[POP TALK] Le Glitch Art : art du bug et esprit contestataire, les explications de Kaspar Ravel

Le glitch, on en voit partout, au sens premier le glitch est dans les néons cassés du métro, dans les télés cathodiques qui réceptionnent mal, dans les bugs d’ordinateurs qui surchauffent, dans la friture qu’on entend sur la ligne…

Des artistes se sont emparés de ce phénomène pour créer des oeuvres d’art qui exploitent ces bugs, en font l’objet d’expérimentations en tous genres et détournent les codes bien policés par les développeurs pour se les approprier, dans un esprit de contestation du cadre imposé par ce que Michel Foucault appellerait avec ses mots la « société de surveillance ».

Dans le cadre d’une enquête sur le Glitch Art et sa communauté en pleine expansion, nous nous sommes entretenus avec Kaspar Ravel, jeune glitch artist faisant partie du label d’arts visuels Oyé et de la communauté Glitch Artists Collective, véritable référence en la matière :

1/ Comment t’es venue cette passion ?
La toute première fois où j’ai interagis avec le glitch c’était quand j’étais au collège, j’avais un ordinateur familial chez moi et c’était difficile d’avoir une intimité dessus. Ma famille était un peu oppressante par rapport à ma vie privée, donc j’essayais de cacher mes amoures et les poèmes que j’écrivais. J’avais trouvé un moyen super cool de le faire : je transformais mes photos en les faisant passer par un éditeur de texte comme ça, ça ressemblait à un document texte illisible. Après je sauvegardais les textes et en les faisant repasser au format image, ça les altérait un peu et ça donnait du glitch ! Je ne faisais pas ça pour le fond artistique, c’était plus un résultat inattendu.
Après, j’ai fait une résidence avec une compagnie de théâtre au lycée et le metteur en scène, que j’adorais, m’a demandé de me renseigner sur le glitch art, et ça a fait tilt. Je ne pensais pas que des gens pouvaient contrôler ça ! Et donc j’ai intégré plusieurs communautés de glitch art en ligne et j’ai commencé à en créer beaucoup, j’ai cocooné chez moi et je n’ai fait que ça pendant quelques temps. Maintenant, j’ai un rôle d’ambassadeur dans ces communautés, j’en suis très content, j’organise des expos, je fais de la curation en ligne, hors ligne et je voyage pour faire ce que j’aime.

2/ Comment tu expliquerais le principe du glitch à quelqu’un plutôt éloigné de cet univers, genre ta grand-mère ?
Le mot a été trouvé par la NASA, quand ils recevaient des communications radio depuis l’espace. Les petits sons non identifiés étaient appelés glitch. Le glitch a toujours eu cet aspect très technologique, d’une part, ça vient des moyens de communication, mais c’est aussi très mystique, on ne sait pas d’où ça vient, ni ce qui l’a causé. Un glitch dans un fichier, ça dévie le sens de lecture général. L’exemple le plus présent est celui de la télévision cathodique des années 80, quand on réceptionnait mal quelque chose, il y avait un glitch vidéo. Et comme ce n’est pas ce qu’on recherche, on garde cette expérience dans une case à part de notre perception mais sans se focaliser dessus, on va rester dans l’optique de regarder la télévision. Et donc, toutes ces petites déviations sont des glitchs, qu’on a tendance à mettre en arrière plan. Sauf dans le cas du Glitch Art, où il est au centre de l’attention.

3/ Quels sont les glitch artists qui seraient tes modèles ?
Dans ceux que je porte très haut, il y a pas mal de curateurs d’art. Rosa Menkman qui a écrit le manifeste du glitch art, est une personne vraiment complète dans ses démarches et réflexions philosophiques autour du glitch, en tant qu’entité transmédia. Il y a aussi Jon Cates, un des chairmen à l’Institut d’Art de Chicago, qui a été une super aide et un super appui, c’est quelqu’un de très focalisé sur l’art populaire. Dans le glitch, tout le monde ne se revendique pas artiste même s’ils font du Glitch Art, et des gens comme Jon Cates vont identifier certaines créations comme étant intéressantes, ce qui est très encourageant du fait de sa position institutionnelle. Avoir une validation d’un homme comme lui, c’était fou pour moi ! Il y a Nick Briz aussi, qui a beaucoup théorisé le Glitch Art et travaillé autour d’un point de vue politique.
Ce sont mes trois grosses influences.

4/ Quel courant a été le précurseur de ce type d’art, s’il y en a un, ou est-ce que c’est un truc purement technique ?
Si on s’inscrit dans le contexte contemporain actuel, on remarque que les choses évoluent de manière beaucoup moins linéaire. Tous les mouvements artistiques d’avant précédaient ou suivaient les grands événements historiques et étaient influencés par eux à mort. Aujourd’hui, on vit beaucoup d’expériences individuelles (paradoxalement même dans le collectif), de ce fait, l’art évolue de façon complètement non linéaire. Après il y a aussi une plus grosse possibilité de se documenter et ça joue pas mal. En tant que mouvement, le Glitch Art a été là très tôt mais pas sous ce nom. Les débuts théoriques commencent avec l’artiste Nam June Paik qui a commencé par la torsion de signaux vidéos sur les télévisions cathodiques, en faisant des installations presque scénographiques. Je dirais que le Glitch Art a plus suivi et accompagné la technologie. Il évolue aussi avec des courants artistiques comme l’art internet dont il fait aussi partie, l’art des memes aussi. Il y a aussi une question de l’ère post glitch, en tout cas on en parle dans le milieu du Glitch Art, qui estime qu’il y a une esthétisation du glitch. Par exemple, quand on voit du glitch dans une publicité, on va se dire que c’est du post glitch parce que c’est une utilisation qui va se focaliser sur l’attribut esthétique du glitch plus que dans sa technicité. L’esthétique glitch a suivi le courant initial du Glitch Art.

5/ Est-ce que tu sais toujours où tu vas quand tu glitch une image ou une vidéo ? Quelle place tu laisses au hasard dans ta création ? Quels « marqueurs », « repères » tu identifies pour te situer dans les données et imaginer ce que ça peut donner visuellement ?
Il y a toujours une place immense donnée au hasard, tu ne maîtriseras jamais à 100% ce qu’il se passe, car le glitch, c’est d’abord une collaboration avec la machine, et avec tout ce qui fait d’une machine une machine. Après, ce qui est cool c’est que c’est un domaine d’expérimentation constant. A l’inverse d’autres types de création artistique : quand tu dessines, tu maîtrises ton crayon de mieux en mieux. Tandis que dans le cas du glitch, il y a des milliers de médias différents que tu peux utiliser. Imaginons que tu commences à glitcher du jpeg, au début ce sera complètement chaotique, mais petit à petit, tu vas apprivoiser le média avec lequel tu joues, tu vas comprendre ses faiblesses, celles que tu peux exploiter, celles que tu ne peux pas exploiter. Et c’est intéressant parce que c’est quelque chose qui se renouvèle tout le temps. Aujourd’hui nous vivons dans une époque hyper capitaliste numérique et de nouveaux formats sont développés tous les jours par x ou y compagnie et ça nous donne toujours de nouveaux formats différents à exploiter. Un glitch de jpeg sera complètement différent d’un glitch de png ou d’avi, c’est continuellement inspirant !

6/ Combien il y a de façons différentes de créer du glitch art et quelles sont elles ? Comment tu procèdes toi, étape par étape ?
Oui, il y a plusieurs styles qui se sont démarqués les uns des autres, pour leurs valeurs esthétiques. Après, il y a beaucoup de gens qui se différencient par leurs valeurs techniques, qui veulent découvrir le plus de moyens possibles de créer et donc apprennent à « casser » un maximum de choses. Chaque média réagit différemment, il y a donc toujours ce plaisir de la découverte et de la recherche qui est constamment présent. Suivant ces découvertes, il y a des styles différents. Un fichier réagit parfois diamétralement différemment d’un autre : le glitch vidéo est très différent d’un glitch 3D. Le glitch 3D crée des formes géométriques, froides, impossibles, on ne pourrait jamais retrouver ces formes dans la vie réelle. Le glitch vidéo, lui, donne la possibilité, et j’aime beaucoup faire ça, de créer des formes de glitch impressionnistes, très proches de la peinture. Il y a une variété monstrueuse dans cet art, à tel point que ça en devient bizarre de parler de glitch art pour tout ça.
Il y a des noms, dans nos communautés, qui sont donnés à différentes techniques. Par exemple : la solidification, c’est quand tu prends une image et que tu la convertis en données brutes dans un format non compressé comme le .bmp et l’intègres dans un logiciel d’édition audio comme Audacity, et ensuite tu y appliques des filtres comme de la reverb ou de l’écho puis tu ressors en tant qu’image. En résumé, ça consiste en l’application de filtres audio à des images concrètes.
Il y a aussi une autre technique, qui s’appelle le Datamoshing, qui est la manipulation des données d’un fichier dans le but de créer des effets visuels ou audio.

7/ J’ai lu sur le site de la Gaîté Lyrique, dans sa présentation de la glitch artist Rosa Menkman que selon elle : « c’est un acte politique de libération et de résistance au contrôle », qu’est-ce que tu penses de cette vision ? Tu es d’accord ou tu as plus une idée plus parnassienne du glitch art ?
En fait, le glitch est un acte politique en tant que tel parce que les données, de manière générale, sont régies par des algorithmes de compression la plupart du temps, mais aussi de filtrage, qui sont écrits ou commandités par une quinzaine de types blancs qui habitent à la Silicon Valley et qui décident de comment sont traitées toutes les données. Il y a donc des cas dans lesquels c’est illégal de faire du glitch, parce que tu n’as pas le droit de modifier du code d’un codec vidéo. Ça en devient donc politique : faire du glitch art c’est se réapproprier ses données et dire « je veux qu’elles soient affichées comme ça, j’ai envie de leur laisser la liberté de s’exprimer ». Et c’est aussi une manière de dévier complètement les systèmes de lecture de ces mêmes données pour leur donner une autre valeur. C’est comme quand une imprimante doit imprimer les choses correctement, et que tu veux qu’elle imprime de l’art, tu te dis que si tu affiches le résultat dans une galerie, Sony pourrait venir t’embêter en disant que c’est leur imprimante et que tu n’as pas le droit de faire ça.
Le glitch art est souvent un combat contre tous ces gens qui programment et qui décident de l’internet aujourd’hui parce que ça dénote une certaine faiblesse. Dans les années 80, le glitch s’affichait et ça n’était pas dérangeant. Aujourd’hui, quand il y a un glitch, les développeurs ne veulent plus en voir et décident, quand il y en a, d’afficher un écran bleu à la place. C’est pour ça que tu vois l’écran bleu Windows, c’est un foldback. Quand on coupe le glitch et qu’on met quelque chose à la place, on appelle ça un hardcut technologique, c’est un re routing qui permet de ne pas montrer ces faiblesses. On voit les mêmes choses en dehors des technologies : quand il y a un graffiti sur un mur, les mairies vont se dire qu’il faut le repeindre vite avant qu’il y ait des graffitis partout. Ou quand ils voient une fissure dans un mur, il faut vite la combler sinon le mur va être encore plus fissuré. Le glitch c’est pareil dans le sens où, s’il y a un glitch dans quelque chose qu’une société propose, et s’il se voit, il montre une certaine faiblesse de cette société. De ce fait le glitch en devient politique car il permet d’exploiter cette faille là et d’en faire quelque chose d’autre. Souvent les hardcuts technologiques sont imposés pour nous empêcher d’exploiter ces faiblesses. En tant qu’artistes on se bat pour pouvoir produire de l’art avec les nouvelles technologies, parce que plus on avance dans le temps plus ils nous empêchent de faire ce qu’on veut avec le média.

8/ Quelle est la différence entre faire du VJing avec du glitch ou de façon plus «classique» ?
Quand tu fais des perfs de VJing, tu utilises quoi ? Ton ordi et quoi d’autre comme machines ?
Ça dépend si tu veux faire du glitch live ou pas. Souvent en VJing, les gens n’ont pas forcément le budget pour m’amener avec tout mon set up de glitch parce qu’il est plus conséquent. Et les gens n’ont pas forcément envie de voir du glitch en live aussi parce que c’est crade au possible et expérimental. Parfois, les gens en soirée s’attendent à un rendu esthétique, cool, mappé, et c’est difficile quand tu es en mode médias expérimentaux. Tu n’as pas souvent de place pour la liberté d’expérimentation dans les soirées plus classiques, mais dans les soirées plus underground c’est possible ! Parfois je peux utiliser un set up plus simple avec juste mon écran d’ordi mais par contre tout le monde verra tout mon bureau, j’ai même tendance à le styliser avec des fenêtres transparentes de façon à ce qu’on voit le code pendant que je suis en train de glitcher, c’est assez marrant. Mais je ne ferai pas ça dans le cadre d’un gros festival, le public ne s’y attend pas. C’est aussi basé sur mon identité artistique, et c’est presque un cadeau que d’accompagner un artiste en faisant du glitch en live, en mettant tout ce que j’ai, montrant mon bureau d’ordinateur, c’est une ouverture de soi à je ne sais combien de milliers de personnes. Je le fais pour des artistes avec qui je travaille, là avec Turfu je vais le faire, c’est un petit groupe de techno folklorique assez marrant. Je le fais aussi dans le cadre de perfs expérimentales. Le VJing, ça n’est pas aussi exaltant que le glitch en live, mais c’est quand même super funky !

Et par rapport au set up ?
J’en ai deux différents : un analogique et un numérique. L’analogique demande un ordinateur pour diffuser les médias, qui lui va passer dans un adaptateur digital à analogique, qui après passe dans un boitier qu’un ami a créé, qui après passe sur une télévision, qui va être elle-même refilmée par une caméra, dont l’image va être diffusée sur les écrans, il peut y avoir aussi un petit contrôleur midi en plus. Ce qui est cool c’est qu’il y a plein d’imprévus, parfois ça coupe et ça se remet après, tu ne peux pas être vraiment on time tout le monde mais c’est complètement expérimental et surtout à chaque fois unique. C’est trop beau à voir ! Après il y a le set up numérique, c’est là d’où je viens. C’est avec un ordinateur sous Linux, et le set commence avec mon bureau sur lequel j’ouvre quelques terminaux, quelques consoles, avec quelques scripts à peu près écrits et je vais récupérer des fichiers sur Internet, les gens vont me voir les télécharger et je vais les glitcher en live, les gens voient tout ce que je fais, le code etc. Soit je le fais par du script soit avec du databending live, soit je fais de la surchauffe d’ordinateur. Quand l’ordinateur surchauffe, c’est quand il y a trop d’opérations en cours, et dans ce cas, il en coupe quelques unes en triant celles qui sont nécessaires ou non et il va aller à l’essentiel. Donc quand l’ordinateur affiche une vidéo tout en calculant plein de choses il y a forcément des bugs, il ne comprend plus rien à ce qu’il se passe. Et donc il fait plein de nouvelles choses inattendues.

9/ Tu peux nous parler un peu de la communauté du Glitch Artists Collective ? Quelle est sa genèse, quelles formes d’art on peut y trouver ?
A la base, c’est vraiment parti de l’envie de partager, selon une logique plus populaire, plus ancrée sur les réseaux sociaux, de l’art assez underground. Et le but était de rassembler toutes les pratiques, trouver les gens qui nous ressemblent. Les premiers qui faisaient ça étaient un peu duper, ils étaient tous seuls dans leur coin. Ça permet donc d’expérimenter ensemble dans une même communauté, de trouver de nouvelles choses qu’on n’imaginait pas du tout avant. Il y a des glitch artists tellement différents les uns des autres. Par exemple, il y a un mec en Indonésie : Nick Wivekyolamal, qui a commencé sur disquette dans les années 90, il faisait bugger des vieux jeux vidéos qui étaient à ce moment là sur disquette. A l’époque on faisait bugger des Super Nes aussi ! Et donc il y a un beau mélange de toutes ces personnes, la communauté est intergénérationelle. Ca se voit quand on organise des événements qui nous rassemblent, tous les ans à Zagreb il y a un gros rassemblement du Glitch Artists Collective. C’est un petit festival de Glitch Art pendant lequel on partage nos techniques, nos performances en cours, nos projets, on imprime quelques oeuvres et on les présente au public de la ville. A côté de ça, on a vraiment développé une sorte de famille numérique, on se connaît très bien maintenant. Je fais de l’art avec des personnes rencontrées dans la communauté sur internet, dont je suis devenu vraiment proche. Cet aspect communautaire définit le Glitch Artists Collective, mais aussi un aspect de curation, c’est se donner une valeur aux yeux du grand public et des institutions. Ça nous donne une présence en ligne en faisant de la curation d’art en ligne mais on se donne aussi une place dans les musées, dans les expos, dans les festivals, dans des clips. Ça nous donne une certaine validation, par l’agrandissement de notre communauté de fans sur facebook, ça fait de nous une référence. Et avec ça vient une responsabilité aussi car on a une sorte de monopole, aucun autre collectif n’a vraiment cette place là.

10/ J’ai vu que tu fais des grosses dates prochainement : Château Perché, Astropolis, comment tu en es arrivé là ?
Il y a 3 ans j’étais juste artiste visuel, je commençais à exporter mon art dans les galeries et les festivals mais pas en étant moi-même présent en tant qu’artiste. Quand j’ai découvert Oyé, mon label, je me suis rendu compte qu’il y avait des gens qui vivaient de ça et qui le faisaient professionnellement. J’ai eu envie que ce soit mon métier et j’ai intégré Oyé il y a deux ans. Et ensuite, le label m’a donné des scènes de festival et d’événements, et c’est trop cool !

11/Est-ce que le glitch est devenu mainstream ? (avec les utilisations des marques notamment)
Beaucoup de gens critiquent à fond ça mais ça n’est pas forcément un problème. Le glitch, c’est un langage que parle tout le monde : notre génération et les deux d’avant à leur façon. Dans la publicité, c’est populaire car ça fait tilt, ça attire l’attention le temps d’une seconde. Si tu regardais une publicité de façon un peu passive, le glitch va te faire prendre conscience de ce que tu regardes en attirant ton attention. Ça donne aussi un côté underground à la pub : ça donne un aspect esthétiquement pas correct mais esthétiquement intéressant quand même. Le glitch est un langage très populaire et accessible et donc devenu facilement appropriable par le monde publicitaire. Pour contraster, on pourrait parler des memes, qui n’ont pas du tout réussi à s’intégrer à la publicité. Parce que le meme a ce truc du langage populaire mais aussi du langage ésotérique. Réapproprié, le meme n’est plus cool. Une publicité, de ce fait, n’arrivera pas à utiliser un meme, à moins que ce soit par de la publicité directe qui reste sur les réseaux sociaux via twitter par exemple. Alors que le glitch, lui, est plus facilement utilisable.

11/ J’ai vu que tu avais bossé sur la soirée Orisha de Fakear au Yoyo, avec quels autres artistes tu vas collaborer ? Si tu devais bosser pour un artiste de ton choix en particulier tu choisirais qui, quels univers musicaux t’attirent ?
J’ai envoyé un mail récemment à une artiste avec qui j’ai vraiment envie de collaborer, c’est Holly Herndon, une artiste sonore et musicienne. Elle a sorti son dernier album Proto, qui est à moitié créé par une intelligence artificielle. Parallèlement au glitch, je m’intéresse au milieu de l’IA et donc je commence à créer de la musique avec de l’IA, de l’art visuel aussi. Son album donne une autre couleur à la technologie qu’on voit comme très froide, on le voit bien dans toutes les dystopies qu’on a écrites sur la révolution des robots qui vont tous nous tuer. Elle donne un autre axe de lecture en montrant que ça peut être quelque chose de chaleureux, pas forcément humain mais avec ses défauts, ses particularités et sa sensibilité propres. Quand on crée des robots ou des IA on a tendance à vouloir leur donner des sentiments humains : la tristesse, l’amour… Mais à quel moment on ne s’est pas dit que des machines pouvaient avoir autre chose que nous ne pouvons pas ressentir ? Et Holly Herndon décrit vraiment ça dans son album de manière assez abstraite, j’aimerais beaucoup collaborer avec elle !
Sinon j’aimerais bosser avec d’autres artistes musicaux comme Arka, FKA twigs, Björk aussi mais bon… CocoRosie aussi !

12/ Est-ce qu’il faut beaucoup de connaissances techniques pour faire du glitch ?
Dans le milieu internet on reconnaît deux types de personnes : d’un côté les hackers et de l’autre les script kids donc les gamins qui reprennent des scripts. Je me suis toujours considéré comme 10% hacker et 90% comme juste un mec qui reprend des scripts et se les réapproprie. Je n’aime pas trop faire des choses qui ont déjà été faites, par contre je vais me tuer à la tâche dès que je trouve quelque chose de nouveau. C’est quand même chaud de créer du glitch sans une introduction, il faut savoir ce que tu fais un minimum. Mais il y a un côté assez innocent dans le fait que faire du glitch art est à la portée de tout le monde ! Par exemple, je connais un type qui vient de Bosnie et il fait du glitch avec une imprimante de tickets de caisse qu’il sous volte. Il récupère l’art d’autres personnes qui lui envoient et il les réimprime sur son imprimante à tickets de caisse à 110 volts au lieu de 220 et ça s’imprime mal et c’est super beau ! Il existe 10 milliards de techniques. Alors oui si tu veux tout savoir il faut forcément être un peu un geek mais sinon,  il suffit juste de détourner les choses d’une manière intéressante et ça, c’est réellement à la portée de tout le monde !

 

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Talk Louise G.

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