[POP TALK] Jazzboy, la pop en free ride

On a parlé LSD, influence et danger avec Jazzboy

L’ OVNI pop est un performeur qui a le goût du risque : impros impromptues en plein gig, image forte et sons expérimentaux, Jazzboy remet du danger là où la pop se laisse trop souvent emballer dans du papier glacé tout lisse et bien plié. Il a sorti son EP la semaine dernière et le célèbrera lors d’une de ses soirées Jazzodrome le 23 novembre prochain.

On n’entend pas trop le vrai son de ta voix, tu t’auto-saoules quand tu chantes normalement ?
Non j’aime bien ma voix, je m’y suis fait. C’est juste qu’à des moments j’ai envie d’expérimenter des trucs que ma voix me permet pas de faire. L’idée c’est d’avoir une palette plus large et puis ça m’amuse beaucoup de jouer avec ma pédale. Ça me plaît parce que c’est un peu perturbant, ça peut faire écho à des trucs inconscients ou mettre mal à l’aise.

Tu t’appelles Jazzboy, pourquoi donc ?
Parce que ça n’a aucun rapport avec ce que je fais, justement. Désorienter les gens et leur faire se poser des questions c’est marrant. C’est illogique et j’adore tout ce qui est illogique, quand il y a de la surprise et quelque chose de perturbant.

 Avec le live que tu as fait à la TV américaine tu remets la performance pure au centre du propos, pour toi la musique/la scène est indissociable de la performance ?
Pour moi la musique existe totalement toute seule, je pourrais tout à fait envisager de ne faire que de la musique de film ou contemporaine par exemple, balancer des morceaux en ligne comme ça tout seuls sans rien. Pour moi c’est très cloisonné : quand je fais de la musique il n’y a que la musique. Après ma grande passion c’est de mettre les choses en image, mais ça vient dans un second temps et je prends un énorme plaisir à faire ça.
Le live c’est pas une finalité à la musique, c’est comme si c’était une autre discipline. Pour moi l’intérêt du live c’est de créer un truc avec les gens qui sont là et le lieu, et me mettre en danger aussi à coups d’impro plus ou moins réussies selon les soirs.

C’est là où il y a du jazz alors
Oui voilà, on m’a déjà fait la remarque en comparaison avec le free jazz. Sauf que c’est du free jazz de quelqu’un qui sait pas jouer de jazz ahah, mais dans la démarche oui. J’aime bien ce qui est instinctif et animal en live et prendre le risque qu’un solo soit horrible par exemple. Je trouve qu’en France ça s’est beaucoup polissé, les gens font des résidences pour préparer leur live et il y a ce truc-là un peu punk qui me manque. John Maus par exemple offre une implication extrême, on est vraiment dans l’art et pas dans le professionnel. Le live c’est pas le moment d’être professionnel, c’est celui de prendre des risques.

Tu prends des acides souvent ?
J’ai eu une période d’expériences quand j’avais 20 ans pendant laquelle j’avais envie de tout essayer. Toutes les drogues m’ont un peu déçues mais le LSD m’a vraiment retourné le cerveau mais dans le bon sens : j’ai passé la meilleure nuit de ma vie sous LSD. Je crois que ça a ouvert des petites portes et ça a conditionné des choses pour la suite. J’aime bien l’idée que l’acide allume une partie du cerveau qui normalement est éteinte, c’est un peu ce que j’essaye de faire avec la musique

Rapport à ton titre « Bored in Bora Bora », t’es vraiment allé à Bora Bora ?
Non, et c’est toujours dans une démarche illogique que j’en parle, ça voulait rien dire pour moi. J’ai trouvé un mec là-bas qui a filmé pour le clip, donc on a de vrais plans de là-bas.

Ton dernier clip est un peu chelou, raconte un peu.
Ouais, même moi en le finissant je me suis dit qu’il était chelou ahah. C’est la question de l’influence, autant chimique que sociale, qui m’intéresse et qui me fait peur aussi : l’influence que les gens ont les uns sur les autres, celle des groupes, des strates sociales, des maladies mentales sur ton esprit… Y a une sorte de réaction en chaîne qui fait que tout influence tout. Et puis il y a toujours une notion de pouvoir entre les gens, c’est rare que ce soit pur -quand c’est le cas ça crée de belles amitiés.

 Dans un monde idéal avec qui tu voudrais collaborer, gens morts inclus ?
Je rêve de collaborer avec Mica Levi de Micachu and the Shapes. Elle a fait la BO de Under The Skin, c’est comme ça qu’elle a été connue, et elle a produit l’album de Tirza que j’aime beaucoup aussi. Je la suis depuis les débuts de petite punk de Londres sur MySpace où elle faisait de la musique expérimentale chelou avec des aspirateurs, mais toujours pop. Et puis là je vois où elle est arrivée, sans avoir changé pour autant, elle est toujours habillée comme une clodo et elle garde un genre de pureté de la composition musicale.

Jazzboy sera le 26 novembre en première partie de Grand Blanc à la Cigale et le 4 février au Mercury Lounge à New-York.

Talk et photo Agathe R.

 

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