Journal de bord de J.B. Soulard : « Le confinement, c’est un peu ma campagne de Russie »

crédit : Hugues Anhes

A l’aube de cette 28e journée de quarantaine, le folk writer nous raconte son « camp de base en famille » et son quotidien qui résonne étrangement bien avec son album Le Silence et l’eau, une invitation à l’introspection et l’ermitage.

En février dernier on découvrait l’album Le Silence et l’eau réalisé et écrit par le guitariste de Palatine, aka Jean-Baptiste Soulard, s’évadant le temps d’un disque solo… dans une nature sauvage inspirée par le livre de Sylvain Tesson, un classique de voyage et d’ermitage : Dans les Forêts de Sibérie. Sur ce disque, JB a convié que du beau monde : JP Nataf, Blick Bassy ou encore la chanteuse Bessa pour le sublime morceau Grand Baïkal nous emportant avec lui dans un voyage introspectif fantasmé, entre calme et solitude, dans une faune et une flore isolées de la fureur des villes.

A l’heure du grand confinement, cette solitude résonne forcément pour J.B. Soulard, cette invitation à « prendre le temps, à contempler », c’est ce qui nous reste à faire dans cette période étrange de confinement, comme il l’écrit si bien dans son carnet de bord et sa vidéo poétique ci-dessous. Bon voyage intérieur !

« Camp de base en famille » : la vidéo

Journal de bord de Jean-Baptiste Soulard

« Et puis c’est arrivé… Nous nous sommes tous retrouvés confinés sans avoir eu même le temps de prendre la mesure de ce qui arrivait. Les masques de protection n’ont même pas eu le temps de tous pointer le bout de leur nez dans les rues… Alors aujourd’hui on observe tristement les dégâts, postés dans nos camps de base respectifs. Tout cela est grave.

Et puis l’asile… Il en est question tout au long de mon disque. L’une des onze chansons porte ce nom d’ailleurs. Cet Asile, je l’avais souhaité, désiré, fantasmé mais je n’avais jamais imaginé qu’il puisse nous l’être imposé dans un tel contexte. Drôle d’écho pour une drôle de vallée désertée…

Me voici avec les miens dans cette maison violette prêtée par une amie de la famille.

Les jours se sont mis à se ressembler encore plus qu’à l’accoutumée, un peu comme dans ce film avec ce bon vieux Bill Murray: « salut, c’est le jour de la marmotte ! », oui tu sais, « un jour sans fin »!

Alors depuis près de trente jours maintenant, je vis pleinement ces sensations de « déjà vu » en essayant de les transformer en moments de « pleine conscience », ce terme si cher à notre Christophe André national.

Le cynisme, défense et réflexe libérateur en ces temps confinés, ça vous arrive aussi ? De toute façon, pas d’exigence de rendement, le monde est sur pause.

Difficile d’ailleurs d’être artiste aussi. La production de divertissement pour offrir un peu d’évasion me semble nécessaire mais je manque de temps. En effet, je m’occupe de mes deux enfants : trois ans et dix mois, full time job.

La pratique musicale est même devenue accessoire ; cantonnée à quelques arpèges entre 19h30 et 20h; après le repas en famille et avant le JT de l’apocalypse. 

Finalement, j’expérimente enfin ce sur quoi je travaille depuis trois ans à travers ce projet Le Silence et l’eau

Le confinement, c’est un peu ma campagne de Russie si j’ose emprunter le terme à l’Histoire. Cloîtré dans mon ISBA connectée en WIFI.

Pas de balades en forêt, pas de Sibérie, confinement oblige; mais des gestes simples et une allure de tortue.

Il y a aussi ma chérie et sa lutte quotidienne pour « télé-travailler » en toute quiétude avec les enfants. LOL.

Aujourd’hui, FIP m’a permis de découvrir le nouveau projet de Sufjan Stevens.

Aujourd’hui, j’ai essayé d’être créatif et léger en t’écrivant ces lignes et en réalisant ce montage vidéo sur mon téléphone : privilège du progrès.

Et puis j’ai mis en bande son ce morceau Débâcle que j’ai composé au piano qui illustre dans mon disque la fonte des neiges au printemps.

Assister à la débâcle, c’est un peu comme observer le temps qui se liquéfie, alors l’emploi de cette musique m’a paru légitime dans ce montage qui raconte le temps qui se dissout.

Voilà mon témoignage pour ce vingt-huitième jour, ni plus ni moins.

Et puis ce n’est pas tous les jours qu’on se réveille à côté de Bill Murray ! Bill Murray, c’est un peu la caution sourire en ces temps tourmentés, cet ami flegmatique au sourire crispé qui nous fait du bien dans ce moment grave.

Alors espérons que Bill sera encore là à nos côtés demain car c’est important. »

Retrouvez tous nos carnets de bord ici.

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