GLOBAL NETWORK : le duo le plus mal référencé de l’histoire de la musique mérite d’être écouté (plutôt deux fois qu’une)

Loris à gauche et Nils à droite – crédit Emmanuel Testard

Loris Sasso et Nils Peschanski ne laissent que très peu d’indices sur la toile mise à part de très bons morceaux comme The Flow, croisant timbre de crooner, good vibes et bidouille analogique. Rencontre avec ces “randoms guys” à retrouver en concert le 27 mars au Pop Up du Label (Paris).

Avant la sortie de leur premier EP le 27 mars prochain et à l’occasion de leur showcase au festival BISE à Nantes en janvier dernier, nous avons rencontré le duo GLOBAL NETWORK, l’occasion de leur tirer le portrait…

Après avoir bourlingué dans pas mal de formations différentes (notamment Le Vasco pour Nils et Air Bag One pour Loris), ces deux copains de lycées se retrouvent sur la paille avec ce goût un peu amer des groupes qui “ont fini par spliter et failer”. Forts de leurs expérience live, Loris et Nils décident de se lancer dans une nouvelle aventure : des sessions d’expérimentations nocturnes dans le home studio de Loris. “Et puis on a eu de plus en plus de sons et on s’est dit qu’il fallait concrétiser ça.”

Nos deux joyeux lurons – qui veulent tout sauf se prendre la tête – décident alors de prendre le chemin de l’autodérision et du second degrés en choisissant un nom de baptême tout ce qui a de plus banal : GLOBAL NETWORK.

On cherchait des noms random, genre Cool Music Company, très second degré. Et GLOBAL NETWORK ça sonnait vraiment comme ces mans pas très doués qui vont créer leur start-up qui ne va jamais être référencée.“

La culture de supermarché

La machine est lancée, et pour boucher les trous dans l’indispensable communiqué de presse, pas moyen de raconter des cracs, ils assument et arborent fièrement la banalité de leur adolescence en banlieue, l’Essonne pour Nils le pianiste et le 94 pour Loris l’autodidacte : “On n’a pas grandi ensemble Loris et moi, mais j’ai l’impression qu’on a eu la même vie de banlieue. Il vivait juste à l’est et moi à l’ouest“ confie Nils.

En banlieue, c’est cet espèce de doux ennui qui créer une forme de détermination : tu t’organises en réseaux, il y a les MJCs, tu galères sans caisse… mais c’est loin d’être punk ou violent ”.

Cette banlieue est le terreau de leurs premiers émois musicaux. Cette nourriture qu’ils vont chercher ado et consommer dans les supermarchés, dans un environnement populaire : “Entre 8 et 14 ans, ta culture tu vas la chercher aux Ulis 2, dans un hypermarché, pendant que tes parents font les courses”. L’éducation underground leur vient un peu plus tard, diguant sur les plateformes de téléchargements à la force du poignet, “avant Youtube, tu cherchais ta musique sur eMule ou Limewire, tu téléchargeais les trucs et souvent c’était pas les bons !” (rires)

La débrouillardise… et MTV

Dans ces années 90, où aucune application n’est vraiment utilisable clés en main et où les forums sont rois pour avancer dans la production musicale : la débrouillardise n’est pas un luxe mais une nécessité pour les ados que sont alors Loris et Nils : “il fallait que tu crack ton appli, réussisse à dézipper ton fichier… Et je pense que notre génération elle a cette culture, de voir le décor d’une application et savoir comment ça fonctionne sans être des oufs de programmation.” GLOBAL NETWORK est ainsi né de cette consommation musicale hybride, vivant la lente transition entre le support physique et l’hégémonie du streaming.

Dans leur discothèque de coeur, on retrouve un melting-pot bien garni de clips MTV, d’une culture fourre-tout des années 2000, de Skip Not à Blink182 en passant par Kool and the Gang… “j’ai vraiment eu un style différent par année : métal puis funk…” renchérit Loris

Crédit Anh Phi Nicolas Tran

Libre de format

A contre courant de la vague actuelle d’artistes très “marketés” par leur image et leur personnalité (Angèle, Michel, Roméo Elvis…) Global Network prône plutôt cette liberté d’expression : “C’est un objectif d’être libre vis à vis des formats”.

En France , c’est un peu le retour à l’époque Yéyé avec le culte de la personnalité des chanteurs : Angèle, Michel, Roméo… On met plus en avant leur personnalité et ce qu’ils disent, que leur musique.” Nils

Et ce qui fait aussi le charme de GLOBAL NETWORK c’est leur spontanéité. Lassés des stratégies marketing à rallonge, ils se lancent sans format précis, ni étiquette : “On voit ça au jour le jour, on a pas trop réfléchi sur nos sorties ou quoi, c’est pour ça qu’on trouve pratiquement rien sur nous sur internet, on voulait juste faire plein de concerts d’abord”.

Un premier concert… en prison

Leurs premiers concerts sont d’ailleurs tout aussi peu conventionnels que leur musique : d’une prison à une MJC dans le 91, en passant par un piano voix dans une église et un live dans un festival traditionnel slovène… “on a fait un peu de tout et n’importe quoi, des teufs chez des copains…” ironise Loris. Démerdards et forts de leurs expériences live passées, ils se trouvent des dates DIY : “comme je suis pas mal impliqué dans le milieu associatif de mon département, et bien on a commencé à faire la tournée de l’Essonne.nous explique Nils.

“On a fait un concert en prison, dans le 77, à Réau, dans la prison longue peine sud francilienne… Juste un mois avant une évasion spectaculaire avec hélicoptère !” Nils

En live, le duo se donne la possibilité de pouvoir tout changer en fonction du public et de ses humeurs : “quand tu travailles avec un ordi souvent tu créé des bandes et c’est plus figé. C’est trop chiant, tu as un écran entre toi et les gens. À chacun de nos live, on improvise, on change des structures. On aime se surprendre tous les deux. “ précise Loris.

On s’arrête jamais de faire évoluer notre musique en live, et c’est ça que les machines analogiques nous permettent.“ Nils

Le son analogique au service de l’improvisation

Et pour leurs improvisations scéniques, rien de tel que le son analogique, où rien n’est figé justement. Un de leurs joujoux préféré en la matière reste une marque suédoise répondant au doux nom de Elektron, reproduisant la complexité et la performance des machines analogiques avec la précision des réglages numériques. Aujourd’hui il y a un retour à l’analogique, et il se créer plein de nouvelles machines qui mélangent le numérique et l’analogique. “

Sans souffrir d’un manque d’ambition, Global Network nous résume chercher du “kiffe au jour le jour sans prise de tête car on a eu ça avec nos premiers groupes, et ça part vit les promesses, les projections qu’on met sur toi et qui t’empêche de profiter de tes concerts au jour le jour.”

La dinguerie de ces deux milléniaux reste finalement très en phase avec la génération Z : un zapping de genres et une curiosité évidente qui court-circuite ces gars de l’Essonne… vers la scène anglo-saxonne. Et oui, GLOBAL NETWORK est déjà invité au prestigieux festival The Great Escape au printemps prochain ! Bienvenue dans l’ère GLOBAL NETWORK!

En attendant la sortie de leur premier EP le 27 mars prochain, découvrez leur univers sur Soundcloud.

En concert :
13 mars au Krakatoa de Bordeaux,
20 mars au festival Nouvelles Scènes de Niort
26 mars à la Seine Musicale pour le festival Chorus
27 mars au Pop Up du Label à Paris (Release Party).

Abigail Ainouz

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