[POP TALK] Elisapie, l’étoile du Grand Nord

On a parlé Bob Dylan, spiritualité et vérité avec Elisapie

Ecouter Elisapie c’est partir à cheval, faire défiler les paysages, vastes : c’est faire un tour à l’intérieur de soi. Il y a la voix, douce et rugueuse, les langues, anglais, français et inuktitut, et les mélodies, quelque part entre le folk, le blues et le fond de l’âme. On a rencontré cette native du Grand Nord à l’occasion de son passage à la Bellevilloise en décembre dernier.

Tu chantes en anglais, en français et en Inuktitut, ta langue maternelle. C’était naturel pour toi de l’inclure ou c’est aussi une volonté de faire connaître ta culture ?
C’est quelque chose qui est de plus en plus naturel parce que j’ai beaucoup été influencée par le folk américain comme Bob Dylan, donc ça a toujours été très facile pour moi d’écrire en anglais. Pour écrire des chansons dans ma langue maternelle il faut travailler plus parce qu’elle est très directe. Sur cet album ça a été évident de l’utiliser parce que le sujet va vers le Nord, vers ma petite cousine ou mon oncle.

 C’est comment de grandir dans le Grand Nord ?
C’est pas facile. C’est un peuple dont la vie a chaviré depuis les années 50. Ils ont perdu beaucoup de choses, les chiens ont été abattus, il y a eu beaucoup de maladies, parce que les blancs sont arrivés et, avec eux, la tuberculose. Quand le gouvernement a été mis en place, il a séparé les enfants des parents en disant qu’il fallait éduquer les sauvages. C’est un peuple qui a vécu des traumatismes qui courent sur plusieurs générations. En ce moment on réalise qu’on a une voix et qu’on peut enfin s’exprimer alors chanter dans ma langue c’est important, ça me rend fière.

Ton album est comme un voyage, épique par endroits, c’est comme ça que tu vis ta vie ?
Je m’emmerde très vite (rires). J’aime le calme quand je suis seule mais quand je suis avec les gens, j’ai besoin qu’il y ait quelque chose qui aille au-delà, j’ai besoin d’un exutoire, que ça pulse, j’avais besoin de sentir une pulsation.

C’est moi ou il y a quelque chose de très spirituel dans ta musique et ta façon de chanter ?
J’ai jamais pensé que j’étais une fille spirituelle parce que j’ai toujours eu l’impression que c’était un peu facile de dire « je viens du Grand Nord, je suis spirituelle ». Et puis, j’ai un côté très brut et rebelle qui n’aime pas qu’on lui dise quoi faire. Quand je reviens aux sources, je peux devenir très spirituelle, c’est dû au territoire, aux souvenirs, à la nature, tout commence à avoir du sens quand tu réalises que tout va ensemble. Mais pas besoin de venir du Grand Nord pour être spirituel !

Le blues, tu as baignée dedans ou c’est un genre qui te parle naturellement ?
Quand j’ai envie d’aller dans le côté brut, organique, avec des couilles, ça va dans le blues. J’avais envie de faire quelque chose qui ne soit pas toujours en douceur, trop lisse.

Tu fais de la musique depuis longtemps, comment tu expliques que ce soit cet album-là qui te fasse connaître jusqu’en Europe ?
La base, c’est la musique. On m’a dit « Elisapie, fais l’album que tu dois faire, donne tout, reste dans ta vérité à toi ». Cet album ça n’est que de la vérité, et je pense que ça vient de là. Et puis je me suis bien entourée, notamment par des gens qui n’ont pas la vision étriquée d’une artiste autochtone, mais d’une artiste tout court, et des gens que le projet touche particulièrement.

Qu’est-ce qui fait le succès d’un artiste aujourd’hui ?
Je sais pas, j’ai jamais été la « flavour of the month », je suis à part, au moins parce que je viens du Grand Nord, on peut pas me mettre dans un moule. Je veux la longévité, c’est quelque chose qui est très présent chez nous : quand tu vieillis c’est là que tu deviens la meilleure version de toi-même, chez nous, une femme qui vieillit est de plus en plus respectée.

Talk et photo Agathe R.

 

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