« Ma matrice, c’est le monde ouvrier » : l’interview éclairée (voire allumée) de Fils Cara

Fils Cara – © PE Testard

Fils Cara, dernière signature du label Microqlima se base sur ce qu’il connait pour mieux créer : ses origines stéphanoises en particulier. Son premier EP Volume se savoure sans compromis, à écouter en live au Pop-Up du Label à Paris le 29 janvier.

Rap poétique ou poèmes rappés ? Difficile de ranger dans une case le travail de Marc, aka Fils Cara, qui passe entre les mailles du filet de la catégorisation. Aujourd’hui rangé dans la case « musique urbaine », ce qui « ne veut rien et tout dire, mais la catégorie est nécessaire, depuis Aristote » selon le jeune homme. Fils Cara « fabrique de la musique » avec finesse, surtout et amour, beaucoup.

« Ma matrice, c’est le monde ouvrier »

Si le jeune homme quitte Saint-Etienne pour monter à la capitale et « rejoindre le label Microqlima« , il ne renie en aucun cas ses origines. « Dès que je suis arrivé à Paris, j’ai trouvé un travail. C’est comme ça que j’ai été élevé, c’est le monde que je connais » confie-t-il avant d’ajouter : « On ne change pas de paradigme à l’intérieur ».

Cara, c’est le prénom de sa mère. « Fils Cara » est donc « une façon de lui rendre hommage » raconte-t-il en précisant : « J’ai été élevé par ma mère, elle-même élevée par sa mère, elle-même élevée par sa mère ». Dans la droite lignée de ces femmes dont il descend, il conclut en souriant : « je me sens parfois comme la quatrième femme de cette lignée ! ». Issu du monde ouvrier, le jeune homme raconte que ses parents « n’ont pas pu prendre le temps de réfléchir », une façon pour lui d’allumer le flambeau pour le tendre fièrement aux siens.

« Je ressens le mépris de classe à Paris »

« Je travaille dans un magasin bio la journée, pour payer mon loyer ». Un quotidien normal pour la majorité des Français, qui contraste avec « les gens qu'[il] côtoie aujourd’hui ». Mais cette confrontation des moeurs et habitudes est fructueuse : « je travaille avec eux et on apprend l’un de l’autre » affirme-t-il, son thé au gingembre à la main. Sa méthode d’adaptation est originale, à son image : « je me construis en tant que fiction ». Prendre un alias, se construire un personnage, tout cela « permet de m’exprimer pleinement ».

 

« Je ne me sentais pas légitime, ma parole n’était pas légitime »

Le jeune homme précise avec empressement : « ma mère ne m’a jamais empêché de faire de la musique » mais se lancer était « un écart, une revendication ». Aujourd’hui Fils Cara prend confiance, surtout depuis le 15 janvier 2020, après avoir fait la première partie de Philippe Katerine à Bruxelles : « Je l’ai vécu comme une validation. On m’a appelé une semaine avant le concert, je n’y croyais pas ». Rencontrer et partager la même scène qu’un génie rassure. « Katerine est à l’image de son personnage dans le film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar. » On imagine tout à fait Philippe Katerine « en slip à discuter en coulisses ou allongé au sol en appelant un taxi. C’était fou ».

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Entre Nietzsche et Nirvana

« On est connecté en permanence » affirme Fils Cara, pensif, se lançant dans une jolie définition de l’artiste : « Katerine est véritablement déconnecté, en phase avec lui-même ». Mais la référence ultime de Fils Cara reste toujours Nirvana, « une référence au sens métaphysique, une énergie ». Il finit par conclure « J’aimerais être un gros débile. Un gros débile, c’est Kurt Cobain qui sort d’un concert et qui dit à un gamin ‘Don’t smoke !’ une cigarette à la bouche. Il a été plus loin que Nietzsche ».

« Il n’y a pas de hiérarchie dans le divertissement »

Fils Cara a fait des études d’histoire de l’art et ses connaissances influent largement sur son travail. « Une chanson doit être consommée, c’est le système du capital. Je produis un bien voué à la consommation » résume-t-il avec sagesse, mentionnant Adorno et Nietzsche en souriant. « On en pense bien ce qu’on veut, mais je fais partie d’un système que j’entretiens » ». Fils Cara va plus loin dans sa réflexion. Pas question d’être méprisant, quitte à affirmer : « Fils Cara, Christophe Maé, c’est la même chose. La même chaine de production et de distribution, le même format et la même industrie ». Pas les mêmes textes ni la même densité, mais ce n’est que notre avis.

Des prochaines dates de concert ? 

Fils Cara sera en concert au Pop-Up du label (14 Rue Abel, 75012) le 29 janvier. On pourra également le voir au Chorus Festival, à La Seine Musicale (Ile Seguin, 92100) du 25 au 29 mars 2020. « Booba en tête d’affiche, avec Kalash, 13 Block.. Des grandes figures du rap. Et moi, rive gauche, piano assis et moi debout. Qu’est-ce qui va se passer ? » Un beau moment, sans aucun doute.

A écouter : sur toutes les plateformes de streaming 

En concert : retrouvez ici ses prochaines dates de concert et les billetteries

 

Reuben Attia

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