Les sans-abris, grands oubliés du confinement… exposés aux Grands Voisins

Joseph ©MOSSET Michaël

“Nous ne sommes pas en voyage” est une série de témoignages de personnes S.D.F. photographiées par Michaël Mosset à l’Afghan Box*. Ces oubliés du confinement sont exposés aux Grands Voisins jusqu’au 15 août.

Ce qui est caché s’expose au grand jour au niveau du 72 Avenue Denfert-Rochereau, dans le 14ème arrondissement. Précarité, promesses sans suite des pouvoirs publics, débrouille et solitude, tant de thématiques que Michaël Mosset, photographe et travailleur social, met en lumière par cette série de portraits exposés dans l’espace partagé des Grands Voisins.

Depuis 2015, les Grands Voisins ont pris leurs quartiers dans l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Un espace solidaire en attendant l’aménagement d’un éco-quartier en 2023. Le photographe Michaël Mosset est familier des lieux, il travaille avec l’association Aurore qui permet l’insertion sociale et professionnelle de personnes en situation de précarité.

 

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Le portrait des invisibles

Il y a longtemps que Michaël Mosset a dépassé ses propres préjugés sur les sans-abris. D’abord bénévole pour les Restos du cœur, il découvre des parcours pluriels auxquels il n’est pas si difficile de s’identifier. Désormais travailleur social, il tente de donner la parole aux personnes à la rue qu’il a pu fréquenter dans son travail. Sans misérabilisme, le photographe expose des situations, des parcours qu’éclairent des témoignages denses. Pour cela, Michaël Mosset préfère l’Afghan box* à des appareils plus légers, plus discrets. L’important est de rétablir l’horizontalité avec les concernés qui repartent d’ailleurs avec leur photo.

« Souvent on a peur, parce qu’on a une mauvaise image des sans-abris. Ça nous est déjà tous arrivé, surtout dans une grande ville comme Paris, de croiser des gens en décompression qu’on appelle des fous »

MICHAËL MOSSET

Tous racontent à Michaël Mosset les difficultés du confinement dans la rue. Sans réponse des pouvoirs publics, nombre d’entre eux se sont rendus à l’accueil de jour des Grands Voisins de l’association Aurore, pour des besoins primaires, du réconfort ou une aide sociale. Ce centre qui était dédié aux demandeurs d’asile et réfugiés, a élargi son audience après la fermeture de nombreux services sociaux en mars.

Florin © MOSSET Michaël

Ces témoignages collectés par le photographe sont exposés sur la façade de l’espace partagé mais également en ligne pour une plus large diffusion. Michaël Mosset ne considère pas le projet comme une alerte. Des projets photos pour interpeler les passants, les pouvoirs publics, il y en a déjà eu. Le photographe cite en guise d’exemple l’exposition de Marc Melki Et si c’était vous pour laquelle Yolande Moreau, Houda Benyamina ou encore François Morel dormaient à même le sol. Le but de Nous ne sommes pas en voyage est avant tout de donner la parole, de réinvestir l’espace public avec ces trajectoires largement invisibilisées.

Entre les cases

Aux insécurités physique et sociale s’ajoute la peur de l’anormalité. Barrières financières, barrière de la langue se cumulent parfois à des problèmes psychologiques qui ne rentrent pas dans les cases administratives. Des troubles que peut générer la rue, largement empirés par le manque de suivi médical. Les travailleurs sociaux ne sont pas formés pour gérer les problèmes de santé physique et mentale. Avec la suppression des accueils physiques au profit du digital, le lien social se délite doucement aux dépens de ceux qui les fréquentent.

« On a l’impression qu’il manque un rouage entre l’association et l’Etat »

MICHAËL MOSSET

Si le photographe pointe le manque de places dans les hébergements, il dénonce aussi un problème structurel. Le manque de formation des travailleurs sociaux, le manque de temps, d’argent public pour des structures qui ne seront jamais rentables et n’ont pas vocation à l’être selon lui. Même les conditions pour percevoir les aides sociales témoignent d’un décalage avec la réalité : le fonctionnement de la C.A.F. (Caisse d’allocations familiales) est par exemple régional alors que beaucoup sont forcés de rester à Paris le temps de démarches administratives ou juridiques.

Les interrogés font le constat de l’indifférence générale à commencer par celle des pouvoirs publics dont les interrogés se lassent des effets d’annonce. L’incertitude est à tous les niveaux ; à court-terme avec les questions d’hébergement auxquelles le 115 peine à répondre et à long-terme avec les procédures administratives complexes dont les erreurs sont sévèrement réprimandées. Face à la difficulté de savoir où aller, surtout pour les personnes d’origine étrangère, la débrouille et l’entraide s’imposent.

Sory © MOSSET Michaël

Ce qui revient le plus reste la fatigue. Elle explique d’ailleurs le titre de l’exposition Nous ne sommes pas en voyage : nombre d’entre eux portent leurs bagages en permanence, pour dormir, aller au travail, avec la peur de se les faire voler.

« Aujourd’hui, on n’est pas une société soignante, on n’est pas dans une société où on prend soin les uns des autres. »

MICHAËL MOSSET

La rencontre avec le photographe est l’occasion pour certains de renouer avec le monde associatif. La plupart des concernés étaient présents au vernissage, un bon signe pour Michaël Mosset dont le travail est visible jusqu’au 15 août dans l’espace des Grands Voisins et en ligne juste ici. Pour l’événement facebook, c’est ici que ça se passe.

Linda © MOSSET Michaël

*A la fois appareil de prise de vue et chambre noire dans laquelle on développe et tire des photos, l’Afghan Box est un dispositif permettant de tirer des portraits en photographie argentique rapidement, souvent dans la rue (source)

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Mathis Grosos.

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