Lis-moi fort : passer un peu de (bon) temps avec la poésie érotique classique

Source : @cecile_hoodie

En dehors de Pornhub Premium et de vos échanges tardifs en quarantaine, savez-vous que les plus grands écrivains sont aussi là pour vous divertir et combler votre libido (un peu) envahissante ?

Romans, poésies, nouvelles ou podcasts, voici quelques lectures pour vous faire passer un peu de (bon) temps. Seul(e) ou accompagné(e) d’un partenaire (réel ou en matière plastique), il est important de se faire plaisir en ces temps où votre lit fait office de salon, bureau, bibliothèque et salle à manger peut-être.

Le bon Jean-Jacques Rousseau… 

… l’a dit il y a déjà quelque temps, il existe depuis toujours des ouvrages à lire d’une seule main, et les Livres érotiques sans orthographe (Rimbaud, Une Saison en enfer, Délires II, Alchimie du verbe) encombraient ce que l’on appelait naguère l’Enfer des bibliothèques. Il existe d’ailleurs d’excellentes anthologies de ces textes en prose, parmi lesquels on trouve même d’estimables auteurs, soit spécialisés comme le Marquis de Sade ou Pierre Louÿs, érotomane distingué (ou pas), soit plus attendus dans d’autres lieux, comme Musset (Gamiani) ou Apollinaire (Les Onze mille verges).

Il faut dire pourtant que la lecture de ces pages provoque le plus souvent, au bout de quelques minutes, un ennui profond et que l’on a en effet besoin de sa deuxième main pour cacher un long bâillement d’ennui. Tournons-nous donc plutôt vers la poésie qui, par sa brièveté, peuple notre imagination sans nous lasser, et éveille les sens sans les émousser…

Source : @Cecile_hoodie

Le coup d’envoi est donné…

… par cette curieuse épidémie (désolé) que fut, au début du XVIe siècle, la prolifération d’un véritable genre poétique appelé le « blason anatomique du corps féminin », lancé par le poème de Clément Marot : Du Beau tétin, blason décliné par d’autres poètes pour toutes les parties du corps féminin, y compris bien sûr le con (sexe de la femme) et le cul, genre que l’on pourra, au choix, considérer comme l’ultime, et humiliante, réification de la Femme ou comme une célébration de la beauté du corps féminin.

« Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon,
Qui fais heurter souvent ton compagnon
Et tressaillir, quand son amie on embrasse
Pour accomplir le jeu de meilleure grâce. »
Eustorg de Beaulieu (Blason du cul)

Qui ne connaît, Pierre de Ronsard…

… Et son fameux Mignonne allons voir si la rose dont un esprit mal tourné pourrait faire une lecture moins innocente que le sens obvie, mais n’est-ce pas la cas de toute poésie, et l’un de mes bons et savants professeurs nous disait souvent que les parents seraient bien étonnés de savoir ce que sont vraiment les blancs moutons que la bergère doit rentrer… Dans ses Amours de Cassandre, le prince des poètes, amoureux fou de Cassandre Salviati, son égérie, sa muse, imagine aussi son amour avec elle mais cette fois de façon (encore plus) explicite.

« Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
les lascifs selon les guises
des amants qui librement
pratiquement fôlatrement
dans les draps cent mignardises. »
Pierre de Ronsard

Source : @cecile_hotties

Paul Verlaine et son amant

Beaucoup le connaissent pour sa liaison avec Arthur Rimbaud, sa rupture à Bruxelles et les coups de revolver qui blessent celui-ci, on connaît moins ses recueils érotiques comme Femmes qu’il publie secrètement en 1890 et dans lequel se trouve le poème Gamineries qui n’a d’enfantin que le titre. On appréciera le dernier vers où la métonymie du regard évoque l’évidence d’un corps.

« Et les tétons de déborder
De la chemise lentement
Et de danser indolemment,
Et de mes yeux comme bander. »
Paul Verlaine

Son fameux amant, Arthur Rimbaud, précoce en son génie et en amour a beaucoup aimé se moquer de la poésie classique, notamment dans son sonnet du trou du cul, que nous vous laissons découvrir (on va pas vous livrer toutes les pépites non plus !). Nous évoquerons par contre Première soirée, poème d’une grande fraîcheur et d’une audace joyeuse paru dans son premier recueil Les cahiers de Douai. Savourons la maladresse adolescente et les petits cris de la bien-aimée.

« Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
– Elle jeta sa tête mièvre
En arrière :  » Oh ! c’est encore mieux !… »
Arthur Rimbaud.

Source : @artsgoat

Autre beau monument : Le con d’Irène

Roman surréaliste et modèle de prose poétique, Le Con d’Irène est publié clandestinement par Louis Aragon en 1928, donc bien avant sa période Elsa Triolet (muse et épouse de l’auteur à laquelle il a consacré la plus grande partie de son œuvre). Ce roman a toujours fait l’unanimité. Albert Camus le voyait comme le « plus beau texte touchant à l’érotisme ». Même si résumer cette œuvre est ardu, on peut dire qu’il s’agit de la découverte de la liberté, de l’émoi, des joies de la volupté éprouvées par une jeune femme : Irène, dont l’organe principal de connaissance d’elle-même et du monde est son sexe. Irène allégorise ici son désir au travers de l’image du poisson plein de vie et tout en mouvement:

« Poissons vous n’échangez pas de lettres d’amour, vous trouvez vos désirs dans votre propre élégance. Souples masturbateur des deux sexes, poissons, je m’incline devant le vertige de vos sens. Plût au ciel, plût à la terre que j’eusse le pouvoir de sortir ainsi de moi-même. Que de crimes évités, que de drames repliés dans le trou du souffleur. »
Louis Aragon

Source : @emirshiro

Passons à Paul Valéry…

En 1938, le poète Paul Valéry a 67 ans, c’est un père et un époux modèle lorsqu’il tombe amoureux d’une femme deux fois plus jeune que lui. Sa passion le pousse à écrire ce qui n’était jamais sorti de sa plume avant : des lettres d’amour, presque mille, et des poèmes sublimes, réunis dans le recueil à la triste résonance aujourd’hui Corona et Coronilla (Couronne et petite couronne). Jeanne Loviton, qui écrivait sous le pseudonyme de Jean Voilier, était un mythe, une égérie, une muse.

Amoureuse de l’amour, elle a fait tomber à genoux de nombreux écrivains comme Giraudoux ou Saint-John Perse. Le jour de Pâques 1945, Jeanne apprend à son amant qu’elle en épouse un autre. Paul Valéry meurt (de chagrin ? enfin, nous, on le pense) quelques semaines plus tard. Voici comment l’amour fou dialogue avec la beauté du fantasme:

« L’heure de Toi, l’heure de Nous
Ah !… Te le dire à tes genoux,
Puis sur ta bouche tendre fondre
Prendre, joindre, geindre et frémir
Et te sentir toute répondre
Jusqu’au même point de gémir…
Quoi de plus fort, quoi de plus doux
L’heure de Toi, l’heure de Nous ? »
Paul Valéry

source : @cecile_hotties

Dernière évocation érotique : Boris Vian

Il y a pile cent ans, naissait Boris Vian, ce poète facétieux et auteur de l’Ecume des jours, roman adoré par tant de jeunes amoureux. Eh bien, lui aussi prit plaisir à écrire des poèmes intimes. Le plus marquant étant Liberté, qui reprend le grand Liberté j’écris ton nom de Paul Eluard, sorte de plagiat et d’hommage à ce cri de la France résistante. Vous pouvez l’écouter sur le site du Verrou (plateforme de podcasts qui permet de redécouvrir des textes littéraires excitants, grâce à des voix soigneusement choisies pour faire naître de nouveaux fantasmes et désirs.) Voici une strophe, toute en métaphores:

« Sur ton ventre bouclier
Sur tes cuisses écartées
Sur ton mystère à coulisse
J’écris ton nom. »
Boris Vian

A vous maintenant d’explorer ce réseau poétique, de choisir votre poète-amant audacieusement virtuel et de faire de belles rencontres littéraires et auditives. Et comme écrivait Boris Vian, toujours lui, je vous laisse, « sexuellement, c’est-à-dire avec mon âme. »

MG Merveilles

A écouter via Audible : Poésie Erotique : anthologie en 110 poèmes

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