up Elvis ou encore Omoh) avant de lancer sa carrière solo sous le nom de Tiste Cool. 

Plongeons donc dans cet univers où l’on trouve de la mélancolie solaire, du réalisme autofictionnel, la désagrégation du couple, l’anecdotique au service de l’universel, bref un beau mélange poétique et touchant sous des airs de claviers et de guitares. On aime quand la pop, entre rétrospection et introspection, pousse à un tel degré les images forgées autour des sentiments.

L’amour en pyjama

Dans son dernier clip, c’est le récit d’une rupture qui est mis en scène, avec légèreté et nonchalance. Au volant de sa Peugeot 205 décapotable, Tiste Cool traverse la Camargue « C’est la région de mon enfance, j’adore la Camargue sauvage, la salicorne, les manades, les taureaux, le côté cow-boy avec l’accent du sud, les chemises à motifs, et les gardians, fiers, qui gardent leurs taureaux et qui, plus jeune, me rendaient jaloux parce qu’ils avaient vraiment la classe. »

Il mentionne avec humour dans le morceau les désaccords idéologiques entre sa bien-aimée, plutôt branchée corrida, et lui plutôt végétalisme, « c’est un grand sujet de discussion chez les trentenaires je trouve ; il y a quelque temps, j’ai eu une sorte de révélation en terme de nutrition, je conseille d’ailleurs à tout le monde de consulter une naturopathe ! Ça fait un peu bobo parisien de dire ça mais je m’en fiche complètement ! Pour ce qui est de la corrida, c’est un sujet hyper compliqué lorsque tu grandis dans une ville baignée par la culture taurine et que toi perso tu détestes la violence ! »

Puis viennent les références créatrices d’images, d’émotions visuelles et sonores : le cinéma de Sofia Coppola et le son Sunday Morning du Velvet Underground : « ça c’est vrai, Sofia Coppola je suis fan de tout ce qu’elle fait, déjà de ses cadrages calmes et précis, de sa direction d’acteur, de sa liberté dans l’image. J’aime son humour silencieux, sa finesse. Mes dimanches cafardeux s’accompagnent bien d’un Lost in Translation ou d’un Somewhere. »

Pour ce qui est de Sunday Morning, – décidément les dimanches… – « Il y a longtemps, j’ai décrété que c’était mon groupe préféré : le Velvet Underground. Plus jeune j’ai idolâtré Lou Reed,  son attitude de poète destroy. Dès l’intro de Sunday Morning, quand j’entends les premières notes, je me dis que c’est une petite musique que j’ai envie d’avoir tout le temps dans ma tête. Sur ce son, les dimanches matins sont forcément magiques. Sans compter que, comme disait mon père, il n’y pas de dimanches pour les artistes, c’est un jour comme un autre. »

Comme souvent après la rupture, le quotidien resurgit avec l’objet abandonné, ici ce sera forcément : la culotte qui traîne ( y seront sensibles tous les fans de Sofia Coppola qui ont aimé les culottes de Lux estampillées du prénom de son amoureux Trip dans Virgin Suicides et bien sûr le premier gros plan de Lost in Translation) « La culotte c’est une image que j’aime bien et qui traîne dans ma vie depuis longtemps, la culotte est un vêtement qui cache et révèle à la fois, qui suggère, c’est fin, c’est doux, c’est la féminité, un simple bout de tissu qui sublime tout le corps d’une femme. Dans ma chanson, rien que l’évocation de ce mot ajoute un côté sexy aux souvenirs de ce loser sublime. » Loser qui finit donc seul en pyjama dans son lit et qui choisit, dans le clip, de partir avec son clavier sous le bras, histoire de dire que de toute façon, une chanson naîtra de cette douleur, que la musique sublimera bien assez ce deuil affectif.

Caïpiranha

Continuons à définir les contours de la formule magique, glanons encore le sens de quelques motifs propres à l’écriture de Tiste Cool, et pour cela remontons la discographie et replongeons dans son cocktail de l’EP Caïpiranha sorti en 2019, jadis accompagné d’une dimension méta-artistique grâce à un livre retraçant le processus créatif où se retrouvaient pêle-mêle des collages de textes et de photos souvenirs prises à l’argentique. Un bien bel objet poétique, documentaire et artistique qui nous donne la genèse de la création du personnage Tiste Cool.

Dans le son Indépendance maladive, Tiste Cool tombe amoureux d’une femme libre à la frange stricte, alors deux passe-temps s’imposent : traverser Paris à pied pour rejoindre l’être aimé et lui écrire des chansons  « Marcher, je le fais beaucoup parce que je ne suis pas pressé, je choisis mes horaires de travail. J’aime Paris quand on est piéton. Depuis que j’ai quitté Nîmes pour arriver à Paris il y a 10 ans, je me suis jamais senti vraiment parisien et de moins en moins, c’est un lieu de travail, je garde une approche de touriste. Exception faite à Pigalle, c’est fou Pigalle ! Mais c’est différent, c’est un village dans Paris, j’y ai passé beaucoup de temps et rencontré plein de gens super ! »

L’aveu est clair, dans cette chanson, face à l’arrogance et l’énergie fugitive de cette femme, il devient cet homme au cœur fragile « Je me suis mis à écrire toutes ces chansons pour faire de ma sensibilité une force. Je ne la vois plus comme un défaut, je suis un passionné, je ne conçois pas l’amour sans passion ce qui est parfois très compliqué à gérer. Du coup les histoires d’amour peuvent durer assez peu avec ce cœur fragile. Tiste Cool est né comme ça, d’une crise existentielle à 30 ans, ce personnage permet de créer mon équilibre et c’est ce qui me permet d’être bien, c’est comme un prolongement de moi-même. Il y a une vraie part de moi dans les chansons à travers le personnage mais pas seulement, c’est la force de l’autofiction. »

L’autofiction est donc bien le secret du dévoilement partiel de notre artiste et c’est à travers ce genre qu’il se dévoilera également grâce à un premier roman qu’il est en train de préparer et que nous attendons aussi impatiemment que son EP.

Nous laissons aux lecteurs-auditeurs la joie de découvrir le reste des morceaux de Tiste Cool où chacun glanera des images oscillantes entre mélancolie et joie de vivre, amour et humour, nonchalance et fragilité,  danse de la vie et danse de la pluie finalement !

En remerciant Tiste Cool pour sa précieuse et généreuse collaboration.

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Marie-Gaëtane Anton

 

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