Festival Nancy Jazz Pulsation : la résistance culturelle s’organise en Lorraine !

Un des rares artistes étrangers à avoir pu jouer au NJP 2020 : Daara J Family accompagné de Faada Freddy © Vincent Zobler

Mettant un point d’honneur à « être présent » quitte à se réinventer dans l’urgence, le festival nancéien vient de fêter sa 47e édition. Son persévérant directeur nous raconte comment les évènements culturels ne tiennent plus aujourd’hui qu’à un (coup de) fil !

C’est dans un rade de la programmation OFF du Nancy Jazz Pulsation (NJP), qu’on vient s’abriter aux côtés de son récent directeur Thibaud Rolland. Après quasiment 15 jours de festivités, les cernes sont là, mais le sourire résiste. Thibaud nous raconte autour d’une mousse comment l’équipe du festival s’est démenée pour mener à bien cette édition exceptionnelle, un oasis au milieu d’un marasme d’annulations dues à la pandémie Covid : “On a recrée un festival avec toutes ces contraintes, en un mois et demi au lieu de huit.”

“J’ai lu dans la presse que le Lorrain ne craint pas le froid” 

Avec ce trait d’ironie, Thibaut Rolland nous rappelle que la programmation remontée à la hâte (après chacune des annonces présidentielles) doit surtout sa légitimité à des scènes en pleine air – en plus d’un dispositif sanitaire mis en place dans plusieurs salles éclatées dans la ville.

« Aujourd’hui, il faut être présent, plus que jamais » ajoute Miles Yzquierdo, l’attachée de presse du festival qui l’accompagne. Alors même en pleine crise sanitaire, pas question de sacrifier la culture à Nancy, ni de changer l’ADN de cette 47e édition ! Si 30% de la programmation est dédiée au jazz, NJP doit clairement sa renommée “à son nez incroyable”, qui a offert à son public des shows aussi mythiques que Miles Davis ou les débuts de Daft Punk !

Forcément plus régionale que les précédentes affiches (4 artistes internationaux seulement), l’année 2020 n’a pourtant rien à leur envier : Pomme, Suzane, Johan Papaconstantino, ou encore la soirée débridée Dürüm Room (version Kebab de la Boiler Room – dont on vous reparle bientôt) ont fait vibrer la ville, offrant une fenêtre inespérée à la liberté d’expression, et permettant de retrouver l’euphorie des festivaliers (et le plaisir viscéral de jouer des artistes) !

Pomme en concert à la salle Poirel pour NJP 2020 © Sam&Max

Une détermination sans faille

Si la météo lorraine fait des siennes, ce ne sont pas trois gouttes de pluie qui font peur à la team du NJP. On trouve toujours des solutions ! La SMAC de l’Autre Canal a par exemple dû abandonner sa terrasse aménagée pour la saison et rapatrier certains lives dans sa grande salle, en mode cabaret : quitte à sacrifier la jauge habituelle de 1300 personnes pour accueillir seulement 250 festivaliers assis (et masqués).

C’est cette force de caractère de l’équipe organisatrice, “celle d’aller au bout même si c’était épuisant psychologiquement qui a rendu possible l’impossible, et surtout une “question humaine”… Notamment grâce à la centaine de bénévoles qui ont même été formés “par une troupe d’impro comme ‘médiateurs Covids’, tout ça pour avoir la tchatche avec le public et le rassurer”.

On peut dire que les responsables locaux ont eux aussi joué un rôle capital, Thibaud Rolland soulignant le fort enthousiasme qu’il a reçu de la sous-préfète (“on est bien accompagné”), sans qui les autorisations n’auraient pu être signées… Et il fait du même coup un troublant constat résultant de l’état d’urgence sanitaire :

“Aujourd’hui, un événement culturel ne tient plus qu’à une relation humaine !“

Dans certaines villes, notamment à Reims, où le directeur organise d’autres festivités, l’accueil n’a d’ailleurs clairement pas été le même, et les annulations estivales se sont faites à la pelle… Selon les régions, les responsables locaux étant plus ou moins zélés dans l’application des subtilités des consignes sanitaires (parfois nébuleuses voir absurdes).

D’ailleurs si 55% du budget du festival NJP provient de fonds propres, il faut bien rappeler que 30% tient sur des subventions (de la ville, métropole, région et Etat), et 15% de partenaires et mécènesces derniers ayant plus ou moins joué le jeu cette année “Mais c’est bien dans l’adversité que l’on reconnaît ses vrais amis” grince Mr. Rolland ! A bon entendeur !

Le groupe hollandais Yin Yin a fait le voyage jusqu’à Nancy pour jouer dans le parc de la Pépinière en extérieur.

Un besoin viscéral de jouer

Côté public, la chaleur des Nancéien.ne.s a été au delà des attentes du NJP, dans un contexte plus qu’anxiogène (notamment au lendemain des annonces présidentielles sur le couvre-feu de 8 villes de France dont Nancy est pour l’instant épargné) : “les gens sont chauffés à blanc, on sent que c’est vital, ils viennent nous remercier après les concerts !” NJP peut même se vanter d’avoir rajeuni son public avec 50% de 18 à 30 ans “une vraie victoire cette année”.

Et le plaisir est partagé côté artistes ! Cette longue attente, et cette envie de jouer se sont décuplées une fois monté sur scène, donnant lieu à des scènes mémorables comme se réjouit le directeur :

“Y’a une dalle ! Les artistes ont faim ! Certain.e.s n’avaient pas joué depuis 7 mois. Le concert de Suzanne c’était une dinguerie et Florian Pelissier Quintet m’a confié que c’était son meilleur concert

Suzane pour le NJP 2020 © Lucie WDL

Un bilan positif humainement… mais financièrement ?

Pragmatique, le directeur modère son enthousiasme – et ce malgré les 5000 entrées extérieurs payantes et 10 000 gratuites le weekend – bon on va quand même perdre de l’argent je pense”, mais sait qu’il peut compter sur des aides (“une chance qu’on a en France !”), notamment le fond de sauvegarde du CNM, et celui de la DRAC (10 millions sont alloués à la musique).

Finalement, ce n’est pas un hasard si l’affiche du festival porte en son centre un énorme coeur qui bat la chamade comme une lourde machine en quête d’oxygène, “ça résonne tout ça, on le fait avec coeur, on met aussi du coeur à notre ouvrage”. Nancy 2021, ville de la résistance ?

 

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Abigaïl Aïnouz

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