Helena Deland, à la recherche du “moi” perdu

Crédits Tess Roby

Someone New, c’est le premier album d’une songwriteuse indie en pleine crise existentielle. La Québécoise signe une oeuvre intime sur l’acceptation de soi, le féminisme et l’émancipation du joug masculin. Un challenge remporté haut la main !

Si la Montréalaise s’est déjà vu embarquée dans les tournées de grands noms de la chanson indie comme Connan Mockasin et Weyes Blood (ou même d’assurer un featuring pour le rappeur JPEGMAFIA), des artistes qui lui ont donné envie “de profiter de ces opportunités et de s’épanouir à la place de toujours hésiter”, Helena Deland a aujourd’hui repris à son compte ces conseils avisés et cultive l’art de brouiller les pistes (et les genres). Sur Someone New, on peut ainsi découvrir plusieurs facettes de ce “moi”, ce Someone new, s’émancipant enfin de l’autre.

Une crise de la vingtaine retardée

Isolée dans un chalet dans la campagne québécoise (depuis laquelle elle répond à notre interview), Helena confie avoir traversé avec ce disque une sorte de “crise de la vingtaine retardée”. Ce questionnement existentiel prend pour elle la forme d’un fantasme, celui de “s’accomplir un jour et de devenir quelqu’un de nouveau”, comme si on pouvait appuyer sur un bouton reset et tout recommencer.

Avec ce premier album, Deleand digère et enterre définitivement ce futur idéalisé, pour convenir qu’il faut mieux “accepter qui on est”. Et cette réflexion personnelle qui prend des chemins de traverse, se traduit merveilleusement sur pistes, notamment dans le contemplatif et silencieux road trip Seven Hours, (« Seven hours drive with nothing to say ») ou dans la balade nocturne et instrumental The Walk Home où un violoncelle vient perturber l’auditeur, comme une pensée entêtante et insomniaque.

Sans compromis

Cette acceptation de soi, passe aussi ici par la volonté d’être sincère artistiquement et par une “grande soif de solitude”, de ne plus “tomber dans le piège de plaire aux autres”. Cette première oeuvre a été écrite et composée sur une période de deux ans, sans compromis et en tâchant de conserver une authenticité précieuse :

“J’ai voulu garder les chansons au plus près de moi-même, les couver le plus longtemps possible, qu’elles restent sous mon contrôle.”

Et quand bien même Helena a eu bien des d’hésitations sur sa genèse, elle réussit à ne pas se laisser déstabiliser et à “composer en gardant une certaine forme de pureté, un thème que la Québécoise développe justement dans sa chanson finale Fill the rooms (“Come back, Fill the empty rooms with music”). Pour le mettre en forme, elle s’est d’ailleurs seulement accompagnée de deux coproducteurs et amis : Valentin Ignat pour les arrangements et Gabe Wax pour la production et le mixage.

Un album féministe et libérateur

“J’espère que cet album va parler aux femmes” nous précise-t-elle au téléphone. Confessant que cet ouvrage est construit “en réaction” au masculin, à cette société de non-consentement, Helena cherche à créer une oeuvre solidaire, chaleureuse et libératrice. Vous n’y trouverez donc pas de break ups songs qui nourrissent à ses yeux la grande majorité du patrimoine musical mondial mais plutôt des thèmes comme celui de Pale (“Spending this much time in my naked body’s / not making it familiar to me”) questionnant la féminité, la vision de notre propre corps et son rapport aux autres :

“Dans les relations amoureuses, une grande partie de mes préoccupations se résumait à plaire aux hommes, à être validées par eux.”

Et c’est cette même petite voix “qui tente de tout surveiller” pour plaire à l’autre – et qu’elle met en scène avec brio dans l’intro chuchotée de Comfort Edge – dont elle se débarrasse enfin en signant Someone New.

“Dans ma vie, j’ai dû prendre conscience à quel point j’agissais en fonction du masculin, j’ai dû contrôler cette pulsion qui nous est inculquée. »

“Un exercice pour transformer les sensations en mots”

Contrairement à son EP précédent qui rassemblait ses chansons de jeunesse sans lien évident, chacune de celles de ce Someone New partage la même atmosphère : “elles font toute partie du même puzzle”. Ce puzzle est décrit comme un roman et ce n’est pas un hasard pour cette ancienne étudiante en littérature possédant un rapport passionnel avec l’écriture. Elle tient du reste un journal quotidien, qu’elle ne relit certes très peu, mais qui il lui sert “d’exercice pour transformer les sensations en mots”.

Et pour ses chansons, elle use du même mode opératoire : une écriture manuscrite et introspective. La chanson Field the Room, s’inspire ainsi directement d’un de ses rêves (qu’elle consigne toujours par écrit) et Fruit Pit, est quant à elle directement tirée d’un poème du québécois Jonas Fortier, sublimant la marque du temps, comme des fruits qui tombent de l’arbre et qui se désagrègent de leurs noyaux.

“C’est encombrant mais précieux pour moi, tous ces cahiers que j’ai rempli. Je ne peux pas les jeter ça serait blasphématoire. C’est un exercice thérapeutique, préserver la mémoire… Pourtant si j’étais en paix avec moi-même je devrais pouvoir les jeter. Un jour ça me servira à autre chose.

De ses nombreuses pages noircies à l’encre, pourraient ainsi un jour voir naître la suite de Someone New, un second album plus apaisé ou un premier roman ? L’avenir nous le dira.

L’album Someone New de Helena Deland est disponible chez Luminelle Recordings.

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Abigaïl Aïnouz

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