Avec son album Paysages, L nous emmène par Mots et par Vaux

Crédit : Gregory Dargent

Pour ce quatrième album composé et produit en toute liberté, L prend le rôle d’une artisane qui bûche dur, mais aussi celui d’une griotte racontant des histoires et ayant une vraie fonction sociale. Rencontre.

A l’occasion de la sortie de PAYSAGES, nous avons appelé Raphaële Lannadère aka L, depuis son fief breton. Il y a quelques années, la Parisienne a en effet décidé de s’exiler – un bon pressentiment vu le contexte actuel, comme elle raconte en introduction de notre interview : “j’en avais ras le bol. Après les attentats de 2015, je trouve que quelque chose s’est durci à Paris. J’ai adoré y vivre mais je crois que plus je vieillis et plus je veux être en contact avec la nature et des choses vivaces… »

Cet aspect écolo et la thématique anthropocène, sont bien au cœur de son nouvel album Paysages :

“C’est un peu politique les paysages pour moi. Quand tu regardes un paysage, tu vois ce qu’il est à ce moment précis, mais aussi ce qu’il va devenir, et ce qu’il était. “

Dans ce disque, L aborde ainsi autant des scène de vie personnelle, comme la naissance de son fils ABEL “célébrant la vie et la joie” que la place de la femme dans notre société post #metoo avec LETINCELLE (“en tant que femme, on se sent debout, de revendiquer ensemble, cette sororité, cette liberté et ensemble. Dans notre vie personnelle et intime, ça change des choses!”), mais aussi des femmes kurdes combattant en Syrie dans FEMME VIE LIBERTE. Avec le titre épuré L, c’est aussi un désir profond d’affirmer son identité qu’elle clame comme une déclaration d’indépendance.

Et elle définit du même coup l’essence même de PAYSAGES avec son titre éponyme : “j’y explique ce qu’est un paysage pour moi. Tout ce qui nous anime, nourri l’imaginaire, ce qu’on naît et est au monde. » Commencé avant la pandémie, et terminé avec une session studio booké juste après le premier confinement, la genèse du disque PAYSAGES est passée entre les gouttes du Covid, mais ne peut bien évidemment pas en faire l’impasse, et ce traumatisme total est abordé poétiquement dans LES OISEAUX et FORÊT.

Rencontre

La suite, on vous la raconte dans notre interview téléphonique, nous sommes revenues ensemble sur son année si particulière mais aussi sur l’épreuve de la durée, comment continuer à braver les marées commerciales de l’industrie musicale après trois albums ou encore sur son obsession pour FEIST (qu’elle a écouté pendant toute la compositions de Paysages)

En quoi cet album se démarque de ses prédécesseurs pour toi ?

L : Je suis autonome et indépendante, et ça me rend très heureuse. C’est très simple, je n’ai plus de label mais je suis bien entourée, notamment par Horizon (co-produisant le disque), l’ADAMI, la Famiglia (tourneur) et un Plan Simple (distribution).

“Je suis dans une liberté totale, et maîtresse à bord… de tout. “

Le message y est-il bien plus politique et engagé ?

J’ai toujours fait des chansons politiques mais la différence c’est un changement de société, ce qui fait que je me sens très légitimité à prendre des positions politiques. (…) Quand j’étais gamine, un de mes rêves c’était de faire de la politique. Je me suis toujours intéressée à ce qui se passe dans le monde, après avoir totalement abandonné l’idée, je trouve que la musique est bien plus fort et ça me comble d’avantage.

“Je considère mon métier comme celui d’un griot : raconter des histoires et avoir une fonction sociale.“

C’est important pour toi de garder une dimension très poétique dans tes chansons, où le message reste en filigrane ?

Même si mes chansons engagées n’ont pas été des succès populaires, je sais qu’il y en a qui ont beaucoup ému. Avec ORLANDO par exemple, j’ai reçu beaucoup de messages.

“Le jazz, j’en écoute toujours. Son engagement me séduit, l’aspect politique me touche particulièrement, et se traduit sans aucune parole.“

Dans une industrie musicale kleenex, durer, et sortir son 4e album ce n’est pas rien n’est ce pas. Le titre Encore, va dans ce sens ?

Il faut être têtu et bourrique.. Mon frère m’avait dit au tout début de ma carrière, alors que j’étais parfois extrêmement découragé et que j’étais loin d’en vivre… Il m’avait dit : “la seule question c’est de tenir ! Combien de temps tu vas tenir ?” Il faut avoir confiance en soi, et au bon endroit, connaître la valeur de ce qu’on fait. (…) J’aime bien être reconnu, mais être connu je m’en fou. C’est volatil… C’est pas très réel l’instantanée, même si c’est dans l’air du temps.

“Je me vois artisan, plus qu’artiste. Ce qui compte c’est le temps que tu passes à faire les choses, à essayer des plats, à semer des idées…

En marge de ta carrière solo, tu as initié un projet commun avec Jeanne Added, Camélia Jordana et Sandra Nkaké : des concerts mettant en lumière l’aspect protestataire de la chanson. Qu’est ce que tu en gardes ?

Musicalement ça m’aide beaucoup. Ce sont des musiciennes extraordinaires avec une précisions et ds exigences folles. C’est comme faire un stage de musique. Chanter en cœur, c’est très nourrissant. Et avec des personnalités différentes, a cappella, c’était aussi un gros challenge ! On a envie de continuer. On a pu se réunir récemment pour SOS Méditerranée par exemple, pour soutenir leur appel aux dons.

Faire des étincelles

Après avoir amorcé une tournée au printemps dernier (dont un passage remarqué aux Festival Émancipées dont on vous parlait ici) rapidement rattrapée par La Covid, Raphaële nous confie attendre avec impatience de reprendre la route des concerts en compagnie de “sa petite famille” ses musiciens avec qui elle lie une solide amitié : les violoncellistes, Guillaume Latil et Julien Lefèvre, le guitariste Antoine Montgaudon, et le batteur Frédéric Jean, sans oublier son ingé son Thibault Lescure.

“On a pas mal fait l’album en mode live (nldr : en enregistrant les instruments en même temps et non séparément). Et je crois que ça s’entend, cette énergie tendre et collégiale. De nous cinq, se dégage une grande unité.”

Enfin, ce n’est pas seulement ses musiciens avec qui elle lie une relation forte dans son projet mais aussi le photographe signant la pochette, Gregory DArgent signant un cliché à la caméra Super 8, et utilisant les accident de lumières pour sublimer son sujet déambulant dans sa campagne de Redon. “Sur cette photo, c’est comme si j’étais fondu sur la pellicule, dans le monde..”

Sans oublier, une collaboration avec BABX (« C’est le seul titre que je n’ai pas écrit. On se connait depuis longtemps avec BABX, c’est comme la famille ») sur Eleonora – un hommage à Billy Holliday. ET last but not least, une voix féminine pas tout à fait inconnue au bataillon l’accompagne discretos sur AUX SOUVENIRS, leurs deux timbres semblant se marier à merveille. on vous laisse deviner qui…

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Abigaïl Aïnouz

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