La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour Patrick Watson

Crédit : Ilenia Tesoro

A l’occasion de la sortie de son sixième album, le Québécois s’est confié sur la conception de Wave, un ouvrage cathartique et à la fois rempli d’espoir.

Autant inspiré par la spontanéité de la scène hip-hop que la sincérité de songwriters en or comme Bob Dylan et Leonard Cohen, Patrick Watson met au point avec Wave, une équation instable, orchestralement toujours aussi sublime mais beaucoup plus personnelle et honnête. Après avoir traversé des épisodes douloureux, sentimentaux et familiaux, Patrick Watson revient grandi et libéré de ses démons, et nous offre ce pur bijou de pop mélo.

Rencontre avec l’auteur-compositeur-interprète avant son concert du 26 février à l’Olympia.

Après ton disque Love Songs for Robots (2015), tu as voulu revenir avec un disque beaucoup plus personnel ?
L’album n’est pas vraiment plus intime. C’est la façon dont j’écris les textes et aussi comment je chante qui a changé. Et ça donne peut-être cette impression mais en fait j’ai juste appris à mieux faire passer le message.

J’ai beaucoup écouté de r’n’b et de hip hop, comme Frank Ocean. Leurs conviction, sans parler des beats qui sont très cool, m’ont convaincus. Leur façon d’être “à nu” est très intéressante, ça m’a donné l’idée d’aller chercher des chanteurs et des références, qui étaient aussi un peu comme ça avant. Et je trouve que John Lennon, c’est le plus proche de cette musique contemporaine. Comme Jealous Guy, No River, Mother, c’est pas seulement de la poésie, c’est direct, comme si tu parlais à quelqu’un.

Ta collaboration avec Leonard Cohen y est aussi pour quelque chose ?
Un jour, son fils, Adam Cohen m’a appelé pour travailler sur son disque. J’ai fait des productions pour lui, et finalement il m’a demandé de l’aide pour refaire une chanson de son père. C’était tellement un gros honneur pour moi de faire ça. Il m’a envoyé les pistes audio du titre en question et là j’ai tout enlevé pour écouter juste la voix de Leonard. Sa conviction était tellement forte dans sa voix, c’était incroyable de pouvoir saisir les couleurs, le double sens de ses mots. Ça a totalement changé ma façon de chanter.

Tu veux dire que l’intention prime plus aujourd’hui sur ta façon de chanter ?
Lors d’une précédente tournée, j’ai vraiment brisé ma voix et ne je savais pas quoi faire. Et j’ai dû enchaîner les concerts en chantant bas et non haut, et tout le monde a adoré. Là j’ai compris que la conviction quand tu chantes c’est le plus important, ils s’en foutent des drôles de notes, c’est l’intention… Tout ça a vachement influencé ma manière d’écrire mes paroles et mes chansons pour Wave.

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jules buckley conducting the final touches on the new record

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Il y a un côté très lumineux dans ton album malgré les sujets douloureux dont il s’inspire…
Je crois que c’est vraiment l’album le plus rempli d’espoir que j’ai jamais écrit, le plus empathique et réconfortant. Wave suggère de ne pas abandonner mais juste d’être présent devant tout ce qui se passe. Tu peux qu’accepter et ne pas te battre dans certaines moments, comme dans le deuil, et c’est très doux et calme finalement.

“Quand tu réalises que tu ne peux pas revenir en arrière, tu peux apprécier ce moment, et partager beaucoup d’amour avec ces choses auxquelles tu dis adieu, et ça devient une chose moins négative. Il a beaucoup de lumière quand tu dis correctement au revoir à ces moments.”

Tu as construit ce disque en solo ?
Les textes sont très personnels, mais musicalement mes musiciens sont vachement impliqués dans les mélodies. Il y a des moments de collaborations très intimes, en mode one two, avec un de mes musiciens à la fois, ce qui donne cette impression très intime au disque.

Par exemple pour le titre Drive, on était dans le studio avec Joe Grass (guitare) et on a essayé de recréer une virée en bagnole que j’ai faite pendant des heures dans le sud des USA, comme dans un film de David Lynch, sur les autoroutes perdues. Dans Look At You, on s’est inspiré des cartoons russes et de leurs génériques complètement dingues et géniaux que regardaient mon musicien Mishka Stein (basse).

Dans Wave, on sent cette vague émotionnelle déferler sur toi, ce truc gigantesque contre lequel tu peux pas lutter…
Le titre je crois que Wave, je l’ai écrit vachement en amont de l’album, avant toutes les saloperies qui me sont tombées sur la tête. Et l’idée c’est que si tu as déjà traversé des troubles mentaux, des hallucinations, des crises maniaco-dépressives, tu vois qu’elles arrivent par vague. Et ils vont t’atteindre, et tu ne peux pas te battre contre. C’est dangereux de vouloir s’en débattre. Dans mon expérience, tu dois les prendre comme des vagues, tu sais qu’elles ne sont pas réelles, et tu dois apprendre à ne pas les prendre au sérieux. Elles te trempent, c’est un exercice.

Turn out the Light, parle aussi de ce mal-être ?
C’est une chanson assez complexe. J’y évoque une scène avec ma copine au lit, où on se regardait dans les yeux, sans aucune barrière. Ça fait aussi référence à une de mes amies, Juliette qui s’est suicidée après une dépression éclaire de seulement quelque mois, elle s’est pendue. Ma mère a aussi souffert de dépression, tu vois, il y a plein de trucs moches dans le monde, et quand tu ne sais pas accepter ce côté laid, qui existe en chacun de nous finalement, tu es coincé. Je voulais une chanson qui parle des trucs embarrassants que tu peux ressentir, et le fait que plus tu réalises que c’est pareil pour tout le monde et mieux tu te portes. Cette chanson c’est une respiration pour que les gens puissent en rire aussi.

L’amour est donc revenu dans ta vie ?
C’est le sujet de Look at You. Quand tu as 40 ans, l’idée de tomber amoureux, tu n’y crois pas trop. Et pourtant il y a une nana, que j’ai rencontré et en 5 minutes, il y a eu entre nous un coup de foudre. Je ne croyais pas en l’amour et ça m’a surpris. Cette femme, une autrice incroyable, c’est Heather O’Neill, et le comble c’est qu’elle venait de faire un discours sur l’amour inventé par le capitalisme deux jours avant de me rencontrer. Je me rappelle de cette phrase qu’elle m’a dit : “Quand je pense que je viens juste de dire à une centaine de personne que l’amour n’existe pas…” (rires)

Ça a changé ta façon de chanter ?
Quand j’ai perdu ma voix, c’était clair que je chantais fort, pas forcément de la bonne façon, mais il y avait aussi beaucoup de mensonges dans ma vie. Et 4 ans plus tard, quand j’ai fini l’album, j’ai fait cette rencontre et je ne voulais plus jouer le jeu du mensonge, je voulais montrer suis je suis vraiment, et 4 semaines après ma voix est revenue… l’automne dernier. Vivre dans le mensonge, ça nuit vraiment à ta santé.

Musicalement, on sent que cet album est très proche de son public, comment tu t’y es pris ?
Pour ce disque, je voulais que les voix soient mixées un peu comme comme dans le hip-hop, au premier plan. J’étais aussi inspiré par les synthés modulaires. Tu peux les relier et les régler suivant des combinaisons infinies. Impossible de refaire la même deux fois ou deux jours de suite, ni toi ni personne ne le peux, finalement c’est très organique comme façon de faire la musique électronique. Le son est chaleureux. Cet instrument est un gros changement dans ma façon de travailler et pour ce disque.

Au final, on te sent libéré d’un poids avec ce disque ?
Les paroles sont plus directes, c’est moins de la poésie abstraite. En live, je n’ai pas besoin de convaincre quiconque avec des mélodies compliquées. J’ai juste besoin de penser aux paroles et au message que je veux communiquer. C’est un album très direct donc c’est facile de le partager en concert.

L’album Wave est disponible à partir du 18 octobre, en version digitale et physique.
En concert le 26 février à L’Olympia (Paris).

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