Mes voisins (en quarantaine) : une série photo signée Margaux Stypak

Crédit : Margaux Stypak – pris avec un smartphone

Depuis son logement du 18e arrondissement, Margaux Stypak capte des moments de vie de ses voisins sortis prendre l’air sur leurs balcons, ceux d’un immeuble aux innombrables petites cellules de béton et de vie. Poétique et fascinant.

Margaux Stypak est photographe et depuis le début du confinement, elle observe ses voisins derrière son objectif (et depuis sa fenêtre). Loin du voyeurisme, ses clichés du quotidien sont touchants et captivants.

Habituée à signer des séries très émouvantes sur le quotidien, les passants ou même les petits vieux (son sujet de prédilection – dont elle avait exposé une série en plein air dans le jardin partagé Baudelire en 2018), la photographe a su nous toucher avec cette série Mes voisins,  racontant le quotidien de français confinés : un petit vieux qui fait les 100 pas sur son balcon, un autre qui fait du vélo d’appartement, une troisième qui prend un bain de soleil… Rencontre.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Margaux Stypak (@margauxstypak) le

Où est-ce que tu es confinée et avec qui ?
Margaux Stypak : Je suis confinée avec mon amoureux dans le 18ème arrondissement à Paris.

D’où est-ce que tu prends ces photos ?
Je prends ces photos depuis ma chambre d’où j’ai la chance de pouvoir voir ces immeubles et toutes ces scènes de vie depuis le début du confinement.

Quel matériel utilises-tu pour cette série ?
J’utilise uniquement mon téléphone portable.

Qu’est ce qui te fascine autant dans cette série prise à ta fenêtre ?
Devant moi sur leur petit balcon, il y a des hommes et des femmes qui téléphonent, qui font les 100 pas, qui font du vélo, qui nettoient avec acharnement, qui regardent leurs plantes pousser, des enfants qui jouent, des couples qui bavardent. Des scènes individuelles que je peux observer et capturer alors que les gens ne se rencontrent pas.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Margaux Stypak (@margauxstypak) le

Est-ce qu’il y a aussi une part de tragique ?
Il y a en effet une part de tragique beaucoup moins visible, latente : des malades, des gens qui doivent travailler, des personnes âgées qu’on imagine trop seules, des volets qui ne s’ouvrent presque jamais et tout ceux qui ne sortent pas, que je ne vois pas.

« Les images de ce monsieur qui marche tous les jours pendant 20 minutes sur son balcon ont suscité des sentiments contradictoires de la part des gens. » 

Certains trouvent ces images très tristes, le fait qu’il soit obligé de tous les jours s’imposer des dizaines voir centaines d’aller-retours sur son balcon plutôt que dehors…. d’autres trouvent que ce monsieur est très courageux de continuer à faire autant d’exercices… à chacun de se raconter son histoire.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Margaux Stypak (@margauxstypak) le

Le fait que tes voisins soient sur leur balcon, à la vue de tous, ça rend ce travail moins indiscret selon toi ?
J’assume pleinement le côté voyeuriste de cette série. Je vole souvent des photos de gens dans la rue aussi ! C’était le cas lors de ma série ​Mes vieux​. Je partage ces photos volées lorsque je trouve qu’elles ne mettent pas les gens dans des postures dévalorisantes et s’y je pense qu’elles pourront communiquer quelque chose de collectif, une histoire intéressante.

« Pendant que les jours filent et nous conduisent dans le flou total du temps d’après, je tire des flèches obsédantes entre mon passé, mon présent et ce que j’ai pu en écrire pour tenir dans ce monde – archer confiné. Car on dirait bien qu’il n’y a pas plus d’horreur à regarder ce virus comme l’ennemi principal que comme le symptôme sournois et puissant d’une histoire longue qui nous appelle à réagir depuis bien longtemps. » LAZARE

Sur ton compte instagram, tu cites des lignes de poésie (cf ci-dessus) pour accompagner ta série Mes voisins. Tu peux nous en expliquer le choix ?
Il s’agit d’extraits ​du texte Sous la croûte le bruit ardent des vagues tant qu’y reste un souffle, publié il y a quelques jours par le poète et dramaturge Lazare. Ce texte m’a beaucoup touché par sa puissance politique et empathique. Nous trouvions avec Lazare que ces mots et mes photos, vidéos pourraient faire un bon duo. Je vais continuer à publier photos et vidéos avec d’autres extraits dans les jours, semaines à venir sur instagram.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Margaux Stypak (@margauxstypak) le

Quelles sont tes occupations principales pendant cette quarantaine ?
Je travaille à distance. Je regarde beaucoup les gens depuis ma fenêtre, j’ai avoir le luxe de pouvoir m’ennuyer. Je me suis mise au polonais et viens de finir deux livres que je vous conseille fortement : U​ne ville à coeur ouvert ​de ​Żanna Słoniowska e​t ​Des nouvelles d’Agafia, ermite dans la taïga de Vassili Peskov. Je vous recommande aussi de tester les recettes du chef Taku Sekine (ndlr : le chef du fameux Cheval d’Or et de Dersou) sur Instagram.

Quels photographes tu nous recommandes sur instagram ?
J’adore les photos instantanées de Yan Leuvrey (@yan_leuvrey), les portraits d’Alexis Vettoretti (@alexisvettoretti), le quotidien japonais selon Fred Mery (@fredmery) et les photos nécessaires d’Ali Arkady (@ali.arkady).

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Yan Leuvrey (@yan_leuvrey) le

En poursuivant votre navigation, vous autorisez l'utilisation de cookies pour vous permettre une meilleure expérience et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus