Vigneronnes, l’ouvrage indispensable pour en finir avec les clichés sexistes du monde du vin 

©DEBBY TERMONIA

Ces « 100 portraits de femmes qui font la différence dans les vignes de France », célèbrent et normalisent la place des femmes. Rencontre avec l’autrice Sandrine Goeyvaerts.

Au début de l’année sortait l’ouvrage Cheffes : 500 femmes qui font la différence dans les cuisines de France, honorant des chefs au féminin de l’Hexagone. Le meilleur ami de l’assiette étant cette chère bouteille de jaja, c’est un livre consacré aux femmes vigneronnes qui vient de sortir fin août aux mêmes éditions Nouriturfu : Vigneronnes – 100 femmes qui font la différence dans les vignes de France. Signé Sandrine Goeyvaerts, une caviste belge émérite, cet ouvrage présente 100 portraits singuliers de femmes françaises vigneronnes : “il existe une diversité énorme et on est loin des clichés de la vigneronne qui fait sa manucure avant d’aller dans ses cuves ! C’est un métier physique et mentalement, il faut savoir gérer le stress !”

En introduction des portraits illustrés de vigneronnes, Sandrine rappelle les problèmes de sexisme, de harcèlement, de sous représentativité et l’historique du métier, elle qui travaille depuis plus de vingt ans dans le monde du vin, et qui en a aussi fait les frais :

“En 2014, mon blog (La Pinardothèque) a reçu un prix de La revue du vin de France dans la catégorie : “les hommes de l’année” (rires) !

Je suis allée le chercher au Bristol à Paris alors que je venais d’accoucher d’une petite fille, accompagnée de ma famille. Je me suis retrouvée dans une assemblée presque exclusivement masculine. On était seulement 2 femmes récompensées cette année-là sur une quinzaine de récompense. C’est à ce moment, que j’ai vraiment pris conscience qu’il y avait plein d’hommes et quasi pas de femme.” Ce constat est d’autant plus ironique pour l’auteur, qu’elle croise une quantité de vigneronnes, de cavistes et sommelières dans son quotidien “et je me suis dis : mais c’est bizarre où sont-elles ? ”

Rencontre Women Do Wine @ Lucinland

Avant d’être invitée par l’éditeur Nouriturfu pour plancher sur le livre Vigneronnes, Sandrine fonde l’association WOMEN DO WINE , interpellant les magazines spécialisés et l’opinion public sur la sous représentation médiatique des femmes dans le vin. Elle rassemble des femmes sommelières, cavistes, “enfin plein de profil différents dans le but de les mettre en avant puisque personne n’en parle”.

“Le vin féminin, qu’on soit bien clair, ça n’existe pas ! “

Et les clichés ont la dent dur. Si Sandrine entend encore des petites réflexions sur les vigneronnes chez ses clients, “tiens, elle doit faire des vins délicats ou féminin”, elle nous le dit toute suite, il n’existe pas de “vin féminin” ! Il s’agit d’une question de sensibilité personnelle et non de genre : “Les vigneronnes ne font pas des vins différents parce qu’elles sont des femmes mais parce qu’elles ont des caractères, goûts et vécus différents, au même titre que les vignerons. Il y a des vins extrêmement tanniques puissant, costauds, noirs, et d’autres très délicats, très légers.”

Les mentalités évoluant à vitesse grand V ces dernières années, les avis sur les femmes vigneronnes se sont plutôt inversés : “je constate davantage d’a prioris favorables. Les gens sont contents de découvrir des vigneronnes derrière les bouteilles, parfois ils ne l’imaginaient même pas. Et chez les jeunes générations, elles sont de plus en plus nombreuses à assumer leurs noms et à marquer en grand “vigneronne” sur les étiquettes des bouteilles”. Tous ces petits détails, visent bien évidemment à “normaliser la place des femmes dans le monde du vin”, comme le précise Sandrine, que ce soit dans la presse, sur les étiquettes ou dans les vignes.

“Les sujet vigneronnes dans la presse, c’est souvent en mars pour la journée de la femme” ironise Sandrine, “mais on devrait en parler toute l’année.”

Et cette visibilité médiatique passe aussi par les concours de sommellerie et les palmarès de vins. Pour l’auteur, les femmes n’ont pas été suffisamment encouragées à y participer : “c’est même un problème plus large, dans notre société on n’encourage pas les femmes à être dans la compétition”. Première sommelière de Belgique junior, Sandrine en sait quelque chose, elle a eu la chance d’être soutenue par un maître de stage très motivé, “mais beaucoup de femmes ne sont pas encouragées, elles ne présentent pas les concours, elles ne les gagnent pas et ne sont pas représentées, du coup on n’imagine pas qu’une fille puisse être sommelière !”

C’est aussi une des raisons pour laquelle Sandrine a signé cet ouvrage Vigneronnes : elle souhaite encourager d’autres femmes en montrant des exemples et des profils variés qui réussissent dans le vin, pour donner une égalité des chances : “Je crois très fort en la vertu de l’exemple. Quand une femme gagnera le concours international, je crois que ça encouragera d’autres jeunes femmes !”

Catherine Riss, fille de restaurateur et vigneronne d’Alsace qui a crée son propre domaine ex nihilo

Et les derniers palmarès le prouvent ! La Danoise Nina Hjgaard a raflé la seconde place au Meilleur sommelier du monde 2019, quand Pascaline Lepeletier (qui signe la préface de l’ouvrage) a remporté un doublé : première sommelière de France et meilleur ouvrier de France en 2018. “Une nouvelle génération de sommelières est en train d’arriver à maturité, et de gagner tous les concours !” conclut Sandrine.

“La femme vigneronne existe depuis toujours”, mais sa médiatisation et sa reconnaissance sont inédites.

Si sa reconnaissance est très récente, sa place est elle indissociable de l’histoire du vin. Historiquement, “la femme vigneronne existe depuis toujours”, insiste Sandrine : mais sa médiatisation et sa reconnaissance sont inédites : “Depuis toujours, elles ont fait un travail essentiel, en tenant la partie logistique, l’administration, les finances, un vrai travail de l’ombre” Si la vinification est réservé aux hommes pendant des années, car considérée comme plus noble, les femmes en sont totalement écartées. Et pourtant les grandes appellations leurs doivent beaucoup comme précise l’auteur : “Beaucoup de vigneronnes m’ont parlé de leurs mères ou de leurs grands-mères, et m’ont confié que le vigneron c’était leur père (ou grand-père) mais que la vraie maîtresse du domaine c’était elle, la femme”. Ainsi, sans apparaître sur les registres, sans reconnaissance ou même être rémunérées, ses femmes vigneronnes ont accompli un dur travail en pâtissant des problèmes de dépendance économique, de protection sociale ou de retraite.

Les témoignages recueillis dans le livre Vigneronnes, témoignent fort heureusement d’une évolution considérable des mentalités : “Pendant très longtemps il y a eu une forme de résistance. Les parents n’étaient pas tellement prêts à laisser leurs filles être vigneronnes car ils avaient peur. Mais tous ceux quiont fait des passations, aujourd’hui, sont très fiers de voir les filles et ce qu’elles ont réussi à faire. »

“Il y a évidemment bien plus de 100 vigneronnes super en France ! ”

Les portraits de l’ouvrage ont le mérite de présenter un échantillon très diversifié de femmes vigneronnes de 26 à 73 ans, et de toutes les régions de France : “J’ai essayé d’être la plus représentative possible en sachant que 100 c’est déjà compliqué, car en France il y a bien plus de 100 vigneronnes super géniales. “ Que ce soit des vocations trouvées sur le tard, des créations de domaines ex nihilo, de jeunes diplômés, ou des reprises de domaine familiales, chaque histoire ou chaque expérience de vie est unique. Côté vignobles, on trouvera majoritairement des portraits de vigneronnes cultivant en bio, ou biodynamie, voir nature, partageant (le plus souvent) la même conscience écologique que Sandrine : “Elles ont à coeur de transmettre à leurs enfants ou à un repreneur et n’ont pas envie de bousiller ce qui fait leur outil de travail, donc de produire le plus propre possible.”

À gauche la vigneronne bordelaise Nicole Tapon qui a repris le domaine en Saint Emilion de son père , à droite Stéphanie Roussel cultivant le bio-dynamique dans le Marmandais (domaine Lassolle) « 

Le Livre “Vigneronnes – 100 femmes qui font la différence dans les vignes de France” est disponible aux éditions Nouriturfu.

RDV à l’apéro de lancement  du livre “Vigneronnes”
le 14 septembre prochain dès 18h
à la Librairie Monte En l’air
(71 rue de Ménilmontant, 75020 Paris)
pour une séance de dédicace, une dégustation et mini-causerie.

Abigail Ainouz

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