« À la recherche du Vortex » : Jacques nous décrypte sa nouvelle expérience poético-philosophique (et bien loufoque)


Extrait du documentaire « À la recherche du vortex » de Jacques Auberger et Alexandre Gain

Le musicien et performer Jacques, à qui l’on doit notamment ces incroyables morceaux faits à l’aide d’objets du quotidien sort un documentaire sur un projet qui l’occupe depuis plusieurs années maintenant : l’étude des vortex. On a voulu en savoir plus sur la démarche.

C’est le dernier projet loufoque de Jacques : depuis 2015, Jacques Auberger, aussi connu sous le nom de Jacques et Alexandre Gain étudient la notion de vortex et ont créé à cet effet le très sérieux Centre National de la Recherche du Vortex. Un organisme destiné à observer et étudier différentes expériences de vortex.

Blouse blanche et crayon de papier à la main, les deux compères observent le plus sérieusement du monde des expériences dont personne n’avait eu l’idée : laver un savon, poncer une ponceuse, balayer des balayettes, et finissent par effectuer un étonnant voyage au Philippines…

Le documentaire « À la recherche du vortex » retrace les grands moments du projet et est disponible en intégralité sur Youtube 

Afin de comprendre le pourquoi du comment de ce projet loufoque, nous nous sommes entretenus avec Jacques 

 

Avec toi Jacques on s’attend à tout. Ton projet est très loufoque, mais vous l’avez pris très au sérieux : quel a été ton premier contact avec les vortex et d’où est né ce projet ?

 J : Quand j’étais petit, dans la fiat uno de mes parents il y avait un bouton de ce type :

J : Il se trouve que si l’on appuyait dessus avant de fermer la portière et qu’on laissait les clefs à l’intérieur, alors les clefs étaient enfermées à tout jamais dans la voiture. Pour avoir les clefs, il fallait ouvrir la porte, et pour ouvrir la porte il fallait avoir les clefs. C’est peut-être la première fois que mon mental a pris conscience de l’existence du phénomène. Sinon je me rappelle aussi de cette comptine un peu underground, chantée dans certaines familles : 

J : Les paroles disent, en gros, que pour avoir les bras musclés, il faut boire du lait de coco, mais pour avoir du lait de coco, il faut secouer le cocotier, et pour secouer le cocotier… bah il faut avoir les bras musclés ! Vortex. La version adulte de cette comptine serait un truc du style : pour faire de la thune, il faut travailler, mais pour travailler, il faut créer une boîte, pour créer une boîte, bah il faut de la thune… vortex encore une fois.

D’ailleurs, est-ce que tu peux nous donner une définition simple du vortex pour les néophytes qui vont te lire ?

J : On utilise le mot « vortex » pour désigner les phénomènes dont les conséquences sont reliées à leur causes. Ça paraît abstrait mais ça concerne tout le monde. Par exemple, les phénomènes de mode suivent ce schéma : c’est parce que quelque chose est à la mode que tout le monde va le faire, et c’est parce que tout le monde le fait que c’est à la mode. C’est la même chose pour les krach boursiers, c’est parce que tout le monde veut vendre ses actions au même moment que le cours de l’action chute, et comme le cours de l’action chute, tout le monde veut vendre ses actions au plus vite. Après toutes les expériences que nous avons faites avec Alexandre Gain, c’est finalement ce phénomène d’emballement que nous appelons vortex.

Tu insistes sur la dimension poético-philosophique du projet : peux-tu nous en dessiner les tenants et aboutissants ?

J : Dans le cadre de la recherche sur le Vortex, nous avons jugé pertinent de retourner l’emploi de certains objets contre eux-même. Couper un couteau, percer une perceuse, mixer un mixer, laver un savon, etc.. la liste est longue. L’analyse de ces expérience se fait en partie par personnification des objets, par comparaison de leur réactions à des réactions humaines. C’est ainsi que le projet de recherche sur le vortex a développé une dimension poétique voire philosophique. Selon le prisme de la recherche du vortex, les outils que les humains inventent sont des extensions utiles et complémentaires à l’utilité de leur propre corps. C’est pourquoi il est intéressant de les étudier avec autant de respect que la biologie étudie le corps humain.

 

Tu es d’accord si on dit que ta démarche est proche de celle des surréalistes qui voulaient s’affranchir du contrôle de la raison dans leur processus de création ?

J : Je suis d’accord avec tout ce qu’on peut dire sur ma démarche. Le vortex est un phénomène dont chacun peut faire l’expérience selon son propre point de vue. Il est même un super sujet de discussion car la façon avec laquelle on l’appréhende en dit beaucoup sur notre approche de l’absurdité de l’existence, et par conséquent sur la personnalité qu’on a construite autour.

On peut lire sur le site du CNRV : « C’est ainsi qu’en étudiant le vortex, on en apprend sur l’utilité des choses qui nous entourent, on habitue alors notre esprit à ne pas être dupe de la dénomination verbale des choses du monde, pour explorer objectivement les éléments qui les constituent. ». Concrètement, ça se passe comment ?

J : Par exemple si je me pose la question : comment faire une expérience vortex avec un frigo? La réponse sera : réfrigérer un réfrigérateur. Viens alors l’analyse précise de l’objet. On se rend compte alors qu’un frigo est avant toute chose un placard. S’agit-il d’un vortex si je met un placard dans le frigo ? Ou un frigo dans le placard ? Est-il possible de réfrigérer un frigo sans le placer dans un autre placard réfrigéré? Est-ce que si je pulvérise une bombe de froid sur un frigo on peut parler d’un vortex ? Est-ce si je pulvérise une bombe de froid dans un placard on peut parler d’un frigo ?

Vous avez commencé le documentaire en 2015, que s’est-il passé pendant ces quatre années ? Vous êtes tombés dans une faille spatio-temporelle ?

J : On a fait l’expérience du quotidien.

Est-ce que tu envisages de présenter les conclusions scientifico-poético-philosophiques de vos expériences dans une exposition ? D’ailleurs est-ce que ce projet relève de l’art ?

J : On y a pensé mais c’était plutôt à travers le prisme de la science que de l’art contemporain. J’imagine bien une exposition pour tout les âges, située entre l’expo de science naturelles et science humaines. Avec des vortex d’eau dans des cylindre en plexiglas, des fractales sur des écran tactiles et des maquettes en mode « C’est Pas Sorcier » pour illustrer des phénomènes sociaux un peu galère à comprendre.

À quand le documentaire du documentaire sur les vortex ?

J : Cette expérience n’est pas prévue car elle serait une extrapolation coûteuse de l’expérience numéro 007 : « commenter un commentaire ».

Jacques, le trublion musical

On le rappelle pour ceux du fond, Jacques c’est aussi un musicien-explorateur autodidacte qui compose in-situ ses morceaux, souvent faits à partir de bruits qu’il collecte. Il avait d’ailleurs sorti l’année dernière 125 morceaux créés lors de ses performances live. Cette incroyable mine d’or est à retrouver sur son compte SoundCloud.

 

Retrouvez les performances de Jacques : 

Clément Perruche

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