Cap sur le pays du Soleil Levant avec le Japan Connection Festival à la Gaité Lyrique


Les projections visuelles d’Akiko Nakayama lors du live de Soichi Terada, Kuniyuki Takahashi et Sauce81 lors de l’édition 2019 du festival © Le Viet Photographie

Après une magnifique première édition, le festival revient du 3 au 4 avril avec la fine fleur de la scène électronique japonaise et des arts visuels. Rencontre avec Hugo LX, parrain et curateur du festival.

L’année dernière, le Japan Connection Festival nous a bluffé en proposant un line-up dantesque, réunissant des légendes telles que Soichi TeradaKuniyuki Takahashi, Toshio Matsuura ou encore Satoshi Tomiie. Parrainé par le producteur et multi-instrumentiste Kuniyuki Takahashi et par le producteur français Hugo LX, le festival remet le couvert cette année et nous propose un voyage à travers l’incroyable richesse de la scène électronique nippone.

Revivez l’incroyable live de Soichi Terada, Kuniyuki Takahashi et Sauce81 lors de l’édition 2019 du festival :

Une programmation musicale pointue et éclectique

Côté programmation, les organisateurs ont frappé fort, avec la venue de Daisuke Tanabe dont la musique mélange électronica, breakbeat et hip-hop. Sont également conviés le roi de la minimal japonaise DJ Masda, fondateur de l’excellent label Cabaret Recordings, mais également DJ Nori & Hugo LX qui joueront en B2B. Le parrain du festival Kuniyuki Takahashi présentera un live deep house teinté de jazz et d’afro aux côtés du DJ et compositeur allemand Henrik Schwarz et un autre live minimal, introspectif et mental aux côtés d’une autre légende de la musique électronique japonaise : Satoshi Tomiie. Connue pour ses lives intenses, pour lesquels elle a été conviée dans les clubs les plus pointus de la planète comme Fabric à Londres ou le Panorama Bar à Berlin, la prodige de la techno minimale Akiko Kiyama présentera à la fois un live sous son alias Aalko et un DJ set dans la soirée de samedi à dimanche.

Des arts visuels et numériques protéiformes qui viennent magnifier la musique

Pensé comme une expérience sensorielle totale et un pont d’échanges créatifs entre l’Europe et le Japon, le festival a également convié certains des artistes et performers visuels les plus en vue du moment, comme le danseur Hiroaki Umeda qui présentera Holistic Strata, savant mélange de danse qui entre en résonance avec des particules en mouvement ou encore Akiko Nakayama qui en avait mis plein les yeux aux festivaliers l’an dernier avec son « alive painting ». Les expériences musicales et visuelles immersives de Inter-City Express, Nonotak et de Synichi Yamamoto sont également au programme.

Rencontre avec Hugo LX, parrain de la seconde édition du Japan Connection Festival


Hugo LX lors de l’édition 2019 du festival © Le Viet Photography

Tu as un lien particulier avec le Japon ayant passé plusieurs années là-bas : quelle influence ce pays a-t-il eu sur ta musique ?

C’est surtout mon processus créatif qui a (le plus) changé. Etudier l’architecture (c’est ma formation) à Kyoto, et côtoyer de nombreux artistes et artisans japonais, aussi bien dans le design, la musique ou le vêtement, m’aura permis de repenser le « faire » et le « savoir faire ». Il y a également cette ambiance, cette nostalgie indescriptible, particulièrement dans le Japon rural… Même le monde de la nuit est là-bas unique en son genre. J’espère pouvoir transmettre un peu de cette émotion à travers les artistes que nous invitons.

« Etre artiste au Japon, c’est le plus souvent sortir du système social de caste en place là-bas, et être membre de ce milieu à part entière. »

Est-ce que tu peux nous partager 3 découvertes musicales majeures qui tont particulièrement marqué là-bas ?

Les regrettés Susumu Yokota et Rei Harakami chacun pour leur univers sonore. Les performances d’ambiants et d’electronica, et les show visuels qui les accompagnent, il n’y a pas vraiment d’événement comparable ici. Le mouvement du Nu Jazz, très influencé par la musique brésilienne, le broken beat et le jazz américain, encore actif quand je suis arrivé au japon, en particulier autour du collectif Kyoto Jazz Massive ou d’artistes comme Toshio Matsuura et Hajime Yoshizawa.

Quelles sont les grandes figures de cette culture électro-nippone selon toi ?

C’est une question difficile tant il existe de mouvements différents. On peut dire que le public montre encore un grand respect pour les pionniers de la dance music au Japon. Fumiya Tanaka, Satoshi Tomiie, Mondo Grosso, DJ Muro ou la chanteuse Monday Michiru sont encore des figures incontournables. Ryuichi Sakamoto, dont la carrière s’étale sur plus d’un demi siècle, possède là-bas un statut de demi dieu – et le mot est faible. Le musée de Mori Art Museum situé dans la tour de Tokyo City View a récemment proposé une immense exposition retraçant la vie et la carrière de Haruomi Hosono (son compère au sein du Yellow Magic Orchestra). On peut dire que l’héritage électronique est entre de bonnes oreilles.

Comment évolue-t-elle aujourdhui ? Quels sont ses nouveaux ambassadeurs ?

Chacun se réapproprie cette matière électronique en y apportant sa pierre, un morceau de son histoire, de sa région – le régionalisme est une des richesses première du Japon. Kuniyuki a connecté la musique dance japonaise à l’Afrique et à l’Europe en passant par ses montagnes d’Hokkaido ; Daisuke Tanabe l’a mélangé au son de la Beat Scene hiphop californienne ; Aoki Takamasa a perfectionné l’art du collage sonore pour créer une bande son made in Osaka ; enfin Wata Igarashi a revisité la techno à sa manière et la fait aujourd’hui voyager à travers le monde. Et il reste tant d’autres à citer…

Quid de la représentation des femmes ?

Question essentielle ! La culture populaire japonaise doit énormément aux femmes qui l’ont modelé, aussi bien dans les arts plastiques, visuels, la littérature, le cinéma, ou la musique. Rentrez dans un bar ou un de ces petits clubs intimistes de Tokyo, le DJ sera probablement un femme. Malheureusement il existe réel un problème de sexisme très rigide et ancré dans la société japonaise. Si l’on a pu constater un certain progrès dans les années 70 et 80, avec l’apparition sur le devant de la scène d’immenses musiciennes telles qu’Akiko Yano – le Yellow Magic Orchestra, plus grand succès musical japonais dans le monde à ce jour, aurait-il pu être ce qu’il est devenu sans son apport créatif ultra avant-gardiste ?

« Les années 90 et 2000, période de dépression économique après la crise de 92, ont marqué une certaine régression vers des valeurs plutôt conservatrices, et c’est dans ce contexte que la dance music entre dans la culture populaire, un mouvement alors représenté par une majorité d’hommes… »

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la donne change peu à peu, et il faut souligner que les femmes ont grandement contribué au renouveau générationnel de la musique électronique japonaise indépendante, en particulier dans la techno, en témoigne l’immense succès d’une artiste comme Powder, très demandée, et l’émergence de dj et productrices telles que Lena Galcid, Saphire Slows ou Akiko Kiyama, pour ne citer qu’elles. On commence également à mesurer l’importance des contributions de musiciennes comme Midori Takada ou Miyako Koda de Dip In The Pool.

Est-ce que le poids de la tradition est présent dans cette musique très moderne ?

Il l’est, en témoigne l’utilisation de certaines tonalités et de certains instruments anciens. Le passé est indissociable du présent dans l’art japonais, et la musique raconte mieux que tout chaque époque.

Quels sont les clubs cultes à absolument visiter au Japon ? Tu as des adresses à recommander ?

Les clubs japonais sont parmi les meilleurs et parfois les plus intimistes du monde. Il en existe de toutes les tailles et de toutes les intensités, comme on peut le voir à Tokyo, de The Room à Contact, de Solfa à Vent. Je recommanderais particulièrement Precious Hall à Sapporo, Mago à Nagoya, Desiderata et Kieth Flack à Fukuoka, Compufunk à Osaka et un grand coup de coeur pour Troopcafe à Kobe. Enfin, pour les curieux, les soul bars et autres jazz kissaten sont une étape obligatoire dans la découverte musicale au Japon.

Lors de ce festival, tu joueras en B2B avec le dj japonais Nori : tu nous le présentes ?

Nori est, pour faire court, un des père fondateurs de la House au Japon. Il fut l’un des premiers DJs japonais à voyager fréquemment aux Etats-Unis, à côtoyer des légendes telles que Larry Levan, en rapportant dans ses valises de nombreux disques et une manière nouvelle d’apprécier la musique, de la danser, de la vivre : l’expérience du club, ce qui deviendra pour de nombreux japonais un second chez-soi, et un lieu de communion.

Japan Connection Festival 2020
Vendredi 3 et samedi 4 avril
À la Gaîté Lyrique
3 Bis Rue Papin
75003 Paris
Plus d’infos sur la page Facebook de l’événement.

Clement Perruche

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