Perdez-vous sans plus tarder dans The Jungle, l’album défouloir de Plants and Animals

Crédit : Dominic Berthiaume

Encore peu connu dans l’Hexagone, le trio montréalais délivre déjà son cinquième album The Jungle : un court ouvrage, responsable, bienveillant et qui va vous faire le plus grand bien en plein conf… couvre-feu.

Pourtant déjà bien connu au Québec dès 2008 avec leur premier album Parc Avenue – s’inscrivant dans l’effervescente scène indie rock montréalaise, la France découvre seulement Plants and Animals. Pas de mot d’excuse qui tienne, on rattrape le temps perdu en 2020 avec The Jungle, cinquième album du trio sorti chez Secret City Records. Contrastes, multiples angoisses et énergie détonante livrent une flore sauvage qui nous happe.

« Il n’y a plus de culture »

Difficile de contourner le sujet de la pandémie quand on parle à un artiste qui s’apprête à sortir un disque en 2020. Le contexte d’une œuvre demeure partie intégrante de ce qu’elle a à offrir, et la musique n’échappe pas aux aléas de son temps. Au Québec, « les concerts sont complètement arrêtés, les bibliothèques sont fermées, il n’y a plus de culture », confie Nicolas Basque, guitariste du groupe. L’heure est grave pour l’art à l’échelle mondiale, et, comme à notre habitude depuis le début de l’année, la rencontre se fait virtuellement. Il est 16 heures ici, 10 heures là-bas.

The Jungle, qui fait suite à l’album Waltzed in from the Rumbling (2016), semble tragiquement faire écho à cette époque où, si l’on résume grossièrement la situation, le (la ? le ? la ?) Covid-19 bat son plein, le réchauffement climatique reste une préoccupation, et les Etats-Unis, voisins de palier du Canada, se préparent aux prochaines élections présidentielles. Même « le genre » du virus est devenu un sujet de débat : bref, le monde va mal, et en vingt ans de carrière ensemble, on peut affirmer que l’expérience est inédite pour les trois Québécois.

« Cette notion d’être entre deux eaux est très présente » admet Nicolas Basque précisant toutefois que malgré les apparences, l’album ne traite pas de l’actualité. Il se trouve simplement que les histoires personnelles que content lui et ses comparses Warren Spicer (chant, guitare) et Matthew Woodley (batterie) abordent ces idées de questionnements, d’incertitudes et d’angoisses, qui peuvent s’interpréter cependant à un degré plus élevé.

Un album intime et romanesque

Ce disque diffère des précédents de par son indéniable modernité, faisant preuve d’ « une forme de maturité, ou simplement d’une volonté de faire quelque chose de différent. » Les ambiances qui rappellent le mouvement « hippie des années 1960-70 » des quatre derniers albums se font oublier pour faire place à une œuvre plus intime et profonde, voire inquiétante.

L’amour de leurs proches reste le moteur premier de Plants and Animals dans leur écriture : une ode à l’espoir pour un fils préoccupé par la réalité de l’absence de saisons (eh non, ma p’tite dame, ce n’est pas que de la conversation d’ascenseur), un hommage à un parent récemment décédé, et l’idée que « l’héritage que l’on a n’est pas nécessairement ce que l’on avait souhaité. » Des thèmes qui parlent à chacun dans son individualité et qui peuvent, donc, s’appliquer à l’échelle du globe.

Clair-obscur

Jouant sur les contrastes, The Jungle est un album clair-obscur : entre les titres, dans les titres, et entre les paroles et la mélodie. Si les paysages sont assombris par le thème des tracas que l’on connaît tous, il semblerait que les pointer du doigt et les mettre en musique rende le tout moins pessimiste.

De plus, les tableaux de nature, entre les couleurs bleutées de l’eau et les feuilles mortes qui ondoient, décorent ce sentiment plus ou moins apaisé. Et c’est la force de Plants and Animals, cette évidence avec laquelle ils créent et qui rend leur œuvre familière :

« Quand on commence un groupe, c’est très euphorisant, et on se rend vite compte du rôle que jouent nos vies de famille, nos angoisses, la complexité de la vie. Ce qui nous permet de passer à travers ça, c’est la musique et l’amitié que l’on a tous les trois. C’est un peu cheesy, mais l’amour tourne autour de nous. »

Cette Jungle que nous offre au final ici le trio, est une « collection de chansons, celles qu’on trouvait les plus pertinentes et intéressantes. » D’apparence, les titres ne se suivent pas linéairement, même si « plusieurs éléments se répondent de titre en titre. » La jungle foisonne en tous sens, d’abord avec l’insalubrité du titre éponyme, puis les douceurs de Love That Boy et Le Queens, ou encore les envolées enjouées de House on Fire et Sacrifice.

Le confinement en toile de fin

L’album « finalisé chacun chez soi », Nic’ admet que la difficulté première de sa sortie est de « savoir quelle est notre raison d’être et d’exister avec ce disque. » Le confinement ne permettant pas son expression scénique comme à l’habitude des musiciens, qui sont très à l’aise et heureux de bonifier leurs titres devant un public, The Jungle aura toujours ce goût particulier de l’époque qui se fait fortement ressentir.

En dépit des obstacles liés à l’heure actuelle, Plants and Animals délivre un court album néanmoins riche et dense, qui accompagnera nos ampoules de vitamine D pour contrer la morosité des jours de plus en plus courts, en plus du couvre-feu. Perdez-vous sans plus tarder dans The Jungle, un défouloir responsable et bienveillant, dans lequel chacun saura s’y retrouver.

L’album The Jungle est disponible en édition physique et digitale.

En concert le 26 février au Pop Up du Label (Paris)

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Raphaëlle Berlanda-Beauvallet

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