FHIN « on se rend compte à quel point ces moments sont précieux quand on les perd »

Pochette de l’album TRAUMA « On devine bien mes mains, mais il y a d’autres mains présentes dans cette intimité, chérissant cette petite lumière chaude au milieu du bleu froid tout autour. »

A l’occasion de la sortie de son premier album TRAUMA, le producteur et chanteur français a répondu (à distance) à notre interview. On a parlé ensemble des (feu) concerts, sa passion pour les rêves lucides… mais aussi de stress post-traumatique (un sujet plus que d’actualité).

Après deux EPs salués par la critique (A crack in the eyes en 2017 puis around.away en 2017) et plus de 15 millions d’auditeurs (via les plateformes de streaming), cet auteur-compositeur, interprète et producteur nous offre enfin son premier long format sorti chez Délicieuse Musique, voguant entre néo-soul, electro et musique alternative.

Comme son nom l’indique, TRAUMA se découvre comme un disque intime et inspiré de rêves de FHIN.  Sans phare, le Parisien n’hésite pas à confier un traumatisme de son enfance (le français est opéré à 5 ans d’une tumeur, s’en sort indemne mais contraint de porter un corset pendant près de 10 ans) tout en gardant une grande part de mystère. Si cet ouvrage a été composé dans une grande confidentialité – FHIN restant un grand solitaire, même ses proches n’ont pas pu en savoir plus sur TRAUMA avant la fin de sa réalisation – on y retrouve aussi d’élégants featurings avec Sahara et Louis VI. A nous d’enfin lever le voile sur TRAUMA

Rencontre avec FHIN

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Vous avez 4 heures… Plus sérieusement, ton album tombe à pic. TRAUMA, c’est exactement ce qu’on vie en 2020. Toi aussi tu as vécu très jeune un gros traumatisme. C’est ça qui t’a poussé à devenir qui tu es ?

FHIN : Je me pose souvent ce genre de question, j’adorerai pouvoir observer des simulations de comment ma vie se serait passée sans tel ou tel élément. (…) Il est certain que la personne que l’on est instantanément est cousue de tout son passé, et notre progression s’inspire de nos erreurs, nos réussites et nos traumatismes. Mais je crois que tout est à prendre en compte, ça ne reste que des expériences.

« Je ne pense pas que ce qui m’est arrivé a fait que je me sois engagé sur cette voie. En revanche, en m’y replongeant ça m’a beaucoup inspiré pour cet album, ça a fait sens pour moi de mêler mes rêves et mes souvenirs pour les mettre en musique, chose que je n’avais pas fait instinctivement avant cet album. »

Trauma, c’est un titre fort. Il y a plusieurs sens derrière ce traumatisme ? 

Le titre éponyme de l’album, Trauma, traite d’une relation toxique entre deux personnes, éclipsée par la prise constante de substance. Une sensation travestie de besoin vital d’avoir l’autre auprès de soi, malgré tout le mal qu’il nous fait, quitte à ne jamais redevenir sobre. C’est le trauma qu’une relation peut te laisser quand elle se termine, cette cicatrice qui fait tout s’arrêter un moment.

Toutes ses mains autour de ton visage sur la pochette, elles symbolisent plus la protection et la bienveillance ? 

Quentin Deronzier a eu cette idée, et je l’ai trouvée super touchante et en adéquation avec l’atmosphère de l’album.  (…) J’aime voir ça comme une représentation d’un partage qui se passe pendant l’écoute de l’album, beaucoup de chansons sont assez intimes, inspirées de rêves et de souvenirs; ces mains sous les miennes ça peut être les mains de la personne qui écoute et qui, pendant un temps, peut se promener là-dedans, s’en inspirer en y mélangeant ses propres émotions, ses rêves.

Cet album a un rapport ténu avec le monde des rêves n’est-ce pas ? Tu as une passion pour ce domaine-là depuis longtemps ?

Petit, je faisais souvent des rêves lucides, rêves durant lesquels on prend plus ou moins le contrôle. Ça va de la sensation d’être en train de rêver à un contrôle total de tout, le fait de savoir où est-ce qu’on est en train de dormir à ce moment précis, c’est comme un équilibre entre la conscience et l’inconscience, un pont entre la réalité et l’imaginaire, ce que je trouve fascinant et super inspirant.

Et aujourd’hui encore tu pratiques ces rêves lucides ?

Depuis quelques années j’ai réappris à les pratiquer, ça s’apprend super facilement avec des tips sur internet et un peu de patience. J’aime considérer les rêves comme un moment unique dans lequel on vit réellement des choses, pas juste le reléguer au rang de simple hallucination durant le sommeil. Je pense que c’est une clef que tout le monde a, et on devrait nous apprendre à la comprendre, parce que c’est fou.

« Durant le seconde guerre mondiale il y a eu des expériences faites avec des soldat souffrant de stress post traumatique. On leur favorisait des sommeils chargés en rêves par la prise d’opiacés, et plus les rêves se multipliaient, plus les issues de leurs cauchemars étaient positives, leur subconscient leur a permis par le rêve de soigner leur trauma. Ça montre beaucoup de chose sur le rôle du rêve ! »

Quelle musique t’a entouré pendant ton enfance ?

Dans la famille on écoute énormément de musique. Mes parents, ma sœur, ma grand-mère, il y a tout le temps eu de la musique, dans le salon, dans les chambres, en voiture. Du coup assez jeune j’ai beaucoup écouté les Floyd, Alan Parsons Project d’où mon attrait pour la musique progressive, qui s’est confirmé à l’adolescence dans ce que j’écoutais avec mes potes. Mais il y a eu aussi beaucoup de funk, de pop (Earth Wind & Fire, Michael Jackson, Christopher Cross )et beaucoup de sonorités plus electro : j’ai été super marqué par Alan Braxe, Demon, Daft Punk/Stardust, Modjo, Jestofunk…

Et plus tard ?

En découvrant internet, les blogs musicaux etc je me suis familiarisé avec beaucoup de musiques plus indé et c’est un monde qui m’a fasciné, c’est clairement ce qui m’attirait le plus, je ressentais moins de frontières entre les genres. (…) Je pense que sur cette période où je passais des nuits à chercher des nouvelles pépites, je me suis fait une idée de ce qu’était la musique idéale à mes oreilles, et ça m’a donné l’impulsion de commencer à produire.

« J’ai laissé un peu la batterie de côté et j’ai tout fait pour essayer petit à petit de retranscrire des émotions avec des notes. »

Tu es plus un artiste de studio ou de live ?

Je suis un vrai geek du son, donc j’aime me terrer dans mon studio et expérimenter des choses. J’aime aussi beaucoup jouer en studio ou sur scène pour d’autres artistes parfois, comme j’ai pu le faire avec Crayon ou Zimmer. Mais le live est le réel aboutissement de tout ça, c’est une énergie unique qui me manque beaucoup aujourd’hui. Ne serait-ce que les DJ set, tu mets du son et tout le monde est ravi, content de partager le truc avec toi.

« On se rend compte à quel point ces moments sont précieux lorsqu’on les perd. »

Ces temps de confinement t’ont amené à revoir ton travail ?

Ça a été un moyen (forcé) de revoir un peu tout, je ressens plus le besoin de m’exprimer avec du contenu visuel, de partager des vidéos de studio plus souvent, et de les proposer en story permanente sous mon profil, par exemple. Pour la production ça ne change pas grand chose, toujours beaucoup de solitude haha..

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Fhin (@_fhin)

Découvrez l’album TRAUMA de FHIN, disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Abonnez-vous à notre POP NEWS hebdomadaire ici.

Abigaïl Ainouz

En poursuivant votre navigation, vous autorisez l'utilisation de cookies pour vous permettre une meilleure expérience et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus