[POP TALK] La force tranquille de Courtney Barnett

On a discuté trolls, sarcasme et Riot Grrrl avec la plus cool des Australiennes.

Ton single « Nameless, Faceless » évoque les trolls qui sévissent sur internet, tu en as déjà fait les frais ?

Oui, mais pas autant certaines personnes ou certains de mes amis. J’en ai souffert en tant que musicienne et aussi clairement parce que je suis une femme : ça va de « ta musique est à chier » à des trucs beaucoup plus sexualisés, agressifs et violents qui n’ont plus rien à voir avec la musique.

La plupart de tes chansons soulèvent des problèmes sociaux ou politiques en les traitant avec plus d’ironie que de colère, c’est plus efficace pour faire passer les messages ?

En vérité je me bats un peu entre les deux. L’ironie et le sarcasme sont hyper utiles pour parler de choses graves, mais ça peut aussi sembler paresseux et coupé de la réalité. J’essaye juste de trouver un moyen de dire les choses pour que ça aie un effet sur les gens. Mais c’est le problème du song writing en général : essayer de tourner quelque chose dont on parle tout le temps, de vrais sujets, de telle manière à ce que ça vous fasse vous questionner, même une minute. Il y a aussi beaucoup de pouvoir dans la colère, c’est une réaction super émotionnelle et certaines personnes ne peuvent pas la recevoir, un peu comme quand elles voient quelqu’un pleurer, la réaction c’est « oh non pleure pas », alors que c’est totalement ok, bien sûr.

Entre le titre « Not Your Mother, Not Your Bitch » et ta participation au mouvement #meNOmore (qui défend les droits des femmes dans l’industrie musicale australienne), tu te sens dans la droite lignée du Riot Girrrl et de Kathleen Hanna par exemple ?

Oh oui bien sûr, j’ ai été très inspirée et j’ai lu et vu pas mal de choses sur ces courants et ces groupes qui se sont levé et qui n’ont pas eu peur de crier leurs opinions. J’ai commencé à lire Belle Hooks qui ne parle pas de féminisme blanc, et c’est vrai qu’il a été reproché aux Riot Grrrls d’avoir négligé l’aspect racial dans leur lutte. Mais j’ai vu The Julie Ruin et j’ai adoré !
Je n’ai pas grandi en ayant conscience de tout ça. Pour être honnête j’ai découvert ce féminisme dans la musique il n’y a que quelques années, comme Bikini Kill ou Sleater Kinney, et bien sûr ce n’est pas le manifeste parfait pour dire comment les choses devraient être mais si j’avais écouté plus jeune ça m’aurait sans doute appris à ne pas avoir peur.

En 2018, c’est encore difficile d’être une femme dans cette industrie ?

Compliqué. C’est très insidieux : il y a des choses dont je ne me suis pas rendue compte avant de faire un pas en arrière, ou d’en parler et de réaliser qu’il y avait un problème. C’est évident qu’il y a toujours un souci, la preuve : on en parle aujourd’hui.
Je crois que ça ne peut que s’arranger à force de conversations et d’éducation, en en parlant à des types bien qui écoutent nos histoires et tirent des enseignements.

Qu’est-ce que tu préfères dans la musique ?

J’aime le réconfort que ça peut procurer, partager des histoires aussi, c’est un truc aussi vieux que le monde ! L’idée qu’un récit personnel, émotionnellement fort, puisse traverser le monde et que des étrangers complets puisse l’écouter dans une toute autre situation et s’y identifient me réjouit.

Tu as toujours joué ?

Oui, j’ai commencé la guitare à 10 ans, par là. Je voulais être vétérinaire mais je n’avais pas un cerveau assez scientifique pour ça.

Pourquoi penses-tu que l’Australie est un terreau si fertile pour la musique ?

Je sais pas vraiment, c’est un débat qu’on a souvent avec mes amis. Mais c’est vrai ! A Melbourne notamment, j’ai l’impression que les gens se challenge entre eux, sans compétition mais ils essaient toujours de progresser.

Agathe (ITW et photo) est sur Instagram @ag_rou

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