La rentrée des albums de la semaine : prêts, feu, partez !

Aidan Knight, ce preux chevalier du songwriting enfile sa combinaison de chantier pour la rentrée !

Angel Olsen, Widowspeak, Jonathan Personne, Sarah Walk, Aidan Knight, Aluna et Terrenoire. La sélection des sorties est plus internationale que vos vacances (cela va sans dire) mais risque bien d’attendrir vos coeurs craquelés par le soleil d’été. Laissez-vous tenter !

La rentrée est arrivée et la récolte s’annonce plus que copieuse à en juger le lourd calendrier de sorties (tout ayant été décalé en septembre, Covid oblige). Vous allez avoir de quoi remplir vos playlists de home-workers en télétravail. La suite se raconte en musique.

Angel Olsen – Whole New Mess

La songwriteuse américaine revient aux fondamentaux avec un album enregistré en solo avec sa guitare. Sur la pochette de Whole New Mess, on observe trois portraits d’elle en N&B se prenant la tête dans les mains, un avant-goût de ce qui vous attend sur pistes : des chansons intimes et vulnérables, Angel y ressassant une rupture amoureuse pénible (beau pléonasme). Cet ouvrage n’est pas si inédit que ça, vous le remarquerez vite, puisque 9 titres sont communs à son prédécesseur All Mirrors – et seulement deux titres sont inédits (Waving, Smiling et Whole New Mess). Mais détrompez-vous, Whole New Mess – enregistré avant le cinématographique All Mirrors – est loin d’être une simple cassette de démos ! Il a même servi à concevoir ce dernier, et à mettre sur bandes ses émotions alors même qu’elle les traversait encore (« je voulais enregistrer alors que je digérais encore ces sentiments »). On redécouvre ainsi sous un autre jour ou plutôt une autre nuit, des titres ici dépouillés, et enregistrés avec seulement quelques guitares et micros. Isolés pendant 10 jours dans une vieille église reculée de la côte Nord-Ouest américaine (à Anacortes, petite langue de terre orientale de l’état de Washington), Angel Olsen et son confident, l’ingénieur du son Micheal Harris (avec qui elle a déjà collaboré pour My Woman) se sont épuisés à la tâche pour saisir l’instant et les lignes finales « You just wanted to forget » de What it is présagent, on l’espère, un peu plus de douceur pour la suite.

Widowspeak – Plum

Cinquième album du duo de Brooklyn mené par Molly Hamilton et Robert Earl Thomas, et toujours la même recette (qui marche) : de la dream pop 90’s, du psych-rock des 60’s et une voix sensuelle qui vous berce à merveille. Enregistré pendant l’hiver, c’est pourtant un fruit de fin d’été qui donne son nom au disque : Plum (prune) Et à une époque où il n’y a plus de saison, et où le printemps 2020 a plus ressemblé à un mouroir, on ne peut que retrouver de l’espoir à son écoute. Cette brise légère, va vous bercer et vous éduquer les oreilles en même temps, comme le prouve le titre Money qui se moque de la monétisation omniprésente de notre quotidien : «  les textes parlent du capitalisme et de la façon dont il nous apprend à tout voir en terme de valeur, même nos expériences, et que nous sommes tellement entraînés à rechercher une sorte de retour sur investissement que nous ignorons les dommages que nous infligeons (sur les gens, sur nous-mêmes, sur la planète) ». 

Aluna – RENAISSANCE

Après nous avoir fait vibré en duo avec George Reid dans AlunaGeorge, la chanteuse britannique revient en solo, avec son premier album RENAISSANCE (chez Because Music et Mad Decent, le label de Diplo) produit notamment par l’immense canadien Kaytranada, mais aussi par SG Lewis, Jungle, Lido, Roofeo (qui travaille régulièrement avec Kanye West) et comptant les collaborations savoureuses de Princess Nokia et Jada Kingdom (sur Get Paid). On peut dire que cette renaissance risque de finir en grosse teuf à en juger les trois premiers singles déjà dévoilés et cumulant des millions d’écoutes. La recette est simple : de la dance music pour vous faire onduler sous la boule à facettes du salon et oublier des mois d’abstinence. Son dernier single Envious risque d’ailleurs de suivre le même destin avec ses beats incendiaires, une danse défoulante comme le décrit Aluna : « La Crying dance c’est un style que j’ai inventé pour décrire ce sentiment exquis : lorsque toutes vos émotions sont libérées en dansant, et vous vous mettez à pleurer en même temps ». Et si vous voulez célébrer la sortie de Renaissance, pourquoi ne pas participer à la Royal Rave organisée par Aluna et Spotify, cette nuit (8PM EST, soit 2H du matin à Paris) ?

Jonathan Personne – Disparition 

Projet solo de Jonathan Robert, auteur-compositeur du groupe montréalais Corridor, Jonathan Personne est pourtant quelqu’un à connaître ! Son deuxième album présenté par la maison Michel Records se développe comme un film, s’inspirant des westerns spaghetti, comme le précise son auteur :« La musique pour moi est visuelle. (…) Je voyais l’album Disparitions comme un Western brumeux où même les élans classic rock garde une certaine part de tristesse heureuse. » A une époque où tout sonne comme un robot sous MDA, la chaleur organique de l’enregistrement de cet ouvrage indie donne du baume au coeur ! La B.O. parfaite de votre road trip d’été indien en somme.

Terrenoire – Les Forces Contraires

Après avoir raflé tous les prix découvertes et signé un premier ep prometteur en 2018, les deux frangins stéphanois sont de retour. Et depuis, de l’eau a coulé sous le pont, le feu s’est immiscé dans leurs coeurs, quant à l’amour et la mort, elles sont aussi passées par là. Mais rassurez-vous derrière ces considérations métaphysiques, leur musique garde bien les pieds sur terre et s’incarne harmonieusement dans un ouvrage pop où le piano classique croise le fer avec le synthétiseur comme si de rien n’était. Enregistré dans leur studio-tanière du 17e arrondissement, Raphaël et Théo livrent un ouvrage concis de 9 pistes, qui semble poser les bases de leur Black Paradiso (définissant à la fois leur énergie vitale et leur label). Des repères qui sont loin d’être dispensables, à une époque où on ne sait plus vraiment où on va, alors tout y passe : leurs amours (mon âme sera vraiment belle pour toi), la disparition de leur père (derrière le soleil et ça va aller) mais aussi des interrogations sur l’avenir de la planète (dis moi comment faire et la fin du monde). On les a rencontré en interview, à suivre très bientôt.

Sarah Walk – Another Me

Originaire de Minneapolis, cette surdouée du piano a attiré l’attention du fameux label de Asgeir et Björk, One Little Independant Records, chez qui elle a sorti son premier disque Little Black Book, et maintenant son second Another Me. Diplômée du Berklee College of Writing, son enseignement très théorique ne l’empêche pas de mener à bien un groupe dès son lycée ou de s’émanciper à l’écoute de ses disques fétiches, comme ceux de Fiona Apple. Comme son nom l’indique, Another Me dévoile une autre facette de l’artiste queer, n’hésitant pas à s’affirmer plus que jamais dans ses paroles (Unravel et On the outside) comme elle le raconte au mndaily.com : “Le plus gros changement pour moi, c’est le message qui se cache dans ce second disque. Mon premier était centré sur l’amour et les ruptures. Et pourtant il y a tellement d’autres choses qu’une femme peut traverser dans sa vie, alors j’essaye justement de toucher du doigt cela, être une femme queer dans le monde notamment ».

Aidan Knight – Aidan Knight

Le songwriter de Vancouver est là pour sauver votre rentrée, de sa voix suave et de ses mélodies non sans rappeler un autre canadien, Neil Young (époque Harvest) ! Le disque s’ouvre avec un hommage à sa fille Julia in the garden dans un genre Beatlesien à peine voilé, on fond. C’est l’hymne pop La La qui suit et risque de coller à votre esprit toute la journée. Mais qui est Aidan et pourquoi n’avoir pas entendu parler de lui alors que cette gueule d’amour en est déjà à son quatrième album éponyme ?! Avec ce disque éponyme, Aidan décide de se diriger seul (sans sa troupe de musiciens habituelle), lui permettant de se dévoiler comme il ne l’a jamais fait avant. Ce nouveau disque marque aussi une nouvelle page dans sa vie personnelle : il est devenu père et a arrêté de boire, un tournant qui lui réussit plutôt bien ! Entamé à Berlin, où le songwriter décide de partir avec sa petite famille pour tenter une autre expérience que sa paisible vie à Victoria BC (sur l’ile de Vancouver) l’album est bouclé de retour à la maison, seulement 18 mois après son départ. Et comme il chante sur Veni Vidi Vici : « it’s never healthy to be something you’re not ». Fuyez le naturel, il revient au galop. A suivre, une interview avec Aidan Knight.

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Abigaïl Aïnouz.

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