Si vous avez aimé Buena Vista Social Club, vous allez adorer son (faux) préquel AFRICA MIA

Le chef d’orchestre des Maravillas de retour à La Havane, 50 ans plus tard.

Pendant près de 15 ans, le documentariste Richard Minier a rassemblé les pièces d’un puzzle inédit : celui d’un groupe de 10 Maliens, envoyés à Cuba dans les 60’s pour devenir professeurs de musique et fonder le premier groupe afro-cubain de l’histoire : Les Maravillas.

A l’occasion de la sortie en DVD et VOD du documentaire AFRICA MIA retraçant cette fabuleuse histoire tombée dans l’oubli, on a rencontré son réalisateur pour glaner des anecdotes, riches en expériences humaines et parfois plus douloureuses révélations…

Quand on demande à Richard Minier quel souvenir le plus touchant il conserve de la réalisation d’AFRICA MIA, c’est avec émotion qu’il nous raconte son voyage à La Havane en 2017 avec le dernier des Maravillas de Mali, le chef d’orchestre Boncana Maïga :

“Le plus émouvant c’était de ramener Boncana à Cuba, 50 ans plus tard. Au moment des attentats de 2015, quand je suis venu le voir, je me disais, il ne va jamais tenir le coup, il avait l’air vraiment pas en forme et affaibli. Mais arrivé là-bas, il s’est recubanisé et on le retrouve en pleine forme dans le doc.”

Richard Minier

Là où tout a commencé…

En 1999, Richard Minier, baroudeur et mélomane est de passage à Bamako pour le passage à l’an 2000. Et pendant que certains guettent la fin du monde, lui fait la tournée des maquis – aka les bars à concerts de la capitale malienne – à l’affût de bons sons, caméra au poing. Cette grande terre de musicien.ne.s ne va pas le décevoir ! Au détour de ses déambulations nocturnes du réveillon, un flûtiste attire tout particulièrement son attention… De son instrument, sortent des notes cubaines qui dénotent avec le paysage musical malien.

Après quelques échanges avec ce mystérieux musicien, Richard découvre que ce dernier fait en fait partie d’une “délégation malienne” invitée par Cuba et hebergée pendant presque 10 ans à La Havane pour y étudier la musique. Ces 10 professeurs de musique en herbe auraient même monté un groupe, les Maravillas de Mali, et joui d’un certain succès sur l’île de Fidel Castro !

“Je n’étais pas destiné à faire du documentaire ou de la réalisation. J’avais juste emmené une petite caméra, avec un pote pour passer 3 semaines au Mali mais ça m’a touché, l’histoire était dingue, j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce flûtiste.”

Richard Minier

Il n’en faut pas plus pour Richard pour se lancer à coeur perdu dans la réalisation de son documentaire AFRICA MIA. Malheureusement, nous sommes au tout début des années 2000, et pratiquement aucune information ne circule sur l’épopée et le succès fugace des Maravillas, encore moins sur un internet balbutiant. Sans le savoir Richard s’apprête alors à se lancer dans une enquête… qui va durer près de 15 années !

Deux ans après Buena Vista Social Club, Richard Minier se lance ainsi dans cette grande aventure, “un préquel” en quelque sorte des papis de Cuba, comme il aime à le souligner :

“Pour la petite histoire, Wim Wenders voulait à la base faire venir des Maliens à la Havane pour son film…. Mais ils n’ont jamais eu leur visa. Donc mon documentaire, c’est un peu le Préquel de Buena Vista…(rires) »

L’histoire (un peu) oubliée d’un Mali socialiste

En tentant de retracer l’histoire des Maravillas de Mali, le documentaire AFRICA MIA témoigne du même coup d’une histoire assez méconnue de l’Afrique, celle d’un Mali qui s’essaie au socialisme (1960-1968), peu après son indépendance.

Richard y aborde la dimension culturelle, cette “face joyeuse des relations entre Cuba et l’Afrique”. La même qui a poussé le gouvernement de l’époque à envoyer en “échange scolaire” ces 10 Maliens à Cuba entre 1964 et 1973. Les belles idées du président malien Modibo Keïta se termineront malheureusement avec pertes et fracas, les militaires revenant au pouvoir dès 1968, mais l’unique album des Maravillas lui fera date : “C’est LE seul groupe de musiciens d’Afrique partis se former à Cuba.”

Pochette du vinyle des Maravillas de Mali, réédité dès 1999

Si l’idée première de Richard est de rééditer l’album des Maravillas de Mali tout en réalisant son documentaire, les problèmes de financement, de production et de diffusion vont copieusement rallonger le processus de création d’AFRICA MIA. Et ce, sans compter les tensions politiques et les attentats successifs comme nous le précise le réalisateur :

“En 2015, je suis parti une semaine au Mali après l’attentat du Bataclan, pour aller revoir le chef d’orchestre des Maravillas, Boncana Maïga. Et là on toque à ma porte d’hôtel pour me prévenir qu’il y a un attentat… à Bamako même! On est resté bloqué des jours dans ma chambre, c’était l’état d’urgence… J’ai réussi à filmer un peu mais c’était tendu.”

Un rôle de « messager »

Richard Minier persévère année après année. Et si il gagne la confiance des anciens Maravillas et locaux pour la réalisation d’AFRICA MIA, c’est aussi parce qu’il est lui-même musicien.

Reconverti aujourd’hui dans la production musicale (de musique de films et de pub), celui qui nous confie avoir eu aussi son heure de gloire au sein du groupe Sherpas (trafiquant dans la veine des Happy Mondays et ayant réussi à se hisser au TOP 2 du Québec, et TOP 10 au Mexique) combine ses deux passions dans ce film personnel raconté à la première personne : “Au Mali, je n’étais pas dans un rapport blanc  / noir. J’ai évacué ça rapidement. Je faisais un truc sur le pan de son histoire et de sa culture”

Au-delà de la musique, le film s’initie ainsi dans la vie de ces papis musiciens, retrouvés sur les routes du Mali, échangeant leurs anecdotes et jouant là “un rôle de messager très intense”.

Les 7 Maravillas de Mali en 1968 à La Havane (source : Instagram @maravillasdemali)

Après plus de 10 ans d’aller retour avec le Mali, c’est finalement une rencontre déterminante avec Sylvie Pialat et aussi le soutien Universal Music qui vont donner un coup d’accélérateur à la réalisation de son rêve. La première aide Richard à financer le documentaire et le présenter sur grand écran via la boîte SRAB (qui a aussi produit Les Misérables de Ladj Ly) et le second à ressortir l’album des Maravillas mais aussi à organiser une tournée de concerts européenne (conviant 14 musiciens sur scène, Boncana, des cubains, mais aussi le guinéen Mory Kanté, et même Sir Manu Dibango sur certaines dates) en 2019.

De retour en studio… 50 ans après

Et si le film AFRICA MIA est déjà sorti en salle le 16 septembre dernier (entre deux confinements), il va revivre une seconde jeunesse grâce à sa sortie en DVD et VOD ce mercredi 16 décembre. Quant à sa projection en salle en Afrique, Pathé BC Afrique ayant acheté les droits, il sera bientôt diffusé sur tout le continent, perdurant l’histoire des Maravillas. Une belle victoire pour Richard après tant d’efforts !

Côté bande son, l’album réédité (et disponible sur les plateformes de streaming) des Maravillas est une merveille, réunissant des mix de 1967 avec des enregistrements faits au Mali à partir de 2004 mais aussi ceux de La Havane orchestrés 50 ans plus tard par Boncana dans le studio national EGREM – le même où Ry Cooder avait enregistré pour Buena Vista Social Club.

Et sans vous spoiler la fin du documentaire… Découvrir l’énorme discothèque d’EGREM Studio, où sont consignées les bandes originales de la musique d’un pays entier (et d’une époque révolue), c’est une sacrée séquence émotion en soi comme nous le confie Minier : « tout ce qui est enregistré à Cuba, appartient à Cuba, c’est classé patrimoine national ». Et voir le dernier des Maravillas en vie, Boncana, accompagné de l’équipe de tournage AFRICA MIA pour y enregistrer dans ce studio mythique « avec les mêmes musiciens studios présents en 1967 » ne pourra clairement pas vous laisser de marbre. La boucle est bouclée !

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Abigaïl Ainouz

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