Rencontre avec Ismaïl Zaidy, jeune photographe prodige marocain


« In Touch » © Ismail Zaidy

À seulement 22 ans, Ismail Zaidy, alias l4rtiste sur Instagram est le photographe marocain à suivre de près. Ses photographies colorées, poétiques et aériennes nous transportent dans un univers onirique qui célèbre la culture marocaine. Interview.

Ismail Zaidy est une petite sensation dans le milieu de la photographie. Originaire de Marrakech, il photographie exclusivement au smartphone, ce qu’il lui a valu de figurer parmi les photographes exposés lors du Cheerz Festival à Paris en octobre. Son compte Instagram, qui commence à acquérir une certaine notoriété, a d’ailleurs été élu « Compte Instagram Marocain de l’année 2018 » lors des Maroc Web Awards

Après les travaux d’Hassan Hajjaj exposé à la MEP à Paris cette année et les photographies iconiques et décalées de Mous Lamrabat, l’oeuvre d’Ismail Zaidy montre qu’on peut compter sur le Maroc pour nous offrir des artistes très créatifs et extrêmement talentueux.


« Try Catching The Sky » © Ismail Zaidy

Maroc, famille et DIY…

Ce qui est le plus impressionnant chez ce jeune prodige, c’est l’esprit DIY qui habite ses travaux. Son terrain de jeu favori : la terrasse de la maison familiale, qu’il aménage au gré de ses inspirations et de ses envies, dans un style en apparence assez minimaliste mais très travaillé. Ses mannequins : son petit frère Othmane et sa petite soeur Fatimazahra, qu’il met en scène dans des situations millimétrées et ultra-graphiques. D’ailleurs, c’est toute sa famille qui est mise à contribution pour l’élaboration des shootings, puisque c’est sa mère choisit les tissus traditionnels utilisés lors des shootings.

Inspiré par son milieu et ses racines, ses travaux lui permettent de mettre en avant la richesse de la culture marocaine à travers l’utilisation d’étoffes aux couleurs chatoyantes et d’accessoires typiques de la culture marocaine, comme les chapeaux, les boucles d’oreilles ou encore le haïk, tenue féminine traditionnelle du Maghreb. Les visages, bien souvent voilés, lui permettent de focaliser l’attention du spectateur sur l’essentiel de son travail, à savoir la composition et le jeu des couleurs, plutôt que sur la figure des modèles.


 » Equal Bunshin’  » © Ismail Zaidy 

Rencontre avec Ismail Zaidy

Comment est née ta sensibilité à l’art et comment en es-tu venu à faire de la photographie ?

Ismail Zaidy : J’ai commencé à prendre des photos il y a environ deux ans, juste avant de finir mes études à l’université. Ma mère était photographe, et il y avait quelque chose en moi qui m’a poussé à faire comme elle. Au début, je prenais des photos des alentours du haut de ma terrasse. Avec le temps, j’ai commencé à prendre ce hobby un peu plus au sérieux et j’ai utilisé les moyens qui étaient disponibles pour développer ma photographie et l’améliorer.

Tu travailles beaucoup avec ton frère et ta sœur, et ton décor principal est le toit de la maison familiale, que tu as baptisé « studio sa3ada » (« le studio bonheur »), pourquoi?

Lorsque j’ai commencé, trouver des modèles et organiser des shoots était assez compliqué. Le temps et l’organisation nécessaires pour les amener sur le shooting demandaient du temps et de l’argent. J’ai toujours été entouré par mon frère et ma soeur, qui étaient prêts à m’aider, et voilà comment j’ai pu contourner le problème des mannequins.

Ce n’est pas pour autant que je travaille exclusivement avec mon frère et ma soeur. Mais cette situation nous permet de profiter de la bonne entente et de l’énergie qui règne entre nous, et c’est pour cette raison que l’on continue de travailler ensemble. Ils ne sont pas uniquement mannequins : ensemble, on réfléchit aux idées, on se soutient mutuellement et les différents concepts fusent de tous les côtés.


Sans Titre © Ismail Zaidy

D’où tires-tu ton inspiration au quotidien ?

Je m’inspire du milieu dans lequel je suis né et de mes souvenirs d’enfance, et notamment de la façon dont s’habillent les femmes de notre quartier ou bien de comment ma mère et ma grand-mère utilisent les tissus et les accessoires traditionnels. Mon inspiration provient principalement de ma culture.

Peux-tu décrire comment se passe un shooting typique ?

La plupart du temps, nous préparons l’idée de travail avec mon frère Othmane et ma soeur Fatimazahra, puis ma mère trouve les tissus et les accessoires, parfois à la maison, parfois au souk. Comme je le disais, avant ma naissance, ma mère était photographe. Elle m’aide beaucoup pour la technique, la composition et elle nous montre comment trouver et utiliser les tissus, les haïks (ndlr : vêtement féminin porté dans le Maghreb) et les voiles. Le plus difficile, c’est de définir un jour de shooting qui convient à tout le monde, car mon frère et ma soeur sont encore étudiants et passent la semaine à l’école. Quand le week-end arrive, la lumière n’est pas toujours bonne : c’est pour cela que réaliser une projet peut facilement prendre plusieurs jours.

Tu photographies principalement au smartphone : est-ce que tu envisages de passer à des appareils plus « professionnels » ?

Pour le moment je me sens à l’aise avec le smartphone, mais c’est possible que je change d’avis très prochainement.


Photo issue de la série « Family Jewels » © Ismail Zaidy

D’où te vient ce goût des couleurs et ce style très graphique et très esthétisé ?

Avant d’être photographe, j’étais graphic designer, donc j’ai l’habitude de travailler avec différents types de couleur. Quand je suis passé à la photographie, mon travail a été influencé par la période pendant laquelle j’étais graphic designer. C’est pour ça que je suis exigeant dans les choix des couleurs.

Quelle vision du Maroc souhaites-tu transmettre à travers tes photographies ?

J’ai envie de montrer qu’au Maroc il y a des artistes de niveau international, et que contrairement à ce que les étrangers pensent, le Maroc n’est pas un pays avec du désert et des chameaux. C’est cette idée que je veux changer.

Est-ce que tu t’intéresses au travail d’autres photographes marocains comme Hassan Hajjaj ou bien Mous Lamrabat ?

J’ai rencontré Hassan Hajjaj plusieurs fois et Mous Lamrabat deux ou trois fois. Je respecte beaucoup ce qu’ils font et je leur souhaite encore plus de succès, inchallah.

 

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Y a-t-il une « patte marocaine » ou une école marocaine en photographie ?

En fait, il existe une communauté artistique marocaine, à défaut d’y avoir une école académique classique. Malheureusement au Maroc, on ne porte pas beaucoup d’intérêt à l’enseignement de cet art. Pour aider un peu, je viens de créer avec un groupe d’amis un serveur Discord qui regroupe une petite communauté de photographes marocains. Grâce à cette communauté, on apprend grâce au partage d’informations entre nous.

Tu es en train de tourner un clip en ce moment ?

Oui ! Je suis directeur artistique d’un clip intitulé Loop, réalisé par Yazid Rahman Bezaz pour deux jeunes artistes de Marrakech : Amine El Bahi et Ohtmane. Le clip sortira au mois de janvier.

Y a-t-il un endroit où tu rêverais de prendre des photos ? 

Il y a un endroit dans lequel j’aimerais prendre des photos, c’est la nature de l’Islande.

Tu commences à te faire un nom dans le milieu : est-ce que tu as été sollicité pour des projets d’envergure ?

J’ai participé à de nombreux projets, mais le plus grand est à venir. Il s’agit d’un soloshow qui aura lieu lors de la 1-54 Contemporary African Art Fair, qui aura lieu à Marrakech les 22 et 23 février.

« The Family Jewels » © Ismail Zaidy

Retrouvez toutes les photos d’Ismail Zaidy sur son compte Instagram.

Clément Perruche

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