GLAUQUE prend sa plus belle plume pour sa voisine : « je t’écris cette lettre, qu’elle au moins te rejoigne »

Crédit : Mayli Sterkendries

Louis, chanteur et parolier de GLAUQUE, nous raconte sa quarantaine depuis Namur en Belgique. D’une écriture sensible, il signe une correspondance imaginaire avec sa voisine. Une déclaration nocturne.

En mars dernier, le collectif GLAUQUE a sorti un premier EP éponyme sur son propre label Ecluse, à mi-chemin entre electro lancinant et chanson à texte, le tout imprégnée d’un spleen contemporain certain, et tissant un lien étroit le genre le hip-hop.

Le groupe namurois ne pouvant bien évidemment pas honorer sa tournée pendant la quarantaine, il nous propose de plonger dans son quotidien. Louis, le chanteur et parolier de GLAUQUE a écrit un texte de nuit, au sujet de son confinement dans sa ville de Belgique. Suggérant une écriture automatique, cette lettre qui peut paraître un brin fataliste, porte une double lecture lumineuse, comme il le clame si bien sur Vivre« On est tous voué à vivre ».

Journal de bord de Louis, parolier de GLAUQUE

« 2 h du mat je vois les lumières allumées depuis ma fenêtre, le temps d’une cigarette la solitude commune dessine un nouveau paysage.

Ca fait longtemps que je vis ici, pourtant c’est la première fois que je vois des visages. Que je distingue des apparts, des bouts de salons, ou de corridor, une rampe d’escalier, un balcon, je m’ouvre une bière, encore une heure perdue sur l’ombre d’un corps.

Imaginer l’odeur, l’ennui d’une autre pièce où ces gens dorment. Pas aujourd’hui. Moi je fume normalement ma clope estime le nombre de mètres qui me sépare de leurs portes. Me demande si ma voisine est conne ou bien charmante, avant je ne savais pas si c’était un homme : je passe de l’imagination à l’apparence.

Est-ce que tu dors ou est-ce que tu es de l’autre côté de la tienne ? Est-ce que l’angoisse te gagne ? Duel à mort entre manque et distance, je t’écris cette lettre qu’elle au moins te rejoigne.

Tu reviens de soirée, épuisée par le mouvement des corps, un bourdonnement dans l’oreille car le son allait trop fort. En étant sûre que les acouphènes ne durent qu’un temps.

Tu rigoles à tue tête en te disant qu’on fait tant pour rien, trop bruyamment, comme d’habitude, ta voix s’écrase sur les réverbères, allumés comme d’habitude, à l’heure où normalement mes voisins dorment, là où je fume.

Ta voix se réverbère, ou alors non. T’es allée prendre l’air, trop à l’étroit dans ton navire, ce soir, tu avais le goût de la mer, des aventures uniques, des maladresses d’ivresse, tu as choisi les deux. Ce soir tu es à toi, non plus à eux, non plus à moi.

Déplaise à ceux qui te trouvent belle ce soir, tu n’aimes pas ceux qui cherchent, pas ceux qui cèdent à ton mirage, tu n’aimes que ceux qui savent. Est-ce que tu dors ou est-ce que tu es de l’autre côté de la tienne ? Est-ce que l’angoisse te gagne ?

Duel à mort entre manque et distance, je t’écris cette lettre qu’elle au moins te rejoigne. »

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