[POP CREW] La Wh4f : le collectif à renifler de près

La Wh4f, c’est la réunion de plusieurs passionnés de musique hardcore ou plus précisément : de débilecore, et qui organisent des soirées au BPM super vener, alors mets tes lunettes de vitesse et lis cette interview !

[POP CREW] c’est un nouveau format qui part à la rencontre des collectifs qui redéfinissent la ville à coups de soirées, d’expo, de performances et d’événements en tous genres. On se placera plutôt depuis Paris, ses bâtiments historiques, RIP Notre-Dame de Paris, ses bars, ses galeries et ses clubs. Depuis un petit moment maintenant, le nombre de collectifs qui souhaite ajouter leur pierre à l’édifice des soirées parisiennes se développent à vitesse grand V. On est donc allé toquer à leur porte pour discuter ensemble d’eux, de Paris et des autres, on vous les présente chaque semaine.

On a discuté tuning, kermesse et préfecture avec Max qui s’est fait porte-parole de toute la Wh4f pour l’occasion :

Dans quel contexte le collectif a été créé ?
On mixait tous un peu chacun de notre côté pendant des teufs à Paris, on se connaissait un peu de nom : Team Chien, Pierre le Disque Jockey et Barbe Noire. Barbe_Noire, pour sa part était déjà pote avec  Diazépin. On commençait, nous la Team Chien à être invités dans les soirées des uns et des autres. Pierre nous a invités à mixer à la Castagne 2 et donc on mixait de plus en plus souvent ensemble dans les mêmes soirées et en avril 2018 on s’est dit que c’était con de mixer chacun de notre côté alors qu’on pouvait créer un truc commun pour inviter les artistes qu’on aime. Et c’est à ce moment là qu’on a créé le collectif, on est 5 dans la team, on a maintenant un peu plus d’un an et ça marche bien !

Quelle est la force de votre collectif ?
Le pouvoir de l’amitié ! (rires) On a tous une grosse appétence pour la fête, pour les basses qui cognent fort et pour la bonne grosse marrade entre amis et c’est ce qui nous a donné l’envie de créer le collectif. On voulait monter des soirées où vraiment les gens venaient pour se marrer et ne pas se prendre la tête. Donc on avait aussi envie, en voyant la recrudescence du hardcore dans Paris surtout, de créer des connexions entre tous les collectifs (à Paris mais aussi à Bordeaux, Marseille) acteurs de cette scène là. Le ciment du collectif c’est d’offrir aux gens des soirées autres que celles où tu danses sur du boom boom dans le noir sans vraiment savoir qui mix, le but c’est qu’ils repartent avec des bons souvenirs.

Justement par rapport à cette recrudescence du hardcore : comment tu l’expliques? Est-ce que tu considères ton collectif comme acteur du phénomène  ou est ce que tu l’as constaté au fil de tes sorties, de tes rencontres?
En fait on était tous des gros teuffeurs et ça fait plusieurs années qu’on habite à Paris et qu’on connaît le milieu de la techno d’abord. On a vu que des collectifs commençaient à prendre beaucoup d’ampleur et quand on en a parlé tous les 5, au tout début du projet, on s’est rendu compte qu’une voie commençait à s’ouvrir pour le hardcore et que c’était maintenant ou jamais. On se veut accompagnateur et on vu faire avancer la nouvelle montée en puissance de cette musique là, qui a pu manquer pendant pas mal de temps à Paris, éclipsée par le succès de la techno. Les musiques un peu plus rapides, hardstyle, eurodance, hardcore, avaient moins de place, on retrouvait très souvent les mêmes artistes et de la techno à 140 bpm. On veut être la voie un peu sur le côté de l’autoroute. Oui j’ai pas mal de métaphores en rapport avec les bagnoles (rires).

Quel est votre regard sur la multiplication des collectifs qui se forment aujourd’hui ? Pourquoi tant de collectifs se forment selon vous ? Phénomène de mode ? Aspect générationnel ?
Plus on est de fou plus on rit ! Plus il y a d’offres, plus tu es susceptible de retrouver le son que tu aimes en soirée, et tu peux vraiment aller voir les artistes que tu veux et t’es pas bloqué dans une offre restreinte. Avec ce nombre grandissant de collectifs certains portent des projets vraiment novateurs et on trouve ça cool ! C’est ce qu’on essaye d’apporter à la scène parisienne avec Wh4f, et c’est l’occasion pour nous de créer des connexions aussi avec des collectifs de Lille, de Bordeaux, de Marseille, de Rennes. En fin de compte on se retrouve avec une grande diagonale qui traverse la France et qui permet tous les weekends d’avoir une teuf hardcore quelque part ! Là où c’est d’autant plus cool c’est que ça montre que la fête hard est loin d’être morte en France et qu’il y a un public vraiment présent, ce qui nous laisse de beaux jours devant nous !

Je pense qu’il y a un gros phénomène de mode aussi, des gros collectifs ont ouvert la voie et ont montré que c’était possible. Et tous les collectifs qui se montent se rendent compte de l’ampleur qu’ils peuvent prendre sur ce créneau hardcore, par rapport à des collectifs techno plus classiques qui galèrent plus car l’offre est bien plus large. Il y a aussi selon moi un côté générationnel : une sorte de nostalgie de la période des années 90, qu’on n’a pas vraiment connue, des raves en Belgique, aux Pays-Bas, du Gabber à l’ancienne, qu’on a envie de remettre au goût du jour. Tout ça en essayant de faire graviter autour un univers marrant un peu décalé. Même pour le Thunderdome de 2017, qui est le rendez-vous hardcore aujourd’hui, ils avaient mis des manèges de fête foraine sur la scène principale. Je pense que c’est cet esprit là qui plaît aux gens, qui fait qu’il y a bel et bien un public qui encourage les collectifs à foncer sans se dire « y a pas de public ça va pas marcher ».

Quel est l’apport de votre collectif sur la nuit ou l’offre culturelle parisienne ?
Ce qu’on veut apporter c’est ce côté fête foraine : tu ressors avec des paillettes plein la gueule, des souvenirs plein la tronche, ta soirée a été multicolore et pas juste dans le noir, le dos courbé. On a envie de revenir à un truc qui est plus dans le partage entre les artistes et le public. C’est pour ça qu’on monte des activités un peu décalées qu’on ne trouve pas trop en club. Par exemple on avait fait une roue de la fortune pour la première Wh4f, on a des potes qui tatouent pendant nos soirées. On a plein d’idées qu’on a pas encore réalisées comme monter des scénos à base de caisses de tuning. On veut changer la donne sur l’image un peu dark que peut avoir la musique hardcore. On dit qu’on fait du débilecore : on mix de la hardcore avec des sons débiles et tu te marres vraiment, ça donne l’impression d’une grande teuf entre potes finalement. Les gens repartent avec des goodies, des ballons, des faux tatoos… Le tuning à Tourcoing quoi ! Pour la Wh4f 2 on a monté un loto, il y avait un stand de paillettes, quelqu’un qui tirait les cartes aussi !

Comment fonctionne le collectif en terme de modèle économique et de hiérarchie ?
On a décidé de pas avoir vraiment de hiérarchie, d’être tous sur un pied d’égalité. On a la chance d’être un chiffre impair et d’avoir une majorité probable quand on se pose des questions. C’est horizontal. Et puis on arrive toujours à un terrain d’entente, on fait des concessions pour que tout le monde s’y retrouve et pour l’instant on a pas eu de souci entre nous. Les seuls soucis c’est en terme de distance parce que Diazépin et Barbe_Noire ne sont pas à Paris, c’est un peu galère les réunions sur Skype !

D’un point de vue économique, vu que ça ne fait qu’un an on ne gagne pas des mille et des cent. Le but c’est déjà qu’on puisse payer les artistes. Les bénéfices, on les réinjecte directement dans les décors, les goodies des prochaines soirées. Mais on ne gagne pas d’argent personnellement.

Après en tant que collectif, on n’est pas seulement producteurs d’événements on est aussi invités à mixer. On a signé en janvier chez Signal Space qui est l’agence de booking de Fémur, cette agence a une idée de la teuf beaucoup plus digitale. Je me souviens qu’il y avait une artiste qui mixait en VR, elle n’avait aucun matériel : juste un casque de VR et des manettes, et tous ses contrôleurs étaient directement dans l’interface en VR et elle mixait comme ça. C’était à l’Aérosol et ils avaient projeté ce qu’elle voyait sur le mur de la salle. Ils soutiennent aussi pas mal de VJ.

On a aussi été invités à mixer à Entente Nocturne l’année dernière, qui est un gros festival qui porte les mêmes valeurs que nous : c’est un point de rencontre entre des collectifs de transe, de house, de techno, de rave… Et on a fini par se retrouver sur scène avec Manu le Malin ! On mix tous aussi sous nos noms persos, Diazépin dans les soirées DK à Bordeaux et avec Pierre on a été invités aux dernières soirées Darude de Bel Air à Paris.

On fait les deux : on crée nos soirées et on est invités à celles des autres, et c’est complémentaire pour donner envie aux gens de venir à nos soirées !

D’un point de vue des politiques mises en place, est-ce qu’en France, et plus particulièrement à Paris, ce n’est pas trop compliqué d’investir des lieux ?
En ce moment, oui, c’est hyper complexe quand on est pas une grosse structure, contrairement aux Off, à Possession etc… C’est galère d’investir des warehouses pour plusieurs raisons : les propriétaire sont de plus en plus réticents vis à vis de ça à cause des problèmes avec la préfecture, la police, de sécurité etc… Et si tu n’es pas connu ils ne te font pas confiance, ils ne veulent pas de toi. Les petits festivals comme Hadra par exemple galèrent à trouver des lieux, en France on a vraiment du mal avec la fête libre. A Paris on s’en rend vraiment compte, alors qu’à Rennes ou à Bordeaux, même s’il fallait faire attention on avait moins de problème. A Paris même des orgas comme Parkingstone qui en sont à leur 24ème teuf, se font dégager de lieux qu’ils avaient prévu d’investir. Les politiques ont beau dire qu’ils agissent en faveur de la nuit, c’est pas le cas et on voit souvent des batailles contre les orgas, ce qui est encore pire avec les raves où les mecs se font embarquer leur son…

Et là où c’est horrible c’est que des acteurs du secteur privé se permettent d’investir des lieux en friche pas du tout aux normes comme l’Aérosol ou la Station. EDF ou la SNCF financent des lieux comme ça et ça fout la rage pour nous en tant qu’asso indépendante.

Quelles sont vos actus ?
La Wh4f 3 arrive début juin et ce sera notre soirée d’anniversaire donc on va faire ça dans un lieu plus fat ! Il y aura sûrement Fémur, Teleraptor, Meuns et Ovhal44 d’Hydropathes et Emo_globin. On va aussi organiser quelque chose pour la fête de la musique sur les quais.

Quel conseil donner à des gens qui ont envie de s’y mettre ?
Alors j’ai noté une phrase qu’on a tous trouvée cool : « Le moteur à injection doit ronfler fort, les pneus crisser sur le bitume, mets les gaz et allume tes néons, si tu veux aller quelque part, vas y à fond !»
Si tu veux faire un truc blinde toi à fond et n’aie pas froid aux yeux et il y aura toujours de la place, des gens qui kifferont ton délire et viendront à tes soirées !

Et il faut savoir où tu vas en terme de budget, pas viser trop gros, la première c’est un peu un pari pour tout le monde. Tu peux faire des prévisions en observant quelles soirées ont lieu le soir même et au fil du temps tu deviens plus précis et tu équilibres quand tu perds un peu d’argent.

 

Pour suivre leur actu sur facebook c’est juste ici.

 

 

Talk Louise G.

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