Sabrina Bellaouel, la nouvelle pépite engagée du label InFiné

Artwork par @maximewolff_

La rentrée ne se fait pas sans surprise : la franco-algérienne débarque le 4 septembre avec We don’t need to be enemies, un EP électro expérimental très politique.

Fraîche signature d’InFiné, le label qui a notamment porté Rone, Sabrina Bellaouel offre un EP à contrepied de ses autres travaux. Des raves londoniennes à la « cinquième saison » de Rotterdam en passant par le Maghreb, l’artiste passe d’un monde à l’autre avec une facilité déconcertante. Des voyages dont le travail exigeant de la productrice porte la trace.

Electrorganique

S’il y a une continuité dans le travail de Sabrina Bellaouel, c’est la sincérité avec laquelle elle mène ses projets. On a vu l’artiste franco-algérienne aux côtés de rappeurs comme Gracy Hopkins, Jazzy Bazz mais aussi Marina Trench, Bonnie Banane… Souvent, elle prête sa voix pour des productions très R&B.

Avec ce nouvel EP, Sabrina Bellaouel décide de rebattre les cartes. Après Cheikh, Illusions et de nombreuses collaborations, l’artiste R&B prend un virage inattendu. We don’t need to be enemies sera un EP électronique. Quoique le terme soit réducteur ! La jeune artiste se donne tant de mal pour renouveler les genres que les étiquettes se décollent d’elles-mêmes. Sa musique est à la fois techno, expérimentale, soul et délicieusement imprévisible. Il est pourtant faux de prétendre qu’elle ait fait table rase du passé. Les influences dont elle se nourrit ne sont tout simplement plus les mêmes. Steve Reich, James Blake, Drake, Summer Walker, Oum Kalthoum, Rihanna… Les playlists de Sabrina Bellaouel ratissent large. Certains morceaux d’Illusions laissaient déjà présager d’un changement comme True Love Dies.

Elle réinvestit des bruits qu’elle a enregistré sur son téléphone, des boucles de sa voix pour des productions techno qui portent l’influence de mois passés entre Londres, Berlin et Rotterdam. En utilisant sa voix, l’artiste permet de conserver cette continuité entre ses différents projets. C’est particulièrement le cas dans If.

« ça me paraissait important de rajouter une touche plus soul dans cet EP là pour ne pas oublier qui je suis non plus. »

SABRINA BELLAOUEL

Ce nouvel EP est un savant mélange de températures. Au froid d’une kick électro, Sabrina Bellaouel ajoute des sons organiques. Souffles, voix, bruits, l’artiste superpose les univers pour créer un disque unique. Avec cette identité artistique déjà reconnaissable entre mille, la maturité de la productrice n’est plus à prouver. Il faut dire que Sabrina Bellaouel compte déjà de jolies pépites à son actif.

A la recherche de l’inconfort

L’EP s’ouvre sur un discours de Nasser, leader égyptien historique et indépendantiste convaincu face à l’impérialisme français des années 1950. Un coupé décalé sur un beat techno et quelques expérimentations vocales basées sur la répétition : le ton est donné. Cet extrait politique n’a rien perdu de sa force plus de soixante ans plus tard. Il sert de note d’intention pour l’EP et pour la suite de la carrière de l’artiste qui compte bien continuer ce mariage à trois entre électro, soul et bruitages.

L’artiste bi-nationale s’affirme plus que jamais aux côtés d’InFiné, un label qui la porte dans cette exploration.

« Le travail avec InFiné me permet de trouver une harmonie, conserver mes influences, ma patte, ma voix, mon groove et de la marier avec la froideur de l’électronique. L’EP que je sors est annonciateur de ce qu’il va se passer après où vraiment, on va retrouver le suc de la soul mélangé avec de l’électronique et c’est vraiment ce dans quoi en ce moment je me définis »

SABRINA BELLAOUEL

Si l’artiste s’épanouit autant dans cet envol, c’est que trop souvent on l’a cantonnée à des cases étroites. Logiques de business, biais racistes et sexistes… Tant de mauvaises raisons pour justifier de qualifier le travail de Sabrina Bellaouel de « R&B ghetto« . En travaillant sur l’inconfort, elle recherche des textures, une transe, ce qui suppose un double rejet des structures musicales classiques et des standards d’une industrie parfois réfractaire au changement.

Avec un nouvel EP Libra et un album pour 2021, l’artiste promet de jolis lendemains où l’hybride a toute sa place.

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Mathis Grosos

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