BAN vol.2 : une exposition sur la « mise au ban » rassemble photographes et jeunes licenciés du Red Star

Photographie d’Anton Renborg présentée au BAN vol.2

Deuxième mi-temps pour BAN. Les Magasins Généraux de Pantin accueilleront à nouveau, à partir du 13 juin, cette rencontre photographique entre l’objectif de professionnels et la plume de jeunes footballers.

Jules Rimet, président de la FIFA pendant 33 ans et fondateur historique du club de Saint-Ouen, le Red Star, aurait été fier de l’actualité culturelle de son club fondé en 1897 (qui pourrait bien décoller en Ligue 2 en passant). Passionné de poésie et de musique, cette personnalité du foot avait lui même créé une section littéraire artistique pour ses joueurs, un premier pas vers la mission culturelle menée aujourd’hui par la cellule du Red Star Lab fêtant ses 12 printemps.

Des ateliers d’écritures

Rassemblant 40 jeunes joueurs et joueuses entre 15 et 17 ans, le Red Star Lab a récemment initié des ateliers d’écriture pour réfléchir sur un thème commun : “être mis au ban”. Ces ateliers menés par l’écrivaine Shane Haddad (et l’équipe de BAN) – et déjà initiés lors de la première exposition BAN vol.1 à l’orfèvrerie de Saint Denis en 2019 – ont permis une rencontre entre des photographes “parfois sortis de l’école ou d’autres ayant une carrière de plus de 20 ans” et les jeunes athlètes du Red Star Lab, donnant accès à la culture à « ceux qui n’y ont pas toujours accès » comme nous précise la commissaire de l’exposition Marie Benaych.

“L’exposition BAN, porte ce message de rassemblement en mettant en exergue toutes les différences. C’est par l’art et la culture qu’on peut arriver à cette égalité tant souhaitée.”

(Marie Benaych, commissaire de l’exposition)

L’exposition Ban vol.1 à l’Orfèvrerie de Saint-Denis

Au delà du symbole de rassemblement, ces ateliers ont invité ces jeunes sportifs à “réfléchir sur leur ressenti tout en aiguisant leur sens critique” et leur ont laissé carte blanche pour choisir et commenter les photos de l’exposition, sans format imposé. Si certains ont signé des textes très courts tels des Haïkus, d’autres se sont appliqués à écrire en groupe. Pour plus de spontanéité, les fautes n’ont pas toujours été corrigées, comme nous l’explique Romain Bitton (co-producteur de l’exposition) : “c’était important d’avoir leurs textes bruts”.

« Une personne a libéré mon inspi. Une personne m’a permis de m’ouvrir. Je n’ai pas d’idée mais je remercie cette personne qui m’a l’ouvert l’esprit. »

(Nadir Mahyous, licencié du Red Star Lab)

Textes des licenciés du Red Star accompagnant les photographies de BAN vol.2

Les jeunes du Red Star prennent part au débat

L’exposition BAN vol.2 – croisant photographies suspendues en grand et moyen formats avec des textes scotchés au sol – s’articule autour de plusieurs axes pour répondre à une même question : “Qu’est-ce qu’être au ban, qu’est-ce qu’être à part, à côté d’un monde, à côté des autres ? » Brassant volontairement tous les continents (Burkina Faso, Japon, France, Angleterre), les clichés évoquent autant le problème des banlieues que celui des droits LGBTQ+, suscitant naturellement la réflexion et le débat lors des ateliers d’écritures : « C’était très fort, on a amené des débats dans les ateliers.

Et forcément certains sujets dérangent plus que d’autres… « Ils n’ont pas écrit spontanément sur une photo de drag queen par exemple, après on ne leur a pas imposé non plus, mais on en a parlé et ils sont super ouverts au débat. Ils ont tous des positions très fortes » commente Marie Benaych. Leur thème de prédilection s’oriente naturellement vers le sujet qu’ils maîtrisent le plus : leur quotidien dans les banlieues (les licenciés résident entre Saint-Denis et les environs de Saint-Ouen) ; « on a beaucoup parlé du ressenti qu’ils avaient sur la prise de parole des médias sur leurs banlieues, c’est ce qui les inspiraient le plus. » insiste la commissaire de BAN.

“L’écriture comme le foot permet de s’exprimer. Elle permet de dévoiler sa personnalité au grand public. Dans la vie, il y a toujours des choses que l’on arrive plus ou moins à exprimer. Et tout comme le foot, l’écriture permet de s’émanciper.”

(Ali Bichara, licencié du Red Star Lab)

Mettre au ban VS Mettre au banc de touche

« Mettre au ban » a beau être une expression un peu vieillotte, son sens est plus que jamais d’actualité et le mot « ban » se comprend aussi dans sa définition anglo-saxonne : “interdire”. Autre caisse de résonance, et pas des moindre, l’expression footballistique « être sur le banc de touche » dont la racine n’est pas du tout la même que celle du ban, mais qui va être confondue innocemment et inconsciemment par les licenciés du club de foot du Red Star.

« Être au ban de la société et sur le banc de touche ça résonne complètement et c’est marrant car au début, on les a un peu laissé parler du banc avec un c, et on leur a expliqué que c’était pas la même chose que le ban, mais ils ont fini par trouver un lien logique entre les deux. »

(Romain Bitton, co-producteur de l’exposition BAN)

Photographie d’Aurélien Gillier présentée au BAN vol.2

Les jeunes footballers se mettent à la photo

Bilan positif pour ces ateliers d’écritures, les licenciés se confient : « c’est la première fois qu’on nous écoute comme ça et qu’on comprend qu’on est pas bon qu’à taper dans un ballon!” Et si en premier lieu, ces derniers ont une certaine réticence à écrire, plus habitués aux devoirs de classe ou aux claviers de téléphone, ces ateliers les encouragent à écrire librement (privilégiant le manuscrit avec un papier et un stylo) et finissent par leur procurer une grande fierté : “ils sont très impliqués, ils maîtrisent ce thème et invitent même leurs professeurs au vernissage de l’exposition.”

Au début, j’ai hésité à y aller parce que je pensais que j’allais m’ennuyer ? Mais grâce au BAN j’ai découvert une nouvelle pratique et surtout j’ai pu construire une amitié.

(Hassan Zouhir, licencié du Red Star Lab)

Après le succès de sa première édition, les commissaire de BAN ont également invités les licenciés à passer derrière la caméra : “Avec des appareils photos jetables, on a fait une première semaine d’ateliers avec des initiations avec plusieurs photographes professionnels qui sont venus leur expliquer comment les utiliser”. En plus des textes, le public pourra ainsi découvrir les clichés des jeunes du Red Star aux côtés de ceux des photographes professionnels : “ils ont eu carte blanche sur ce thème ‘être au ban’, et ils ont photographié des trucs incroyables”.

Photographie de Henrike Stahl, exposée au BAN vol.2

Une exposition collaborative et solidaire

Loin des présentations impersonnelles ou des communiqués trop savants auxquelles certaines foires et expositions monumentales nous confrontent, BAN choisit ainsi de laisser son public s’approprier et réinterpréter les oeuvres exposées, les rendant instantanément plus accessibles, comme conclut à juste titre la commissaire :

“On n’aurait pas eu le succès qu’on a eu lors de la première édition de BAN si n’on avait pas fait ça avec les jeunes ! Pour le jeune public, ce sont les textes qui leur ont permis de rentrer dans les photos, car c’est une lecture différente. On peut très bien ne pas aimer les photos, mais le texte va te faire rentrer dedans”

(Marie Benaych, commissaire de l’exposition BAN)

Souhaitant apporter leur pierre à l’édifice, l’équipe de BAN, les artistes de l’exposition et les jeunes du Lab ont pris la décision de prolonger la grande vente de photographies solidaire intitulée « 12 photos x 12 assos » lancée durant la période de confinement. Chacun des 12 photographes de l’exposition « BAN Vol. 2 » a sélectionné une de ses photographies et une association bénéficiaire : un choix de coeur étroitement lié aux valeurs de la photo en question. L’intégralité des bénéfices est reversée directement aux associations qui luttent directement ou indirectement contre l’épidémie du coronavirus. Tous les tirages (40×60 cm) sont signés, numérotés, limités à 100 exemplaires et vendus à un prix unique de 100€.

L’exposition BAN vol.2 est à découvrir aux Magasins Généraux de Pantin à partir du 13 juin 2020. L’exposition sera ouverte tous les week-ends (samedi et dimanche) de 14h à 20h. En entrée libre.

Plus d’informations sur les ateliers ici.

Abigail Ainouz

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