Lord Esperanza (ré)atterrit « dans ta ville » avec une mixtape sans frontière

Lord Esperanza accompagné de son « personnel de bord »

Avec Lord Esperanza Dans Ta Ville EP. II, l’artiste parisien ne fait plus de rap, il part en voyage. Entouré d’une équipe de choc, le rappeur fait le pari d’une mixtape avec autant d’escales que de surprises.

Le rappeur parisien Lord Esperanza fait son grand retour pour un disque léger qui croise les genres et les langues. Lord Esperanza Dans Ta Ville  EP. II est un voyage qui mêle italien, allemand, marocain, tchèque, anglais… et français !

Voyage, voyage

Tout commence avec une tournée montréalaise. Le voyage permet une petite escapade à New York, l’occasion pour le rappeur de collaborer avec certains artistes locaux. Puis, Lord Esperanza embarque pour l’Europe de l’Est, l’Allemagne, l’Italie… Messages instagram au culot, réseau du label, des tourneurs, toutes les armes sont bonnes pour initier ces collaborations internationales. Scylla, Riz la vie, Coco, D-Double, Maniak, Ouenza, FouKi ou encore Arma Jackson, le présent et le futur du rap se répartissent sur dix-huit titres.

Après ce casse-tête organisationnel, face à un « monde en feu », Lord Esperanza s’enivre de légèreté.

« Je crois qu’avec le climat actuel des choses, avec les grèves, les gilets jaunes, le Covid, #Blacklivesmatter, des choses énergiquement très denses, (…) on a tous été un peu tourmentés. Inconsciemment, j’ai voulu apporter un peu de légèreté avec cette mixtape. »

LORD ESPERANZA

L’artiste signe aussi bien des titres explosifs que des introspections nostalgiques. Le temps d’une dernière danse, Scylla et Lord Esperanza marient rap et chanson. Dans ce titre aérien écrit dans un grand moment de doute, les deux rappeurs regrettent d’avoir « brûl(é) les rêves dans un bidon d’essence » pour devenir des hommes. La mixtape mêle personnel et politique, Lord Esperanza passe sans mal de l’esthétique bling bling à la critique du racisme policier, d’un rap acquis au capitalisme ou encore du sort des migrants.

On retrouve avec bonheur l’ADN musical de l’artiste mais il fait aussi la preuve d’un grand sens esthétique dans la mixtape. Et l’on ressent dans les titres l’influence cinématographique implicite ou explicite de Quentin Tarantino à Park Chan-wook en passant par Lars Von Trier. Il faut dire que Lord Esperanza est un touche à tout, qu’il associe à sa musique des visuels forts.

Les pieds sur terre

Rappeur ou chanteur, énergique ou touchant, le jeune artiste explore d’autres cieux mais montre que ses pieds sont bien sur terre avec des paroles crues, drôles et résolument politiques. Espérons que le roi de la punchline soit enfin Couronné.

C’est d’ailleurs le nom de son premier tube. Dans un auto-sacrement qui rappelle les plus grands égo-trips Napoléoniens, Lord Esperanza fait lever les commissures. Avec un second degré désopilant, l’enfant du siècle se met à la boxe. Un clip à l’esthétique marquée que le rappeur doit à 3:14 production. Et si on découvre des sonorités plus électroniques sur ce titre, la suite de l’album réserve d’autres surprises. 

« Je voulais aussi proposer un projet qui aurait au moins la qualité d’être singulier, de ne pas me confronter à un truc déjà vu. Pour le reste, j’ai pu m’octroyer des libertés parce que je savais que j’étais dans un projet concept et que j’avais pas de pression sur ma créativité. »

LORD ESPERANZA

Renvoyer l’ascenceur

Lord Esperanza profite également de la mixtape pour créer sans pression. Depuis longtemps, le rappeur rêve d’indépendance artistique. C’est l’une des raisons pour lesquelles il a créé son propre label Paramour (sur lequel sont signé Sally et Dellati). L’artiste (re)prend le contrôle et accompagne au passage les nouveaux de la profession pour « leur tendre la main comme on l’a fait pour (lui) ». Aux côtés de son meilleur ami Léo Delolme, Lord Esperanza fonde ensuite sa propre marque de vêtement du même nom. Une esthétique sobre, une éthique certaine : fabrication européenne et éco-responsable, on reconnaît bien là l’artiste qui s’est déjà engagé aux côtés de TooGoodToGo par le passé.

Et si les projets se multiplient, le rappeur fait preuve d’humilité. Il reconnaît sans peine être bien entouré, conscient qu’il est facile de s’emballer face à l’affolement des réseaux sociaux, des chiffres et d’un quotidien toujours plus effréné.

« Je suis dans un doute un peu constant, le paradoxe, c’est que j’ai l’impression de n’être qu’à l’étape 0 de tout le truc. (…) ça me permet de garder sur la tête sur les épaules, ne pas croire qu’on change le monde parce qu’on ne fait que de la musique en fait. Dès que tu sors de ta propre réalité et que tu te connectes à une échelle plus grande, on est dans le néant, au milieu de nulle part. »

LORD ESPERANZA

Exercice de style polyglotte, Lord Esperanza Dans Ta Ville EP. II est la fin d’un cycle. Le rappeur entend faire une pause après 4 ans passés « la tête dans le guidon ». Une prise de recul pour mieux continuer cette percée prometteuse.

Cette nouvelle mixtape s’écoute ici.

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Mathis Grosos.

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